Skip to main content

Full text of "Avantures de Clamadés et de Clarmonde: Tirées de l'espagnol"

See other formats


Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http: //books. google .com/l 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //book s .google . coïrïl 







\a\ 



/3<V 



f 




PANSHANOE 



% 








- -. -■ ■> ■ it 



(W 



i 






.'■-x 



} 



AVANTURES 

CLAMADÉ; 

£T DE 

CLARMONDEi 



.r 



yr- 



AVANTURES 

DE 

CLAMADÉS 

ET DE 

CLARMONDE. 

Tarées de fEJpa^nol. 
PAR MADAME L-G-D- R- 




K PARIS; 

Chez NYON.fils, Qoay de Conly. 

M Dcc xxxm. 



^^^s 


.. A V A n't Û RE S '; 

l 

;C L A M A D E S; 

» ET DE 

CLARMONDE. 



Tirhs de tEffitpKt. 

iO c T I V E , fille'unique 
duRoideCaftille,£iic- 
céda au Royaume <fe 
fou père. Parmi les Princes qui' ' 
cherchoientà s'en faire aimer, 
Marcadite , fils diiRoi de Saï- 
daigne , étoit le lèul en qui aie 
remarquoit des qualités pro- 
presàgouvemsi iiàgeHiént&^ 



a Avantures de Clamades 
Beats, & ayant plus de pan- 
chant pour lui que pour fès 
Rivaux , elle l'époufà du con- 
iêntement des Grands de fà 
Cour. Elle eut de (on mariage 
avec Marcadite trois filles 6c 
un fils. La première , nommée 
Helior > la féconde , Soliadife j 
la troifiéme , Maxime , la plus 
belle de ces Princeflèsj & Cla- 
mades , Prince d*une fi haute 
efpérance , que quand il fi.ît 
parvenu, à l'âge de pouvoir 
voyager , le Roi Marcadite 
l'envoya en GiècQ , en Alle- 
magne & esk France, pour y 
^pp^endre. les Langues de ces 
(fâèrens Ena|>iEâa. 
. Dans le tems CBà& Clama- 
d^ étoic en France , ou il fè 
Çûlbiç adim£«£.par foii^adteâ^ 



-i > 



<jt de Clarmonde. z 
Se par fa force dans les Joutes 
& dans les Tournois , cinq 
Roiis fe liguèrent contre le 
Roi fon père , Bl lui déclarè- 
rent là guerre. Màrcadîte rap- 
pella ce Prince auprès de 
lui 9 l'arma Chevalier , & lui 
donna le commandement de 
fes Troupes. Le jour de la Ba« 
taille étant afllghè , les deux 
Armées parurent .en Plaine. 
Les Caftillans Soutinrent les 
premiers efforts de leurs Ad- 
veriaires , & les chargèrenc 
enfuite avec courage. Les uns 
& les autres faifoient des ac« 
tions d*ùhe valeur fùrprenante. 
Lés deux Partis eurent pen- 
dant longtems un égal avan- 
tage. Mais enfîn , malgré les 
poiiibreux Bataillons qu'on lui 



l 



4 jivantures de Qamadh 
oppofoit , Clamadès fît une 
nouvelle charge avec tant de 
fuccès , qu il couvrit la cam- 
pagne de Mprts & de Mou^ 
rans ^ & força lès Rois liguez 
à laiflèr la Caftille datis une 
aix> cju'ils nSpférçntplus trou- 
1er pendant le règne de Mar- 
cadite. Cette victoire acquit 
à Clamadès une grande répu- 
tation dans les Royaumes çîr- 
convoifins j & fon nom devint 
célèbre par toute l'Europe. 

Alors trois Rois Afriquains, 
Hommes fçavans dans les Ma- 
thématiques , tinrent confèil 
entre eux,& délibérèrent de 
demander en mar jage les troiç 
filles du Roi Marçadite. Lç 
premier le nommait Mélican- 
dre,Roi de Barbarie j le (ècohd 



i!t de Clarmônde, ^ 
Bardigante,Roi d'Amofafte j 
& le troifîéme Crôpardô,Roi 
d'Ungârie. Celui-ci craignoit 
que le Roi Marcadite ne refu-' 
sât de lui donner iine des Prin- 
ceflès , parce qu'il étoit laid & 
bofîîi. Pour prévenir ce refus : 
Seigneurs, dit-il aux deux au- 
tres Rois, ne paroiflbns devant' 
le Roi de Caftille qu avec des 
préfèns dignes de nous. A cet 
effet irnaginojnsi pài le fècours 
de notre fcience , quelque 
ehofe qui tienne du prodi- 
gieux y. & après' luï avoir pi'é- 
fènté cette ptéàtiâkïon de no- 
tre elprit il nous lui demande- 
ronschacun un Don. Comme 
ce Prince/eft génereùx,ajoura- 
t'il,îl nôbs raccordera , (ans 
s'informer auparavant de ce 



6 A vantures de Clama des 
que nous fouhaitons de lui j, & 
ftlors nous dirons que nous lui 
demandons pour femmes les 
trois Princefles les filles. Meli- 
çandre & Bardicante approu- 
vèrent la propoCtion de Cro- 
pardoi ôc chacun d'eux em- 
ploya fop induftrie à inventer 
quelque IVfachine^ qui pût fur- 
prendre agréablement le Roi 
MarcaditCt 

Quand ces trois Princes eur 
rent achevé , par le fecour;^ 
d'une Fée , ce qu ils s'étoient 
propofé de faire ^ ils partirenç 
d'Afrique , & vinrent e^ Ca-» 
ftîUe avec leurs prjéfens. Le 
Koi Melicandre a voit fait d'un 
Or très-fiti irne poule & trois 
Pouflîns. Cette ?oule mar- 

choic devant ces Pouilins , Se 



<3* de Clarmondt. j 
quand ils avoient un peu mai> 
ché , ils s arrêcoJent & chan- 
toient fi douceAKtBt , quelèii^ 
chant ièmbloic une mélodie^ 
Le Roi Bardfgante avoit con* 
ftruit un petitHomme d'un Ar- 
gent très-pur , tenant en màirit 
une trompeté , d<MJt il dévoie 
fbnner quand on projetteroit 
quelque trahiibn contre le Roi 
de Caftille. Le Roi Cropardo 
avoit fabriqué im Dragon dé 
liège , dont le corps ix.6^ cou- 
vert d'écaillés faîtes de nacré 
de perles, ^ fôs aSl«s écoient 
tifiuës de pliantes «les pliir 
beaux Oîlciàux -dcslndés. Il y* 
avoit dans ce Drageo trois 
Mouvemèns à re(!brt, que fài< 
foient marcher des chevilles 
d'acier > p» le moyen deG 



s Avantures de Clamadh 
quelles un Cavalier le gou- 
vernoic , & le failbit aller où 
il vpuloit. Quand le Roi Mar- 
çadite eut reçu ces préfens , il 
les admira ainû que la Reine 
Doélive. Les Rois Afriquains 
profitèrent de ce moment 
pour demander chacun un 
Don , & dans (on admiration , 
le Roi Marcaditë le leur ac-. 
corda > fans penfer à quoi il 
s'engàgeoit.[Ce{brtt les trois 
Princeâès vos filles, lui dirent-* 
ils aufid-tpc, que nous vous de- 
demandons en mariage , & le 
jloi Cropardo ajouta qu il de- 
xçiandoit la jplus jeune. Cette 
demapde afinigea le Roi Mar- 
çadite à caui^ de la difi^ormité 
du Roi'd'Ungariô > mais il a- 
voit promis , & il youloit tenit 
fa promeflè. 



_ iS^ de Çlctrmonde. ç 
Il fit appeller le Prince Clà- 
madès avec les Princeflès fès 
fœurs , & on leur montra 
les préfens. La Poule avec 
les Pouffins leur plut beau- 
coup , & tous avoiiéf ent qu ils 
n'avoient jamais rien vu de 
mieux imaginé. On leur fît 
voir enfuite l'Homme d'ar- 
gent avecià trompeté 5 mais le 
Roi Bardigante leur dit qu on 
ne pourroit en faire répreuvei 
que lorfquon trameroit qtieU 
que trahifon contre le Roi 
Marcadite , & ce Prince en 
crut le Roi Bardigante for fà 
parole. Enforte qu'il accorda 
fes deux filles aînées aux deux 
premiers Rois , qui étoient des 
Princes aimables & des plus 
riches de 1 Afrique, Maxime, 



10 Avantures de Clamadh 
la plus jeune des trois PrinceC- 
fes & la plus belle , voyant 
qu'elle devenoit le partage du 
Roi Cropardo , l'Homme le 
plus contrefait & le plus det 
agréable \ non feulement de 
r Afrique, mais peut-être mê- 
ipe des autres Parties du Mon» 
de, tomba en foiblefle , & on 
la reporta dans fon Apparte- 
ment. Le Prince Clamadès i 
*qui avoit pour elle une aflfèc- 
tion particulière, la fuivit dc 
lie la quitta point. Ah ! mon 
frère , lui dit-elle , quand elle 
^ut un peu repris fès fens , 
qu elle deftinée eil la mienne ! 
(^ qu ai ' je fait au Ciel pour 
mériter un pareil traitement ! 
Des larmes coulèrent de ks 
^eaux yeux 5 des fbupirs lui 



ir de dur monde. Il 
oterent une féconde fois lu- 
(àge de la parole, & elle n'eut 
plus la force de continuer fa 
plainte. Raflùrez vous , Maxi- 
me , lui répondit Clamadès 5 
repofèz-vous (ùr moi du foin 
de votre établiilèment 5 je ceC- 
ferai de vivre, pu vous aurez 
pour Epoux un Prince au(îi 
accompli que \^ Rois d'A-_ 
morafte & de Barbarie. 

Plein de 1 émotion que lui 
cauCoit la douleur de Maxime, 
il revint dans la Salleonil avoit 
lailTé le Koi fon père avec lô 
Koi Cropardo,& envifàgeanC 
celui-ci avec plus d attention 
qu'il n*avoit encore fait : Sei* 
gneur,dit-U au Roi Marcadite, 
je ne puis vous dire combien 
je fuis étonné de ce que vous 



12 Avantures de Clamadèf _ 
accorde^ en mariage à un tel 
Homme une Prince{ïè,qui fait 
par fa beauté lés délices dé 
toutes les Efpagnes , & cela 
£iir la foi que fon Dragon de 
liège a les propriétés qu il lui 
attribuë.Vous pouvez , lui dit 
le Roi Cropardo , en faire 
vous - même l'expérience 5 & 
fi j'en ai impofé au Roi , je le 
tiens quitte de fâ promelîè. 
Clamadès lui répondit qu il 
vouloit réprouver (ùr l'heure , 
& comme leRoi Cropardo ne 
Texcitoit à ccttie épreuve qùV 
fin que fon Dragon le trans- 
portât dans às.^ lieux, d'oa' 
il ne pourroit s'oppofer à Ion 
mariage,à l'inftant-même qu'il 
eftformoit la piehfée, THom- 
me d'argent fonna de fa trom- 



iS" de Clar monde. 1 3 
péte ppur avertir le Roi Mar^ 
cadite de.la tromperie que le 
Roi Cropardo venoit de mé- 
diter. Ot\ entendju: diftinéle* 
meot Ici loo de cette troiDpétej 
mais perfbnpe n'y prit garde , 

tant oh étoit occupé à çonfir 
dérer le Pragon de liège lur 
lequel Çlama.dès Te préparoit 
à monter. Ce Prince y montai 
en effet , & le Roi Cropardo 
tourna laf heville qui étoit au 
front de ce t)jragon,On apper-» 
eut auffitot qu'il commençoiç 
à (e ipouvoir , & ^'élevant en* 
{îiite peu à petyls'élan^ 4ans 
l'Air avec «ne telle rapidité »( 
qu'on le, perdit de vue dans un 
moment , au grand étonne- 
ment du Roi Marcadite y d^ 
la Reihç DQ<^ive , & de tpuft 



<» 



14 Avantures de Clamades _ 
les Seigneurs qui virent ce 
prodige. 

Revenu de fà fùrprifè , le 
Roi Marcadice dit au Roi Cro* 
pardoque (on Dragon étant 
uifHfàmment éprouvé , il fît 
revenir fbn fils Clamades. Je 
le voudrois comnie vous , Sei- 
grieurjiui répondit le Roi Cra- 
|}ardo 5 mais il n eft pas en mon 
pouvoir de vous donner cette 
îàcisfaâion j ayant oublié de 
dire au j^rince la fnatiîéré de 
fe (èrvir des chevilles qui font 
mouvoir le Dragon. A cette 
réponlè , le Roi Marcadite (è 
mit dans une furieufè colère 
éontre lé Roi Cropardo , & 
jura par (à Couronne qu il le 
feroit mourir , s'il ne Uii ren- 
doit promptemeot Ton fils. 



<r de Cîarmonde. I < 
Toute la Cour (è (buvint alors 
que l'Homme d'argent avoic 
fbnné de la trompeté , & ce 
fbuvenir convainquit le Roi 
Cropardo d'avoir trahi Cla«> 
madès & le Roi Ton père. La 
conflernation devint générale 
parmi les Courtiians , parce 
qu on ne (çavoit on ce Pimce 
pouvoit être traniporté, ni en 
quel endroit on pourroit aller 
le chercher , & le l^oi Cro- 
pardo fiitccnduit fur le champ 
dans une prifon. Les deux au> 
très Rois s'excuférent , en afr 
iurant qu'ils n avoient aucune 
connoiflànce de cette tr^hi- 
fôn. Leurs excufès ayant été 
reçDoës y ils prièrent le Roi 
Marëadftede leur tenir {à pro* 

meûè f mais ce Prince «lËfflig^ 



1 6 Avantures de Clamadès 
leuf répondit qu'il ne pûuvoic 
célébrer de mariages dans la 
conjoncture préfente > qu'ils 
s'en retournailènt dans leurs 
Royaumes >^ qu'il les feroic 
avertir de revenir quand (on 
fils (èrôit de retour. 

Cependant Clamadès itoic 
toujours porté dans l'Air , Se 
en peu de tems il fe trouva fr 
éloigné de la Terre , qu il ne 
fçavoit plus où il étoit. Au 
lieu de perdre courage , il 
saflùra iùr (on Dragon > 8c 
examinant comment il pour«>. 
roit le faire retourner à Ten*. 
droit d'où il étoit parti, il ap^ 
perçut au cpté droit de cet 
Drggon une cheville , qu'il 
commença à tourner y enfuit^ 
iii en,i4éçp)iviric uiie autre am 

côté 



• ' ■ . ■ ■ • 

i^'de Clarmonde. 17 
oté gauche , qu'il tourna 
gaiement, & ilfèntit qu'au 
eu dé s'élever davantage, fi 
écendoît versla *èrre.- Con-; 
oiiïànt paf cette découverte 
i manière de gouverner le 
)ragon d& liège , il prit une 
ouvelle afiùtahce, & fe pro- 
fit de révoir bientôt la CaC- 
lie , quoique dans l'eipace 
*un jour & d-ùne nuit ce 
)ragojii'€Ût'tFa»{porté.juf- • 
[ues dans 'la Toltàne. Lé. 
)uc Carnuante regnoit alors 
ans cette partie- de l'Italie y 
' habitoit uii Château , npnK 
lé le Châtraà- tiôbie]^ & ce 
IX. fur une dès Tours de ce 
lîhâteau que le Dragon de 
égé s'arrêta. Loffque Cîa- 
îadès en fut décendu , il 



*f .1 «'IIT 




18 Az:amMm dtCUmaJi'S 
CDoa àxn case Toor , & lè 

porannipe cfuo 
 ponrinc à une 
gnode Salfey dans laquelle il 
irk des Tables oooveites de 
fois , de vin & de viandes y & 
garnies de poo y de plats & 
<f aOîettes (for ^ d'angeoc , 
que gardmt uo Nègre , qui 
parut f uipris de foa appari- 
tion. Ne crains rien , lui dit 
Clamadès , Se m appccfwls 
pour qui oe magpi^qiiç rejp^ 
eH prépara Sçachez, lui ré^ 
pondit le N^gie , que tous; 
tes ans , au CQriuneoçe«i<|n|; 
de Mai &. de SeptQtnl^rç ^ 
fuivant lecominahdem^it de$ 
Prêtres de la lA>i », on couyre 
ici,yer$le coucher du Sol^, 
les Tablçf dis; l^ç^aniiére qu/^^ 



iS' de Oarmondt, 1^ 
vous les voyez , & lei vian- 
des y demeurent jufi][u au le- 
ver du même Afbe ^ que ces* 
Prêtres font leurs- Sacrifices ," 
Se mangent de ces viandes 
pendant deux ou trois jours 
qu elles peuvent fè conlerver. 
C'étoit au mois dé Mai que 
Clamadés fut trati(j>brté im- 
la Tour duC!liâtei^^Nbl>le.Se 
ièntant dé l'appétit en entrant 
dans la Sallô dotot je viens di^"^ 
parler , il- s'afik à «ne des Ta^T 
blés , de y-but Si: "à^xi^t» au*; 
tant qu'il Voulue ? &n^ que 1^' 
Nègre sîy'^oppôfêt. A|jfès s*ê-' 
tpe raflàflié. de ce qm lui pa- 
rut le plus à fon goût |â eut 
la curiofité de pénétrer dans 
un Logeaient , o[m communV- 
quoit à cette Tour. \\ enttà 



ao Avantures de ClamaJès 
d'abord daus une Chambre^ 
où il trouva un Géant > en* 
dormi lùr un banc , avec des 
armes autour de lui , parce 
qu'il gardoit l'etïtrée de l'Ap- 
partement de Clarmonde> fille 
du Duc Carnuante , Princeflè 
d'une rare beauté , êc pailà 
eni^ite dans uae Gallerie.» $(u 
bout de laquelle il trouva en- 
core une Chambre , ôii repor. 
foient |;rois Femme$; « dont jà . 
ptépaléte £é pomUgiqit. F|o- 
réte. y la féconde Gayéte , Sc 
1% troifiéme Liades 3 après 
quoi s^avançaot . dans une au?' 
tre Chambre , f^iperbemeist 
meublée, il y; v\t on lit, fut 
lequi^ -étoit repréfenté le ma- • 
riage ,4e l'Amour avec Pfy-! 
ché, N'ayant jaspais vu de bro<; 1 

- : -i 

■■* '.1 



C?* ^e 0ar monde, it 
derie qui imitât fî bien la na- 
ture , il s'approche de ce lit 
pour en confidérer les mer- 
veillesi Quelle eft (à fiirprife!' 
Il y voit une jeune Fille , plus 
belle encore que la Pfyché 
dont il repréfente l'Hiftoire. 
C'étoit la- divine Clarmonde , 
qui doimoit les cheveux é- 
pars & tombant en ondes fur 
une gorgé naiilante,plus blan- 
che que; la ivéigé. A la vûë de' 
tant d& charmes <, Clamadèâ 
demeura* comnie immobile » 
& iè fcnt^ aufîîtôt embrafé 
de tant d'amour poubelle',* 
qu il -né put ré^er à la ten^^ 
tation die lui b<dier là main' 
avant que de (è retirer de ion" 
Appartement. En Ëtilânc foa> 
larcin: amoureux •, Ckrmondel 



aar Avantures de Clamades 
s'éveilla en furiàut , & fùr'^ 
priiè de voir un Inconnu t 
Qui vous a, lui dit-elle, ren- 
d^ àflèz téméraire pour entrer 
dans cette Cbambre ? £ui3iez- 
vous mille têtes , continua- 
t*elle , fi vous n'êtes pas Léo- 
patris , fils du Koi Barcaba , 
qui doit être mon Epoux , je 
vous jure que vousn échappe- 
rez pas à la mort. Calmez vo- 
tre couroux , belle Princeâiè >. 
lui répondit Clamades , je fuis 
cet heureux Léopatris , qui 
doit bientôt polTéder en vous 
l'Objet le plus chômant de 
toute i'Italie. A quel deilèin. 
Prince, lui demanda Clarmon- 
de , êtes vous entré fi matin 
dans ma. chambre fans m'en 
fiùce avertir auparavant ? Jy 



^ <T de Clarmonde, ' 2 J 
fuis venu fecrétement , Mada- 
me,Iui répartit Clamadès,pour 
juger par moi-même fi ce que 
le Roi Barcaba m'a dit de vo- 
tre beauté eft conforme à l'i- 
dée que je m'en fuis faite 5 & 
je m'apperçois que iès Ambair 
fadeurs ne lui ei) ont pas fait 
un rapporo a^z fidèle. Clar- 
monde le pcenaot alors pour 
Léopatris : Je pouçrois , lui^ 
répliqcia. ]graçi^u(èinent cettei 
Pjincei&> me plaindre égalç-l 
ment. d€$l Miqijlres de Car- 
"huante , qui m'ont degmfe 
une partie^, de la vérité fur? 
votre compte > n^^iis je leut, 
pardonne , djoârar-t'elle , parej^x 
qu'ils n en ont faps doute uf^ 
de la fofçe qjie' pQur. me finr-s 
prenore agréahfement , lorf-/ 



'• • • 

^4 Aventuret cle Clamades . ,. 
que vous paroîtriez à la Cour 
de mon père. Elle appella auf- 
fitôt fes Femmes , qui furent 
étonnées de voir avec Clar- 
monde un Etranger qu'elles 
ne connoiflbientpas. Revenez 
de votre étonnement » leur 
dit-elle , vous voyez dans cet 
Inconnu le Prince Léopatris, 
qu on me deftine pour Epoux.. 
Pendant que ces Femmes 
rcéjâï'doient avec admiration 

^r « t. * * 

lé fein Lebjpatrîs , il fortit de 
la Chambre de Clarmonde 
pour leur laiflèr la. liberté de 
rhabiller , & pïiâà dans un' 
Jardin ', qui - n avoit d'entrée 
qtiie par cetteGhiambrcQùànd 
cette Princelîè fut parée d un 
de' fès plus riches. habits, elle 
vint -dans ce Jai'œn.s*entrete-s 

tôt 



iS" de Clarmonde. 2^ 
nir. avec ClamjKlès. Le jour 
commençoit alors àparoître» 
& de foibles rayons .annon- 
çoient <lèja le retour du So- 
leil. Ce n'étoit plus ibus xin 
Lainbris,oti régnoit encore un 
refte de ténèbres , que Clar- 
monde laiïlbit entrevoir fà 
beauté» c'étoitfbus un Ci^ 
lumineux quelle l'expofbic 
aux yeux de celui qui auroic 
bien voulu être le véritable 
Léopâtris. Il ne put en voir 
tout l*éclat, lâns donner à l'A-, 
mour occafion de faire un nou- 
veau progrès dans fon cœur j 
la douceur de fa converfatjon 
acheva de le rendre le plus 
amoureux des Hommes, Se ce 
fut en parlant avee elle qu'il 
apprit ion nom > & connut 

C 



0.6 Avant ur es de Clama de s 
qu'il étoit dans le Château du 
DucdeTofcane. Durant qu'ils 
goûtoient enfemble le plaifir 
d'un f écret entretien, le Géant, 
à qui la garde de Clarmoûde 
étoit commifè , s'éveilla <Sc 
regarda fortuitement par une 
fenêtre qui donnoit fur le Jar- 
din de cette Princefîè. Y 
voyant un Inconnu aiïîs au- 
près d'elle , U en frémit & 
fut avertir Carnuante de la 
iiirprilè qu'on lui avoit faite 
pendant le peu dé repos qu'un 
fbmmeil accablant l'avoit con- 
traint de prendre. Carnuante 
lui ordonna d'appeller une des 
Femmes de Clarmonde , à la- 
quelle il demanda le nom de 
celui qui étoit dans le Jardin 
avec la Princeilè. Ç'eft , lui 



iS" de Clarmonde. TJ 
répondit- elle , Léopatris , fils 
du Roi Barcaba. Attribuant 
à une tendre impatienceia vi- 
fite fécréte du jeune Prince , 
Carnuante fe fit promptement 
vêtir , & décendit dans le 
même Jardin, fuivi des princi- 
paux Ofiiciers de fà Cour. Un 
déflr curieux , dit-il , à Clama» 
dès en l'embrailânt , vous a 
fait tromper la vigilance de 
mon Géant 5 je ne fçais fi 
vous ferez fatisfait de votre 
curiofité 5 quoi qu'il en fbit , 
Seigneur , vous avez le mal- 
heur d'être.né fils du Roi Bar- 
caba , &; en cette qualité , il 
faut vous réfbudre , en épou- 
fant ma fille, à devenir la vic- 
time de fà Politique. Clama- 
dès chfingeolc de couleur à 

eu 



2 8 Avantures Je Clamaâès 
chaque parole du Duc Ca 
nuance > il ne trouvoit poi 
dans fbn elpric de rellbun 
pour fè tirer d'un fi mauya 
pas. Que votre trouble ceflè 
Seigneur, pourfuivit le Duc 
fi les Princes ont coûtum 
d'obfèrver de certaines foi 
malités dans leurs première 
cntrevûës5 TAmour les en dii 
penfè quelquefois > & juftifi 
toujours une démarche , qu< 
l'Objet , qui la fait faire , n'im 
pute jamais à un manquemen 
dé reipe<5): , ni à un défaut d' 
bienfèancç. 

Dès que le Duc étoit entr« 
dans le Jardin, un des Officier 
de fà fuite, qui avoit vu Léo 
patris à la Cour de Barcaba 
avoit jette les yeux fur Cla- 



O* de Clar monde» ap 
madès 5 pluis il le regardoit , 
moins il retrouvoit en lui les 
traits de ce Prince. L'emba- 
ras de Clamadès à répon* 
dre aux galanteries de Car- 
nuante , acheva de le perfùa- 
der que cet Etranger prenoic 
fauflènnent le nom du Fils du 
Koi Barcaba. Seigneur , die 
cet Officier au Duc de Toica- 
ne , ou je me trompe , ou vous 
ne parlez pas à Léopatris y jd 
l'ai vu dans fon çnfance , & je 
m'en rappelle afièz l'image 
pour préiiimer que vous pre- 
nez pour ce Prince un ImpoA 
teur, qui a formé qutlque pro- 
jet contre l'honneur de Clar- 
monde. A la fifionomie haute 
Se majeftueufe de Clamadès , 
Carnuante eut de la peine à 

C Ui 



3 O Avantures de Clamades 
croire ce que lui dilbit cet 
Officier. Cependant , s'apper. 
cevant que l'Inconnu fe trou- 
bloit de plus en plus : Seriez- 
vous afièz téméraire , lui de- 
mahda-t*il , pour venir m'en 
impofèr jufques dans mon Pa- 
lais ? Répondez , ou il y va 
de votre vie. Il faut vous l'a- 
vouer , Seigneur y lui dit Cla- 
madès , je ne fïiis point fils du 
Boi Barcaba j je fuis feule- 
ment un Cavalier, né ibus une 
Conftellation fi malheureufè , 
que de trois en trois ans , une 
Fée s'empare de moi 5 me met 
fur un Dragon de Liège j me 
tranfporte de Montagne pn 
Montagne pendant deux jours 
& deux nuits ? m'enlève en- 
fuite iùr la plus haute Tour 



<tT de Cîarmonde. 3 1 
qu elle peut trouver , & elle 
m'a laiffé avant le jour fur la 
plus élevée de votre Château , 
d'où vous pouvez faire ap- 
porter le Djagon,fi vous dou- 
tez de la vérité de ce que je 
vous raconte. 

Le Duc Carnuante ordon- 
na d'apporter le Dragon de 
Liège, & quand il fut devant 
lui , il le confidéra avec atten* 
don 5 mais cela ne le iàtisfic 
point , & il demanda à Cla- 
madès pourquoi il s'étoit in- 
troduit, fous le nom de Léo-, 
patris , dans l'Appartement de 
Cîarmonde. Y étant entré fans 
deiîein , lui répondit Clama- 
dès , la Prince{ïè en a été fî 
couroucée , qu'elle m'a me- 
nacé de me faire mourir , fi 

C iiij 



3 ^ y^vantures de Gamades 
je nétois pas Léopatris , fils 
dû Roi Barcaba , que vous 
lui deftinez pour Epoux,. La 
cramte de la mort, ajoûra-t'il , 
m'a fàitrprendre le nom' de ce 
Prince , & les charmes de la 
Princeflè , je l'avouerai , Sei- 
gneur , m'ont faic oublier que 
je devois m'éloigner d'elle , & 
ne pas, abufèr de fà crédulité 
après avoir appaife fa colère^ 
Ces raifons ne calmant point 
celle du Duc Camuante , il 
donna ordre à fès Gardes de 
s'aflùrer de la perfbnne de 
Clamadès 5 après quoi il af» 
fembla fon Confeil pour déli- 
bérer fur ce qu'il feroit de cet 
Inconnu. Quelques-uns n'efti- 
mpient pas que ion impru- 
dence méritât aucun châti- 



<3" de Qarmomle. ^^ 
ment > quelques autres pré- 
tendoient qu elle méritoit le 
dernier {îipplice , r/ étant pas 
à préfumer , {butenoient-ils , 
qu'il fut venu de la Tour dans 
r Appartement delaPrincefîè, 
s'il n àvoit eu des defîeins con- 
tre fon honneur. Enfin après 
de longues conteftations , les 
voix rafîemblées par le Chan- 
celier de Camuante , Clama- 
dès fut condamné à perdre la 
tête , & on ne lui donna qu u- 
ne heure pour fe préparer à 
mourir. 

Quelque courageux que 
fut le Prince de Caftille , la 
nouvelle de ce Jugement éton- 
na fon courage , parce qu'il ne 
pouvpit en ufer au milieu des 
Gardes qui Tenyironnoient» 



3 4 Avantures de Clamades 
Concevant que l'adrefîe lui 
étoit plus néceffaire que la 
force pour fè fàuver du péril 
où il fe voyoit , il demanda à 
parler au Duc Camuante , 
& quand il fut en fà préfence : 
Seigneur , lui dit-il , puilque 
vous m* avez condamné comr 
me coupable , quoiqu inno- 
cent du crime dont on me 
charge , f ai entendu T Arrêt de 
ma mort fans murmurer de 
votre rigueur 3 mais ayant été 
armé Chevalier , je vous (ùp- 
plie par l'Ordre deChevalerie, 
que vous avez reçu , de me 
faire mourir fuivant l'ulàge 
dû Païs où je (ùis né. Quel 
efl cet ufàge , lui demanda le 
Duc? C'eft , lui répondit Cla- 
mades , d'ordonner que je 



O* de ClarmonJe. ^ ^ • 
fois mis ftir mon Dragon , & 
qu on me coupe la tête fans 
me defàrmer. Par - là , Sei- 
gneur , continua - t'il , vous 
conferverez TJionneur de la 
Chevalerie , & mes Parens 
vous en feront obligez. Car- 
nuante lui accorda ce qu il 
demandoit 5 c'étoit ce que 
Clamadès fbuhaitoit pour fe 
(àuver de fes mains. 

Les Domeftiques du Palais 
de Carnuante , comme E- 
cuyers , Eftaiiers & Laquais y 
tous armez d'Arcs &deDards, 
de Lances & d'Epées , fe ran- 
gèrent auiîîtôt autour de Cla* 
madès 5 mais , dès qu il fut fur 
fon Dragon y il tourna la Che- 
ville qu il avoit dans le front , 
& il s'éleva dans TAir avec 



• ^6 AvantureJ de ClamaJes 
une telle rapidité > qu il fèm- 
bloit que le vent l'emportoit 
dans la moïenneRégion.Ceux 
qui tenoient en main des Arcs 
tirèrent fîir lui leursDards avec 
tant de viteiîè & de confu- 
flon , que ces Armes retom^ 
boient fiir eux-mêmes , & le 
Duc Carnuante eut tant de 
dépit de je voir s'échaper de 
la forte , qu'il en fût înconfb- 
lable pendant quelques jours > 
mais Clarmonde en relîêntit 
intérieurement une fi grande 
joie , que malgré fon atten- 
tion à la difîimuler , fon père 
s'en fèroit apperçu , fi la co- 
lère ne l'eût empêché d'y 
prendre garde. La grande 
beauté de Clamadès, lès ma- 
nières nobles , & fon extrême 



O* de Clarmonde, 37 
politefîè lui avoient déjà 
frayé l'entrée de (on cœur, & 
elle commençoit à avoir du 
regret de ce qu'il n étoit pas 
le véritable Léopatris. S'il ne 
Teft pas , difbit-elle en foi-» 
même , il mériteroit de l'être , 
& je doute que le Roi Bar- 
caba ait un fils plus accompli, 
Quelquil ibit, ajoûtoit-elle , 
cet Etranger n'eft jpas un fini- 
pie Cavalier, comme il Fâ dit 
à Carnuante 5 fbn origine eft 
plus lUuftre qu'il ne l'a décla-< 
rée , & je ne me fèntirois pas 
contramte à ne pouvoir plus 
aimer que lui , fi (à naifiànce 
ne le deftinoitpas à porter une 
Couronne. 

Pendant que la Pijnceflè 
Clarmonde sentretenoit de 



^^ Azanara it CJamm&s 

i3ri chfrrm par L^ m£ea de 

Cdd srîiu an œoôs de ¥sigc- 
çmrître hearesiSé¥31e,€30 ii 
aooYa Le Roc MircaicfiDe Ida 
père j ht Rdne Doâire ù 
mère , & ks Pimcrtirs ièf 
ficoFS, qoi pleuraient CDCOce 
£» ablbice. On neicsirofC 

qu'ils esxrenc de kxxarmréeyLi 
Tri&âè fit place anx Piaifîrs> 




dédomagéreot la Cour de la 
douleiir où la trafaîfôo do Roi 
Cropardo TaYoît plongée: 
Oamadès raconta eniuîte ce 
qui loi éu>it arrivé chez le 
deTa(caae,& leRoy ion 
Imj^'pric qa ii cenoic pri- 




<S de Clar monde. 3p 
fdnnier le Roi d'Ungarie , 
pour l'avoir expofé aux pé- 
rils qu'il avoit courus. Que 
voulez-vous que je fafle de ce 
Traître,lui demanda-t'il ? Puis- 
que fbn Dragon de Liège, lui 
répondit Clamadès , eft tel 
qu il nous Ta dit, je vous prie 
d'oublier qu il m'a trahi. Sur 
cette prière du Prince , le Roi 
Marcadite envoya mettre. en 
liberté le Roi Cropardo. 
Quand celui - ci fe vit libre , 
il demanda au Roi de Caftil- 
le la Princefle Maxime , puiC 
que le Prince fbn fils étoit de 
retour 5 mais Clamadès lui- 
même , qui venoit de faire 
ouvrir fa prifon , s'oppofa 
fortement à fà demande , & 
le Roi Marcadite , pour ré- 



40 Avanturei de Clamadh 
ponfe au Roi Cropardô , lui 
envoya defiPendre de réparoî- 
tre à fa Cour. 

Cette défenfe jetta le Roi 
Cropardô dans un étrange em- 
baras. Il ne pouvoit retourner 
dans (es Etats , parce qu'il y 
a dans le Royaume d'Ungarie, 
une Loi qui déclare incapable 
de le poflèder un Roi con- 
vaincu de trahifbn , & qui 
permet à (es Sujets de le met- 
tre à mort , s'il y rentre iàns 
auparavant s'en être abfenté 
pendant fèpt années , à moins 
qu'il ne faflè fà paix avec ceux 
qu'il a trahis5car en ce cas cette 
Loi lui permet de rentrer dans 
fôn Royaume, & les Peuples 
l'y reçoivent comme leur Sou- 
verain légitime. Ne prévoyant 

pas 



<T de Gîar monde, 41 
pas pouvoir fe raccomjiîoder 
avec le Roi Marcadite , il prie 
le parti de pailêr à Séville les 
fept années qu il devoit être 
abfènt de TUngarie. Comme 
il étoit (çavant en Médecine , 
il projetta de l'exercer dans 
cette grande Ville , & d'ex- 
pier par fès foins charitables 
la peine que méritoit là cra- 
hifbn envers le fils du Roi de 
Caftille. 

Quelques R^ouiHànces 
qu'on fît à la Cour de Sévil- 
le , pour célébrer le retour de 
Clamadès , ce Prince s'en oc- 
cupoit moins que du plaifir de 
penlèr à la belle CUrmonde. 
Le fbuvenir de cette aimable 
Princeilê Êdfbic (es plus chè- 
res délices i H cherdioit mê-* 



A2 Avantures de Clama Jh 
me la iolitude pour réfléchir 
plus tranquillement iur Ces 
grâces divines , & (on éloi- 
gnement d'auprès d'elle don- 
nant une nouvelle force au 
beau feu qu'il avoit pris dans 
(es yeux , il fournit bientôt au 
Roi Marcadite & à la Reine 
Dodlive l'occafion des'apper- 
cevoir de ce qui fè paiîoit 
dans ion cœur, (ans néànnfK>ins 
foupçonner que laPrincéfle de 
Tolcane étoit l'Objet de f on 
amour. Le voyant un jour dans 
une rêverie profonde , la Rei- 
ne , qui l'aimoit tendrement , 
le fît entrer dans fon Cabinet, 
où , après l'avoir entretenu 
de chofes indiflérentes : Mon 
fîls , liii dit - elle , puis-je me 
flatter que vous (oyez aflêfz 



O* de Clarmonde^ 4j* 
fendble à mon amitié pour 
que vous ne me refiifiez pas 
un aveu que j'exige de vous ? 
Madame ,:lui répioûdit Clama-»- 
dès , qui ne s'attendoic poinc 
à ce quelle vouloit lui de- 
mandée « le Ciel m'a fait pré- 
fent par vos mains d'un cœur 
trop reconnoiflànt , pour que 
je pufîè y tenir cacné un fé- 
cret fur lequel vous me de- 
manderiez à&s éclairciflè-" 
mens.' Si vous me parlez de 
bonne foi > continua la Reine y 
vous m'avouerez que vous ne 
jouiilèz pjis maintenant de vo- 
tre première tranquillité > que 
l'Amotir commenceàtroubler 
votre repos > & que quelque 
Beauté vous donne de rin* 
quiétudé. J!ayois deilein , Ma«. 



44 Avantures de Clamades 
dame , lui répartit Clamades , 
de vous communiquer ce fé- 
cret, & de vous fùpplier d'en- 
gager le Roi mon père , à 
me permettre de retourner en 
Tofcane voir enccwe une fois 
l'adorable Oarmonde , avant 
que le Prince Léopatriis en 
devienne l'Epoux. Eh ! quelle 
iàtisfa(5lion , lui demanda la 
Reine , vous promettez-vous 
en voyant une Princeflè , que 
vous aimez, donnner fà' main 
au Prince à qui le Ehic Gar« 
nuante l'a promifè ^ Changez 
de fentimrat, moi), fils , pour- 
£mvit-elle> vous ignorez l'ef- 
fet qu'un pareil fpecflacle pro- 
duiroit fur vous, & je n'enga- 
gerai pomt ie Roi à vous 
kiflèr aller chercher la mort; 



i$" de Ctarmondei 4^ 
C^eft me la donner , Madame^ 
lui répliqua Clamadès , que 
de me refufèr le trifte plaifir 
de revoir la divine Clarmon-- 
de. Si je dois mourir pour elle, 
ajouta -t'il , ne vaut - il pas 
mieux que je meure à fès 
pieds que dans votre Gour f 
011 elle ignoreroit que je Tau- 
rois aimée ? Et fi elle honnore 
nion trépas d un Ibupir , ne 
ferai -je pas plus heureux , 
que fi je vivois (ans ai avoir 
obtenu cette faveur ? La Rei- 
ne s'oppofa vainement à ce 
que lui remontra Clamadès y 
& elle fut enfin contrainte de 
porter le Roi Marcadite à lui 
accorder la permifîîon qu il 
fbuhaitoît j ' fous la promefîe 
qu'il fit de ne pas js'exçofec 



4^ yévantures de Clamadef 
une féconde fois au rcflèn- 
timent du Duc de Tofcane. 
Clamadès n eut pas plutôt 
obtenu cette permijîion , qu'il 
monta fur fbn Dragon de 
Liège , & fit une fi grande di- 
ligence parle milieu de l'Air, 
qu'il découvrit dès le jour 
fïiivant les Toiirs du Château- 
Noble , où Carnuante tenoit 
ordinairement fa Cour.Quand 
il fe vit à la hauteur de ce 
Château , il décendit perpen- 
diculairement dans une petite 
Cour, qui conduifbit à l'Ap- 
partement de la belle Clar- 
monde , & il y cacha fbn 
Dragon, afin de le trouver fous 
fà main fl on l'entendoit en- 
trer dans cet Appartement, ou 
fi on le fiirprenoit avec la Pria- 



[ 



O* de Clarmonde. 47 
celle , comme cela lui étoic 
arrivé la première fois que le 
hazard lavoit conduit dans fa 
Chambre. Ayant pris ainfî fès 
mefures , il vint fans faire de 
bruit à la porte de cetteCham- 
bre y & l'ayant trouvée entr'- 
ouverte , il la poufla douce- 
ment , & s'approcha du \\\, où 
repofoit TObjet de ks défirs. 
Une lumière > qu on n étei- 
gnoit point pendant la nuit , 
lui donne occafion de confi- 
dérer fa chère Clarmonde5 ks 
yeux f e repaifîènt de ce qu ils 
découvrent de fes charmes ,&; 
fbn cœur peut à peine fuffireà 
tout le plaifir qu il reffent. Il 
voudroit baifer encore une de 
fes mains 5 mais il craint d'in- 
terrompre fbn fbmmeil com- 



Ao Avantures Je Clamades 
me il a déjà fait. Cependant 
fbn amour le preflè de goûter 
cette douceurjun tendre mou- 
• vement l'entraîne malgré lui , 
& dans le moment qu'il tou- 
che cette belle main , il ie fait 
une il douce révolution dans 
fon ame , qu'il tombe dans un 
fauteuil fans presque, aucun 
ièntiment. 

Sa chute éveilla Clarmon- 
de 5 mais reconnoiflànt l'E- 
tranger , avec lequel elle s'en- 
tretenoit peut - être alors en 
longe , & jugeant de . l'excès 
de fon amour par la grandeur 
du péril où il s'expofbit , au 
lieu d'appeller fès Femmes à 
fbn propre fècours > elle en ' 
donne elle-même à celui qui 
nepouyoit mourir fans la faire 



O* de ClarmonJe» 49 
expirer.Durant que Clamadèi 
reprçnok Ces efprits,Clarmon* 
de revenoit de la frayeur que 
{Jba apparition lui avoitcau- 
féctéc quand il fut en état de 
récbuter : Seigneur , lui dit- 
elle , un fîmple Cavalier ne 
forme point des projets fèm- 
biables aux vôtres, & ne vient 
>as jufqu'au pied du Trône , 
j'ofe le dire , oraver une Prin-> 
celle, qui n attend que le mo-» 
ment d y monter. Si vous vou- 
lez , pôurfuivit - elle , que je 
fauve vos jours du danger où 
je les vois expofèz, il faut que 
vous me déclariez votre ori- 
^ne 9 & que vous m appren- 
niezle motif qui vous fait ainfî 
courir à la mort. Je viens, dh- 

ifÏQfi iùnçsSk 9 lui lépondlc 



^o Avantures de Clainades 
Clamadès , je viens vous '. 
demander comme une grac 
Je tremblai à fbn approche 
continua-^t'il , lorfque le Di 
Carnuante, tek la fie voir d a 
ièz près y je me dérobai à fi 
traits par mon adreilè , & , e 
arrivant chez le Roi , mo 
père , je m eftimai i)eareu3C d 
trouver un affle ailîiré donti 
elle. Je perdis jufqu à la tei 
reur qu elle m'avoit infpirée, 
lafpeél d'une jCour brillant 
où chacun s'emprefibit à m 
témoigner la joie que lui cai 
(bit mon retour, après m avoi 
cru précipice du haut de T Ai 
dans l'abîme de TOïïde. I 
pompe des Fêtes , <»i'on pr^ 
paroit pour célébreif ce rë 
tour , ièmbloit déjà tomm» 



ist de darmonde, <i 
on efprit dans un état tran- 
lille j j'en voyois même les 
prêts avec une fàtisfa(5lion 
cérieure , Se cent Beautés 
iflàntes , qui ro^doient tour 
cour la Cour de Caftille la 
us galante des Cours de 
uces les £{pagnes , sy rafr 
mbloient dans un même 
ms > moins » à ce que je 
mk , pour prendre part au 
vertilïement des Fêtes, que 
3ur fe diiputer entre elles la 
loire d'en faire l'ornement. 
n effet , pourfuivit-il , je re- 
arquai dans qudques-ufles 
es attraits û touchans , que 
ivoiiois en moi-même , que 
hàcune d'elles méritoit une 
Couronne 5 & , comme fi j'en 
rois eu plufieurs à diftribuer. 

En 



< 2 AvantUres de Clamades 
m'occupant un jour à confidé- 
rer celle d'entre les autres à 
qui je voudrois donner la plus 
belle , l'Amour , qui m'avoit 
laiilë paifible pendant que l'i- 
mage du péril fê préfentoit 
encore à mon infiaginatioo , 
l'Amour , dis-je , prit ce mo- 
ment4à pour me faire fbuve- 
nir qu'il n'y en avoit qu'une, 
dont je puflè di{pofer à l'ave- 
nir , & que je vous avois ju- 
gée feule digne de la porter. 
.Venant alors à me rappeller 
que lé Prince Léopatris m'en- 
levoit l'avantage de la mettre 
à vos pieds , je toinbai dans 
une mélancolie accablantç , 
& je courois rifque de la vie, 
fi le Roi , mon père, ne m'eût 
permis de revenir vousl'offtir. 



G* de Clarmonde. 53 
Mais , adorable Clarmonde y 
ajoûta-t'il , à ^uoi peut fèrvir 
au malheureux Clamadès un 
oflfre que le fils du Roi Bar- 
Câba va vous faire rejetcer , & 
vous aimant au point de ne 
pouvoir vivre fans vous poP 
(ëder,neft-ce pas véritable- 
ment une grâce que la more 
que vous allez me donner en 
- m'annonçant que votre main 

«promifè à ce Prince , dc 
! vous réglez votre devoir 
fur la volonté de Carnuante ? 
Au nom de Clamadès , la 
Princeâè Clarmonde , qui a« 
voit entendu parler de la gloi- 
re qu'il s'étoit acquife dans les 
Joutes & dans les Tournois , 
où il avoit fouvent remporté 
le prix dans les Cours étran- 



' <^ A vantures de Cîamades 
gères ., & de la fameufe vic- 
toire qu'il avoit gagnée fur 
les cinq Rois liguez contre le 
Roi Marcadite fon père , la 
tendre Clarm(Mïde , dis-je, qui 
içavoit que fà valeur le ren- 
doit recommandable dans tou- 
te l'Europe , fentit redoubler 
Tamour qn*etle avoit conçu 
pour lui. Ah ! Prince, lui dit- 
elle , pourquoi prîtes-vous la 
première j^is que vous m3 
vîtes le nom de LéopatnI't 
Celui de Clamadès vous au- 
roit-il fait moins d'honneur? 
Que vous m'auriez épargné 
de trouble ! Je veux bien vous 
l'avoiier , Seigneur , pourfui- 
vit-elle 5 fur la foi de ces traits 
auguftes que le Ciel imprimé 
(ùr le front des Honiimes nez 



ir de Clurmonde, X y 
pour commander) )e vous ai 
crû , malgré votre diiïîmula- 
cion , un Prince digne de 
moi , Se la nobleilè de vos 
ientimens vous a rendu les 
miem fî favorables , que je 
(buhûcerois . que mon père 
pût rompre les éngagemens 
qu il a pris avec le Roi 6arca« 
ba. Quoi ! divine Clamionde, 
lui répondit Clamadès , quand 
je croîs venir expirer à vos 
pieds, vous m'apprenez que 
vous voulez bien que je vive, 
et vous me laiilez concevoir 
Tefpérance de devenir le plus 
lieoreux Prince du monde ! 
Les éngagemens du Duc Car-- 
nuante envers le Roi Barcaba, 
pourfoivit-il , ne feront poiiic 
un obftacle à mon bonheur, 

T^ • • • • 

E iu\ 



< 6 Aventures de Clamades 
puifque votre cœur ne fe d< 
claie pas pour Léopatris , < 
vous pouvez vous repofèr ii 
mon amour du foin de voi 
affranchir de fon alliance. H( 
comment détourner ce ms 
heur, lui demanda Clarmoi 
de , fi ce Prince anrive aujou 
d'hui pour recevoir ma mait 
Donnez-là moi , cette mair 
Madame , lui répartit Clam 
àès f âc acceptez la mienn( 
que je vous offre avec n 
foi. Si vous daignez coûfè 
tir que je vous emmène ( 
Câftille , ajoûta-t'il , cette d 
marche fera approuvée p 
ceux qui fçavent aimer , > 
mon père Içaura difpofer 
vôtre à approuver notre m 
riage. Je vous aime , lui r 



<?• de Clar monde. ^j 
pliqua la Princefle , & peut- 
être plus que la bienfëance ne 
me permet dé vous le dire 5 
mais, malgré cé penchant qui 
me porte à vous préférer au 
Prince Léopatris , je me fens 
de la répugnance à goûter une 
propolition que Thonneur .... 
Ah ! Madame , interrompit , 
Clamadès , dans la conjonc- 
ture preffànte où vous vous 
trouvez , ne conlultez fur vos 
intérêts que l'Amour qui vous 
parle en ma faveur > qu'il foit 
le fêul dont vous écoutiez les 
conièils 5 c eft un Guide fidel- 
le 5 & vous en jugerez com- 
me moi , 11 vous confidérez 
qu'il m'^conduit dans un lieu 
où je trouve la vie , lorfque je 
peniois y rencontrer la mort» 



<S Avantures de Clamades 
Ajoutons à fon confèil , liû 
dit la Princeflè , celui des 
Femmes que mon père a mi- 
les auprès de moi > elles n*ont 
pas moins de prudence que 
lui , & je délibérerai quand je 
les aurai entendues. ; 

Clarmonde paiïà dans la 
Chambre où dormoient Flo- 
réte , Gayéte & Liades > elle 
les éveilla j les fit lever , & 
leur raconta que l'Inconnu , 
que Carnuante avoit voulu 
faire mourir , étoit le fameux 
Clamades , fils du Roi de Caiî' 
tille. Vous en avez entendu 
parler fi avantageufement , 
leur dit-elle, qu'il nemeferoit 
pas poiïlble de vous^ieppren- 
dre de (es actions héroïques ^ 
plus que la Renommée n*en a 



Cr de Clarmonde. ^p 
iblié dans cette Cour. Il 
'aime> mes fideiles Amies, 
3uta-t'elle , & fon amour 
i fait braver une féconde 
►is le péril pour venir me 
dire. Û m'offre la Couronne 
je le Roi Marcadite lui def- 
ne. Elle me plairoit plus que 
elle du Roi Barcaba , & il 
te propoie de ne pas atten- 
:e icil'aMÎvée du Prince Léo- 
îtris. Si javois le choix de 
me des deux Couronnes, 
it Floréte, je préférerois celle 
a Roi Marcadite à celle du 
ci Barcaba. En effet , dit auflî 
rayéte , les Etats du Roi de 
laftille nous font connus , 8c 
peine fçavons-nous où font 
tuez ceux de Barcaba. Pour 
loi , dit à £bn tour Liades , je 



6o Avàntures de Clarttades 
diipenferois Léopatris de ve- 
nir de fi loin chercher une 
Princefïè , & je le ferois prier 
d'en prendre une , dont le 
Royaume feroit voifin du fiçn. 
Après une mûre délibéracioD > 
toutes trois , d'an confènte- 
ment unanime , confèillérenc 
à Clarmonde de recevoir la 
foi du Prince Clamadès > de 
le fiiivre en Ca(lill%& de laiir 
fer Carnuante fe démêler des 
cngagemens qu'il avoit pris 
avec Barcaba pour Léopatris* 
Il ne reftoit plus qu'une dif- 
ficvUcé à furmonter > c étoit de 
fçavoir comment la Princeflè 
pourroit s'évader de la Cour 
de Carnuante , étant , pour 
ainfi dire , gardée à vue par 
un Géant , qui veilloit conti- 



ir de C^f monde. 61 
nuellement dans une Salle , 
par laquelle il falloit pafifer 
pour fortir du Château-No- 
ole. Clamadès , qui fut con- 
fîilcé fur cette difficulté , la 
leva en apprenant à Clarmon- 
de & à ies Femmes qu'il 
avoit à fà diipofition îè Dra- 
gon de Liège , fur lequel il 
s'étoit élevé dans l'Air , \oi£- 
que le Duc Carnuante avoit 
voulu le faire mourir. Il nous 
enlèvera Tun Se l'autre , dit il 
à la Princefïè , & nous ferons 
^ à moitié chemin du Royau- 
me de Caftille , avant que le 
Géant s'apperçoive de votre 
évafion. Après que Florete & 
fes deux Compagnes eurent 
témoigné à Clamadès la joie 
quelles avoient de ce qu'H 



1^2 Avantures de Clamadh 
prenoit Clarmonde pour fon 
Epoufe , elles le prièrent de 
revenir les enlever à leur tour 
quand il Tauroit remifè entre 
\qs mains de la Reine Doâi- 
ve , parce qu elles ne pour- 
roient vivre abfentes de leur 
chère Frinceflè, & Clamadès 
promit de leur donner cette 
fatisfadUon. Il fut donc cher- 
cher fon Dragon de Liège 
dans l'endroit où il l'avoit lait 
fè 5 on le chargea des chofes 
nècefTaires pour voyager , & 
Clamadès y monta avec la bel- 
le Clarmonde. Lorfqu ils sV 
furent placez commodément, 
les trois Femmes obfervérent 
qu'il leroit à propos , pour les 
mettre à couvert du reflènti- 
menc de Carnuante » qiie Cla- 



O* 4e ClarmonJe. 6^ 
adès fè montrât à ce Prince , 
I s'élevant au-delîùs du Châ- 
au > qu'il lui apprît que le 
oi Marcadite eft fon Père , 
: qu'il emmène la Princefle 
}ur la faire un jour Reine de 
allille. Cela vous eft facile » 
i dirent elles j le Duc fè pro- 
léne tous les matins dans un 
irdin , d'on il entendra c^ 
ue vous lui direz , li vous 
oulez bien prendre votre 
kemin par ce côté là. Et afin 
uc Clamadès ne fè détour- 
ât pas inutilement de fa rou- 
» , Tune de ces Femmes mon- 
I par ordre de Clarmonde fur 
ne des Tours du Château 
>our voir fi le Duc , fon père , 
toit dans le Jardin. A fon 
etour, elle rapporta que Car- 



/ 



6^ A vantures de Clamadi 
nuance s'y entretenoit 
quelques Courtii^ns. Prc 
de ce moment , Seigneur 
elle à Clamadès , l'occ 
eft favorable pour lui fair 
tendre ce qui peut nouî 
rantirde fa colère. Alors < 
monde embrafla ces trois! 
mes en verfànt des larme 
Clamadès réitéra la pron 
de revenir Içs prendre 
les emmener en Caftille.T 
nant eniuite la CheviU( 
front du Dragon , il s*éle\ 
milieu de l'Air , & paflani 
deiïùs du Jardin : Seign 
cria^t'il à Carnuante , ne 
nez pas une peine inuti 
chercher la Princeflè votr 
le , parce que je l'emn 
2(vec !moi pour en faire i 

Eco 



<T de CîarmonJe, 6< 
Ëpoufei fi votre curiofité vous 
pojte^ vouloir apprendre qui 
je (ùis-, je me nomme Clama^ 
dès y fils du Roi Marcadite, 
Se i'efpére faire monter un joue 
Clarmonde fîir le Trône de 
Caftille. 

Le Duc Carnuante ayant 
entendu ces paroles, & voyant 
que Clamadès enlevoit eflPec- 
tivement la Piincefle , il en 
conçut une douleur fi vive , 
qu'il tomba comme mort en- 
tre les bras d'un de lesEcuyers. 
Quand il fiit revenu à lui , il 
reconnut que le Raviilèur de 
Clarmonde étoitle même Ca> 
vvlier qu'il a voit voidu faire 
mourir quelque tems aupara^ 
vant , & qui s'étoit échapé 
de (es mains à la faveur de foii 



66 Av amures de Clamades 
Dragon de Liége.Cepenclani^ 
pour fçavoir fi ce n'étoit point 
un Fantôme qui lui eût appa- 
ru dans l'Air , il envoya dans 
la Chambre de (à Fille voir (i 
elle en écoit véritablement for' 
tie. Quand on lui eut rapporté 
qu on ne trouvoit point la 
Princeflê,& que les trois Fem- 
mes , qui couchoient auprès 
de fa Chambre , étoient dans, 
un profond ibmmeil > C^r- 
nUante vînt auflîtôt lui-même 
éveiller ces Femmes :, & leiu 
demanda on étoit Clarmon- 
dé fà fille. Seigneur, lui ré- 
pondirent-elles, enfôgiKmt 
d'ouvrir les yeux avec peinte , 
la Princeflè dort fans doute , 
puifquelie ne nous a point 
•encore appellées. Elle n'eft 



Cr de Clarmonde. 6j 
point dans £bn Appartement « 
leur répartit Carnuante, & elle 
n a pu en (brtir fans que vous 
vous en foyez apperçûës. Ce 
que vous nous dites nous fur^ 
prend. Seigneur , lui répliquè- 
rent- elles , en paflànt fur le 
champ dans la Chambre de 
Clarmonde. Ne l'y trouvant 
pas» elles afFeâérent de pouf- 
fer des cris C douloureux ÔQ 
de Êûre des gémifîemens fi at-» 
tendriHàns , qu elles touchè- 
rent de compaffion ceux qui 
accompagnoient le Duc , & 
que Carnuante lui-même ne 
lesfbupçonna point alors da-.' 
voir favorifé Tenlévement de 
fa Fille. Il réfolut dans le mo- 
ment même de fçavoir du Roi 
Marcadite > fî fon Fils avoit 



6B Avnatures de Clamades 
emmené Clarmonde en Caf- 
tille , & il lui envoya des Am- 
fcaflàdeurs , aufquels il donna 
ordre de lui demander raifbn 
de cette violence , s'il refiifbic 
de marier Oamadès avec cette 
Frinceflè. 

Pendant queleEhic de To(^ 
cane agifibit de la forte , le 
Dragon de Liège tranfportoit 
SOS Amans par fa route ordi- 
naire , & Clamades le^ faifbit 
décendre de tems en tems 
dans des Lieux agréables , où 
Clarmonde fe repofbit auprès 
de quelque Fontaine , à lom- 
bre des Mirthes & des Oran- 
gers , qui rempliflbicnt TAir 
du parfiim le plus doux. Us ne 
tardèrent pas à reconnoître les 
Murs de Séville. Quand ils en 



<?* de Cîarmonde. 6g 
'urent à une certaine diftance : 
Belle Cîarmonde, die Clania* 
dès à la Princeflè , voici la 
Ville oii le Roi mon père 
rient là Cour > vous allez en 
Être reçue en Héritière pré- 
fomptive de fà Couronne , Sc 
les Grands de Cailiile vont 
vous relpedler comme leur 
Souveraine. Que Marcadite 
vive , Seigneur , lui répondit 
Cîarmonde 5 mon ambition 
n a point foa Trône pour ob- 
jet y )e la borne à me voir (à 
première Sujette. Mais avant 
que d'entrer dans Se ville,pour- 
fui vil- elle, je voudrois me dé- 
laHèr un peu , & j'apperçois 
un Bofquet propre à prendre 
du repos. Clamadès y condui- 
Ça fon Dragon, & décendit 



jo Avantures de Clamades 
la Princefle fous un onobrage, 
où l'on pouvoit fè repofer au 
frais. Si la Reine Dodlive Bc 
les Frinceflès mes fœurs , dic- 
il à Clarmonde > étoienc pré- 
venues de votre arrivée , elles 
viendroient au - devant de 
vous , & fi vous voulez bien 
me le permettre , j'irai l'ap- 
prendre au Roi mon père y 
afin qu'il envoyé fès princi- 
paux Officiers vous rendre les 
honneurs xpi vous font dûs 
en entrant daJns la Ville. Je 
ijè me féparerai de vous, ajou- 
ta-t*iL que pendant le tems né- 
céflaii^ pour vous remettre de 
la fatigue du chemin , & vous 
êtes ici dans un Lieu où l'on 
ne troublera point votre trafe- 
quilËté , la chaleur étant en- 



O* Je Qarmonde, 7 1 
core trop grande pour que 
perfbnne penfè à venir s y 
promener. Je confèns à ce que 
vous ibuhaicez , Seigneur , lui 
répondit Clarmonde 5 mais je 
ne promets pas de vous atten- 
dre fans quelque impatience. 
Mon empreflèment à vous re- 
voir , belle Princeflè , lui ré- 
partit Clamadès, ne vous don- 
nera pas le loiiir de vous en- 
nuyer. Ce Bofqiiet touchant 
au Parc du Koi Marcadite , 
Clamadès fe rendit à pied au 
Palais de Ton père , & laiââ 
fbn Dragon dans le même 
Boiquet. La Prince^ admi- 
roit la diverûté des Fleurs 
champêtres , dont la Nature 
rembelliflbit, Sc pour ne pas 
s'impatienter durant Tabfeiv- 



72 jévantures de Clama A)s 
ce de fon cher Clamadès , elle 
en cueilloit de diverles cou- 
leurs , dont elle s'anfiufoit^à 
faire une Guirlande en atten- 
dant fbn retour. 

Pendant que Clarmonde 
s'occupoit à cet amufèmenc, 
le Roi Cropardo , qui cher- 
choit depuis quelques jours 
dans les Bois des environs de 
SéviUe , des Plantes pour en 
compolèr des Médicàme^s , 
entra par hazard dass le Bo(- 
quet ou étoit cette PrincefTe. 
L'ayant apperçuë de loin , & 
la trouvant belle à fon gré, il 
s'approcha du Gazon fur le- 
quel elle étoit affile , èc après 
lavoir confîdérée y. (on cœur 
ne put tenir contre lès char- 
mes, & il en devint ^poureux. 

Dès 



tr de Clarmonde. 75" 
Pès que Clarmonde le vit au- 
près d'elle , fà difformité l'é- 
pouvanta. O! Clamadès , s'é- 
cria- t'^le toute tremblante , 
pc^irqûoi mè lai£l!èz-vous feule 
ici ? Revenez promptement 
fur vos pas. Au nom de Cla« 
madès , le Roi d'Ungarie pré- 
iùma que ce Prince avoit ame- 
né dans un Lieu fi charmant , 
cette rare Beauté pour l'ufàge 
de £ès plaifîrs. Il jette la vue 
de tous côtés pour voir fi quel-^ 
qu un étoit chargé du foin de 
la garder. Il n apperçoit per- 
{ônne^ mais il découvre dans 
un endroit du Bofquet le Dra- 
gon de Liège , qu'il reconnoîtv 
parce qu'il l'avoit conftruit. 
Dans cette penlee , le fbuve- 
'oant que Clamadès s'étoic op« 



74 Avantures de Ctamadèt 
pofé à fon ni,ariage , 3^ voa^ 
îant fe venger de cette injme, 
îl (oïm^ \q 4eilbin de lui en* 
lever cette ïncopnu^ , qui fur» 
paflbit en beauté la FiinceUè 
B^xime ik içeur. Madame, 
jdit-il è Qarinonde en Tabor» 
4ant, ne vous plaigne;: point 
de l'ablènce du Prijace de Ca£> 
tille y la votre lui eft plus diÉ- 
Sicile à lupporter que le m4 
qui vient de le lùrprendre à 
qudque diftapce d'ici. Il m 9 
prié 9 comme le fèul Ami , eç 
quiil pjàt dépofèr leiècretdç 
£)n cœur , de vous faire mon* 
ter fur fjopi Dragon de Liège , 
qu il m'? appri? à gouverner, 
i& de vous conduire dans leo» 
droit 011 il attend de vous le 
(pÇ9]a$ 4ppt il 9 befoio. A ci^ 



ir de CHannonât, ^■f 
-dlTcours , la crédide CLarmon- 
ide , ne croyant point êtce s£- 
£sz tôt ai^ijès ^e ion cher 
Clamadès 9 jette loin cTéUe la 
Ouiilanide qu elle avoit conw 
iziehcée , & iànsiloraier à Cro* 
pacdo le l(»£ir de lui tendre la» 
inain pour monter 6ir le Dra- 
gon, dlle s'y place elle-mê- 
irie en croupe avec emprelîè- 
ment ^ & lui dit de la tcanP' 
paaJ;prompt«aieDC dam le- 
lieui^è die peuciècourir ce 
Fiince. Le Roi d'Ungarie 
tourna auffi-tôt la Cheville , 
qui Êûlibit mouvoir lés Ke{^ 
£oïXs i par le. moyen delquels 
ccDragons elevoit dans r Air, 
êc à s'y âeva à une tdlè hau- 
teiorv que la Princeflè ne vît 
iHâncâtpiu^Séville que corn-* 



yiS* Jvantures de Clamadt 
me un Point, qu elle perd 
VÛ€ un momçnt après. 

Dans le cems q^ie Crc 
do eidévoit ainfi la Frin< 
de Tofcane , rHomme d 
genC;^ qui étoic dans le P 
de Marcadite , {bnnoit d 
Trompeté avec tant de fc 
que toute la Cour en fut 
prifè, parce qu'on en ignc 
Is (ècret. Clamadès eni 
dans le Palais , lorfque chs 
raifbnnoit fiir cet ^vénem 
AprèjS avoir fàlué le Ro: 
la Reine : Seigneur , dit - 
Marcàdke , vous revoye2 
moi un iîls , qui vous eft j 
redevable de la permifîîon i 
vous lui avez donnée de 
tourner en Tofcane , que 
foin que vous prenez poiu 



ir de Clarmonde, ^ 
Â^Airer la Couronne de Caftit> 
le. Vous me 1 avez obtenue , 
cette pernxiflion , Madame , 
ajouta-t'it ^ eh s'adreflànt à fà 
mère , & vous m'avez mis par- 
ia en état de vous devoir dJenx 
Ibis la vie. Vous êtes fans doute 
content de votre voyage , lui 
ibt la Reine ^ Clarmonde vous 
«Tt'eHe p^u aufîl belle que 
ijaand Carnùante vous furprit 
Wf&c elle f Mille ibis plus coar^ 
filante'. Madame» lui répondit 
Clamadès , & l'Amour même 
vé fçauroit rien former de fi 
jpàrf ait. Je penfbis plus avàn- 
tageufèment de vous , mon 
fik , lui répartit Doétive 5 je 
ae me ferois point figuré que 
tous auriez vu fans douleur 
Vous enlever votre Princeflfe , 

G ii\ 



y^ Avanturej tte ClatmrJèf 
& jecroyois que vous aimiez 
plus tendrement. Le Prince 
Xéopatris me rend plus de jdr 
tice que vous , Madame y lui 
répliqua Clamadès 5 û vous le 
confùltiez^pourroitvous dire 
qu'on doit penfèr plus favora^ 
l>l£mentdemoT>mais,{ans vous 
donner la peine d'aller le con« 
lulter au-delà de laMer^-iàp^ 
portez-vous-en à Clarmondef 
elle n attend que vos ordres 
pour vous fairerevemr devo* 
cre préjugé. Quoi i mon Fils y 
s'écria h Keine , vous auriez 
enlevé cette Pnnceâiè ? Serois- 
je digne d'être votre Fili , Ma»- 
dame^ lui dit Clamadès , fi j'ar- 
mois afièz foibîement pour 
£>uffi:iraux dépens de ma vie 
]m Rival devenir heureux , Sç 



<st de CiarrnonJe, yp 
<té mie défàvoueriez-vous pas 
pOHT être forme de votre (àng, 
fi je nefçavois pas m attacha^ 
comme vous aumfétite ? Clar- 
monde ne s'y coiïtïoît peiït- 
être pas It bien que moi , puiP 
•qu eue me préiére att Fils du 
Koi Barcaba» Quoi qu'ail en 
Ibic y stjoûtart'il en s'adreââttt; 
au Roi , pour n avoar rien à 
iËiraîiidre de la pâarc du £)uc 
CsQrtïuasiteyqui à traité de iba 
Ifiariagefàns fa pàsticipatiotiv 
éiie vient fe mettre Ibus vôtre 
r<«:eéiioni i cctotare fon ref- 
otiinent. Je vôlis entens y 
taon Fils , lui dk Marcadite )r 
nous raflùrero'ns la Princeflè 
contre fà crainte , & nous fe- 
rons fa paix avfec Cam\iante. 
Mîûs oàavez-vous laiiTé cette 

G iii{ 




8o Ax)antwres de Clamades I 
Princefle ? & pourquoi nous ' 
privez-vous du pktfir de lui 
dire que fi fa dçfobéïflàpce 
aux volontés de fbn père lui 
fait perdre le Duché de Tof* 
cane , la Couronne de Caftille 
la confolera de cette dif^race. 
Enfeignez-nous , pourwit-il , 
oii nous pouvons aller la re- 
cevoir , & l'aflùrer que nous 
Teflimons autant que vous Tai- 
mez. Clamades cooduifit le 
Roi & là Reine dans le Boi^ 
quet où Clarmonde devoit 
Tattendre , Se toute la Coui 
le fîiivit 5 moins pour plaire à 
Mârcadite , qui vouloit rendre 
magnifique l'Entrée de la Prin- 
cefle dans Séville , que pour 
voir fi (à beauté répondoit à 
l'idée qu'on s'en étoit faite 



iff' it ClarmanÀe, 8 1 
flir le rapport de Clamàdès. 
Quand la Cour fut entrée 
dans le Bofquet , le Prince de 
Caftille n'y trouvant point hi 
Princeflè de Tofcane , ni fe 
Dragon de Liège , il demeura 
dans lin étonnement , qui le 
rendit comme immobile. Le 
Roi & la Reine n'en furent 
pas moins étonnez que lui > lej 
uiis & les autres ne fçavoient à 
^oi attribuer cet événement; 
Le Prince revint un peu à lur> 
<ks larmes coulèrent de lès 
yeux 5 il chercha dans tous les 
coins de ce Boiquetj il en vi- 
fita pifqu aux moindres ré- 
duits. Ne la rencontrant point 
enfin 7 & revenant vers le Roi 
ion père , il apperçut un gant 
que cette Princeilè avoit oif< 



^i Avûntures de Ctamacùf 
blié. A la vue de ce gaat , il 
tomba en foiblei& 5 on ac- 
courut à fb'n fècours jr mais le 
fnai redoublant , on fut coi> 
Craint de le pc^^r dans xm lit^ 
où ilétoit encore maradejlorf* 
que les Ambaflàdeuirs' du DuC 
Canïuante arrivèrent à Séville 
pour fçavcâr du Koi Marcadite 
,s*iï étoit vrai qtie le VitocfS 
Clameadè^ eût amené à là? 
Cour la Princeiïè Clarmdnde. 
LeRm de Caftille leur rendit 
les mêmes honneurs qui! aU' 
roit rendus au Duc leur Mal^- 
tre r leur apprit ce qjii étoit 
. arrivé au Hijét de cette ï*rin^ 
tQ^St y & leur fit voir Clama- 
is dans ttn état déplorable ,. 
.& dont on n'attendoit que là; 
mosc depuis le moment qu il^ 



iy de Clarmonde. 03 
lavait perdue. Marcadite of' 
donna de les régaler ^lendl- 
dénient , À: leur £t des Fré- 
ons ù riches ^ qu ils auroient 
ibuhaicé par reconnoifïkice 
-que Obrmonde eût été à por- 
f éedefècourir eUe-memerCfa-< 
madès , afin d'en porter rheu« 
reule ncraveHe à leur Souve- 
jrâiix5 niais ne pouvant^pren-^ 
drecequeMe étoit devenue, ife 
prirent Ism audience d& coït*- 
^é^retoumérent enTolcîûa^ 
crîi iU rendireiu à Carnuante 
va compte èxs£t de leur com-' 
imiïion. Laidbns ce^ Prince k: 
déferrer de h. perte de fa» 
Filiie, & revenons au Roi Cro^ 
pardây qui Fenfevoit , pour 
fwÀt Clamadês de' s'être op-- 
|io£^ àfon. mariage avec la: 



$4 AxfatUures de Clamadh 
Princeflè Maxime , que le Rd 
Marcadice lui accordbit ian 
fbn oppoficion. 

Aum-tôt que laPrincéddê é 
Tofcane coanut que fon Gui 
•de abu{c>ic de k facilité qu'elle 
avoit eûë à croire ce qo il lu 
avoit dit de l'accident fùrve' 
nu au Prinée de Caftille, elli 
poudà des cris , qui auroiém 
amolli les cœurs ks phas m 
ièniibles; Ma&eureldè que J( 
£ns ! di(bit-elle , où me con> 
duit ce Perfide ? Clamadè») 
©n m*enléve à vos efpérancea 
Vous faifiez toutes les miép 
lies. Je mettois en vous toute 
ma félicité , toute ma confo 
lation, O t mon cher Clama>- 
éès , à quelle affliction ne 
vous abafidonaez-vous pas ea 



ifSt de CUr monde, S< 
î« me trouvant plu^ dans le 
Lieu où you^ m'avez l^iiTée ? 
Qye voRS été;? à plaindra fi 
vous fbufïre? les maux quç 
ipç câufç notrç réparation j 
Qii^od elle q ei^t plus la forcç 
^. p^ler , eUe ^ mit à fo^i^ 
pjrer , lies yeux noyçz de J^rr 
n?es , .<&; eÛe en ^voit verfë en 
fi grande. abondance , que k 
Viûë en.étoit obfcurcie , & nç 
diftÎQguoit pas où la condui- 
£©it ion Eiiyàïeyr. lL,p Roi Çrp- 
p^dp la voyant: gémir cpnti- 
Aùellçment , eyt enfin çorti- 
p.aflion d^ {on état , grrêpa fon 
Çr^Qodç Liège , & le fit.dé^ 
cendre fur ynf éminçpce qu'U 
découvrait. Dès q^e Clarr 
n^onde eut mis pied à terre, 
p^ç rççpm^enç^ les plgintesi 



$6 Avanturts de Cïama^s 
Se elles exprimèrent enco» 
quelque <h/ok de plus dou- 
loureux cpie les précédentes. 
CI noble Oamadès, difoit" 
elle ,1a fkur de la Ch&valerie > 
mon fidèle Ami ^ je ne vous 
revercai donc plus ! Se cet 
amour, q^ji ne dëvoit finir 
qu'avec notre viey n aura donc 
eu de durée qu'autant de tems 
qu'il en a feiUu à un Traître 
pour nous féparer l'un de l'atf- 
tre ! Je {iiis donc condamnée 
à mourir fans vous voir 1 Rut 
à Dieu que vous fçuflîez où 
je (îiis 5 vous viendriez encore 
délivrer une Amante, qui vous 
a caufé tant de péihé Sc tsax. 
de travaux ? Je ne puis plus' 
Soutenir mes malheurs j je fèn$ ■ 
qjuç mon ame m abandonne,. 



<st de Clarmonde, .S7 
%n adhevant ces paroles , le 
]Roi Cropardoprk Qarjîionfle 
iencrp fes bras pour la confbler , 
iSc lui frotale vifàge d'uneEau 
^dé fk compoiîtion pour la forti* 

r 6er. Je vous ferai Eeinp d'Un- 
garie, lui diftMt-il,& vous ferez 

- hoimoté^ CQiiîine une grande 

jScwyeraine* N<e vous smi^ez 

<ionc pas da vancage, ^ croyez 

que la Couronne que je met- 

fxsà fur votre tçte , vaut celle 

que Cla^nadès ne pourroi}: 

peut- être pas vous donner à 

1 avenir. Ah ! Traître, lui dit*- 

elle f je conçois maintenant 

qjie vous êtes le Roi Cropar^ 

jdo<, ce Perfide , ce Déloy^, 

qm a trompé le Roi Marca* 

.dite , & à qui le Prince Cla^ 

mfdh a Êùi rçAdrp la liberté. 



SS Avantures Je Clamades 
J« ne yeux point ,de votre 
Couronne 3 je n'en fais pas 
plus d eftime que jde vous ,• 
rjemenez-moi en Caftille , ou 
je vais nie punir à vos yeux de 
mètre laiiîée fùrprendre à vo» 

tye gçtifice. 

; Le Roi Cropardo ne s'em- 
ttarrafïoiç pas beaucoup du le* 
proche & de la menace de 
ÇlarmôEide j il étoit infènfible 
à Tu^ 9 ^ i(e promettoit dé 
prévenir l'autre. Le Tiône, lui 

4ifoit-il,y,ou5 inspirera des Iêq* 
timens plus modérez , &: vous 
y monterez aufli-tôt que je {&»■ 
rai votre Epoux. Mais, Mada* 
ipe , çontinuoit-il , puis-je ap* 
prendre de vous le Pais , qui a 
vu naître une Beautré fi parfai-^ 
tej'Ppur détourner leRoi d'Unr 

gariç 



<Sf dèClarmande. 8p 
garie du mariage qu'il projet-* 
toit. Née de Pàrens pauvres , 
lui répondit la Princeflè de 
Toicane , je ne fuis pas* faite 
pour être l'Ëpoufe cf un Roi. 
Deux beaux yeux , liii répar- 
tit Gropàrdo , peuvent bien 
tenir lieu de Naiilance Se de 
AicheÛès , & comme les vô- 
tres méritent la préférence flir 
ees- deux avantages 3 ainfi , 
pourfùivit-il , de qui que vous 
ayezf eiçô le jour, la chofe n efl 
d'aucune coniidération pour 
moi . > . vous poilèdéz mon 
cœur y cela me {ùffit , & je 
vous ferai régner. En lui te- 
nant ce dif cours , Gropàrdo 
jettoit fur elle des regards^ 
pleine de feu j Se Clarmonde 
'Ci'aignaint qu iln en vint à quel- 



^ o j^vantureidè Clctmarùs 
que violence dans un lieu où 
elle ne pourroitêtte fecouruë,. 
feignit de l'écouter avec plus 
de modération , &:;ppuilà là 
feinte jnfqu à lui promettre de 
le prendre pour Epoux dans? 
la première' ViUe , où ils pour- 
roient célébrer leur mariage ^ 
eiperant quelle trouveroit 
alors le moyen dé dégager fà 
promeflk & de iè débaraâèr 
de lui» 

Satisfait des dilpoiïtibns fa^ 
vorables où iï croyoit voir las 
Beauté dont ilétoit épriS:^Crd- 
pardo la pria de lui apprendre- 
fon nom j> elle lUi dit qu^elle 
fenommoitEfcoréte. Hé bien> 
bellfe Efcoréte , lui dit -il, je 
"VOUS aime fî parfaitement que^ 
ie vous ferai Rdne . d^Urigariè^ 



& de Clarmonde, pr 
avant que Soleil reparoiilè 
pour la troifiéme fois fiir no- 
tre Horifbn. Remontons fur 
notre Dragon,ajoûta-t%&fâi- 
Ibns enfbrte de découvrir quel- 
que lieu 011 nous trouvions 
ïes chofes dont nous avons 
^efbin pour rétablir nos for- 
ées ,' affoibliés dans cette 
Vaftè étendue de l'Air que 
ttous avons traVerfée , & dans 
fèquel je puifîè' vous donner 
Ifes dernières preuves de mon 
amour. Clarmonde confèntit 
à ce que lui propofoit Cro- 
pardo' j elle (è remit en ctou- 
j^e derrière lui , & ils firent 
une fi grande diligence , qu'ils 
stf rivèrent avant la nuit auprès 
de Salerne , qui étoit dans ce 
^oiBQfi^là^ Capitale d'un Royau-r 

aï» 



^2 AoarUuHs de Clamai 
me de ce nom, dont M( 
étoit le Souverain. Ce '. 
-étok bien fait , ?\Skz jet 
.fort aimable , & avoit 
une Loi ^ par laquelle 
fendoit , fous- peine de '. 
à tout Etranger de vc 
iùr {es Terres fans ven 
Cour y parce qu it ainioi 
prendre des Nouvelles 
;qui fe paflbit aiUeurs qu 
les. Etats 9^ & loriquon 
apprenoit d agréables , il 
bloit de Préfens ceux c 

t 

donnoient cette fàtisfaé 
. .^-,Q^andîle Roi Cro 
«uc:fe6Dnnu cette Vili 
vint décendre proche i 
iMwaiUes , dans iu> Pre 
r^^^.„^ m^^ de fjeur 

jviisoiçfau rep€i»> ^ &'j 



i 
« 1 



^. 



iff^ 4e Clar monde. p"3 
avec Clarmonde (ùr le bord 
d'un Ruiiîèau , dont la fraî- 
cheur les dédomagea delà cha^ 
leur qu ils avoient efluyée. Je 
»*ai point encore vu , dit-il à la 
Princeflè de Tofcane,de Can> 
pagne plus belle ni de Climat 
plus doux 5 fUngarie (èule eft 
préférable à un Pays fi char- 
mant. Vous ferez bientôt Rei- 
ae de ce riche Royaume , di- 
vine Efcoréte , pourfùivit-il , 
& je vous y conduirai aufli-tôc 
que vous m'aurez engagé vo- 
eee foi. Ce n'étoit pourtant pas 
la penfée de Cropardo , car il 
ae pouvoit rentrer dans FUn- 
garie qu'après s'en; être abfèn- 
dépendant fept années , à caulè 
i^ttrilavoît trahi le RoiMarca^ 
£t&s ^ Uneparlbicde kibnç 



49 Âvantutes de Clamades 
à Clarm onde" que pour la dit' 
pofer à le rendre heureux dans 
Salerne" même. Mais comme , 
-ïa trahifon demeure rarement 1 
impunie", dans le tems qu'il e» 
Hiéditoit une nouvelle , pour 
fâtisfaire une Paffion , odieufè 
à celle qui la faifoit naître , it 
fe fentic frapé du= même mal^ 
qti'il avoit fùppofé en Clama» 
Jès, pour obliger Clarmonde 1 
à le fuivre , <Sc s'enddmiit, la 
tête appuyée fur lé giron' de 
cette Priincéflè, qui n'ôlà s'op 
pofer à une liberté quil pre- 
âoit déjà' comme Epoux- 
Pendant qu'il repofbit dans 
cette pollure indécente , lès 
faucohiers du Roi Meniade" 
arrivèrent dans ce Pré pour 
|^reod£& UQ- Héron qa& leùrs^ 



Cr Je Clarmmife^ ^f 
Fàucd&s avbient abattu. Us 
n'eurent pas plutôt apperçâ 
Clarmoïidê' , que £à beauté' 
fieur fît oubfier le ibih de leur 
Chaflè' potM" l'admiter. Les 
eomplimens qu'ils lui firent 
éveillèrent Cropardo j il fe 
mêla dans la convef fàtion , & 
comme il^ avoit dé l'elprit ,» 
ces; Officiers ne trouvèrent 
point étrange qu'une fi char- 
mante rërfbnne eut des^égards 
pouiriin Homme auffi mal faitr^ 
Durant qu'ils s'entretenoienc 
éh' chofeS' amuiàntes avec lé" 
Roi d'Ungarié & la Princeflb* 
«le Tbfcane, l*un d'eux fë dé-^ 
cacha de là Compagnie , Sc 
eourut au Palais du Roi de* 
Sàlerne. Seigneur, lui dit-il, t 
|ious avons trouvé hors de la: 



^6 Aoanturef de Clamadh 
Ville une Etrangère d'une 
^ grande beamé , que vous ne 
avez jamais vu de fèmblabk 
Se elle eft accompagnée d'u 
Homme , qui n a point (on pî 
reil enlaideur^Curieux de voi 
cette merveille i le Roi M^ 
Iliade vint avec quelques Sei 
gneurs dans le Pré où étoic li 
Princeflê Clarmonde^Ebloiii 
pour aihfi dire , des rayons qu 
partoient de fès yeux, ce Prin- 
ce fabordà civilement y Se h 
fàlua d'un air ft gaîaat, que ^ 
Courtilàns s'apperçûrent aufli- 
t^ôt que lui , que les charmes 
de l'Etrangéfe faifoient im« 
preffibn fur fbn cœur. Quelle 
keureufe Ëtoik , Madame , 
kii dit-il, nous amène iciuù 

0>jèc il aimable ^ Y v^nes- 

NOUS 



€T Je C^armonJe. ÇJ- 
ous pour obéir à la Loi , qui 
leflFend aux Etrangers de paC- 
br dans mes Etats fans paroî- 
re à ma Cour ? ou vous y 
sndez - vous pour détromper 
; Beau-Séxe de Salerne , qui 
.ii[pute le prix de la Beauté 
u reûe des Nations du Mon- 
le ? La Loi , dont vous me 
arlez , Seigneur , lui répondit 
^larmonde , n'eft pas néceC- 
lire pour obliger les Voya- 
eurs à vous rendre leurs hom- 
lages j vos politeflês fuflGIènt • 
our les y engager , & je n'ai 
as aâèz bonne opinion de 
ici pour prétendre de l'avan- 
ige fur des Dames , qui mé- 
Itent fans doute le prix qu'el- 
îs di{putent aux Etrangères, 
e iè croyçis comme elles 

I 



5>8 Avanturet de Clamai 
avant que de vous avoir 
Madame,luirepliquaMén 
pliais j'en juge à prélènt ( 
autre manière , & quand 
verront briller tant de < 
mes , elles roufcriront à 
Jugement. Mais, continua 
puis-je , fans incivilité , 
démander quel eft le Cav 
qui vous accompagne. ( 
fon Mari lui , répondit t 
quemenc Cropardo , à qu 
douceurs de Méniade 
toient point agréables , & 
eft ma Femme j ainfi , 
gneur , faites-moi la giac 
me la lailîèr pour ce qu 
eft , & ne l'expofez pa; 
ridicule de fe mettre en j 
lelle avec les Beautés de 
pp Cour. Une léppoiè ù 



• <T de ClarmonJe, pp 
olie fit comprendre à Mé- 
iade que la Jaloufie l'avoic 
i(5lée , & les pleurs , qui 
ommençoient à couler des 
eux de Clarmonde , le porta 
lui demander fi un Homme 
mal fait étoit véiritablemenc 
in Epoux. Non: , Seigneur » 
lî répondit - elle , & verfanc 
lors des larmes avec plus d*a- 
offidançe » ell^ n'eut pas la 
>f ce de lui en dire davanta- 
e. Sçachons , dit le Roi de 
àlerne à ceux de fa fuite, quel 
i le Téméraire qui ofe m'en 
opoféf , ôc qu'on s'affiire de 
p perfonnc Cropardo vou- 
tnt Te Guver de les mains , fè 
ingeoic du côté de (on Dra-« 
on de Liège i mais ne pou- 
doicpef cer une fouk de Gens;^ 



lOo Avantures âe Clamaâh 
qui le f erroient de près , il lut 
obligé de lui vre , avec fon 
Dragon fur fes épaules , ceux 
qui étoienc chargez de le gar- 
der; Ciarmonde , fàtisfaite de 
s*en voir débarrallèe , reprit Ma 
air plus ferein, & lùivicléRoi 
iMéniade \ qui lui donna Ja 
main jufqu à fon Palais , on elle 
fut reçèc lionnorablement par 
la Reipe Madonthe , mérè de 
èe Monarque , & par la Prin- 
ceflè ' Dragéte là fbeur. Les 
Dames de la Cour vinrent la 
vifiter y toutes la complimen* 
toient fur fbn extrême beau- 
té , & ce quil y avoit de rcr 
marquable , c*eft que l'amour 
propre n*en porta aucune à fe 
croire plus aimable quelle. 
?£ndant quelleécoit occupée 



. ' ist iî CÀar mande, i o l 
à répondre à leurs civilités , 
Cropardo étoit dans une Salle 
en butte aux traits de la rail- 
lerie; la plus piquante 5 fes 
Gardes faifbient tour à tout 
l'inventaire de fes défauts j 
jusqu'aux Pages fe mêloient 
■de loiier la magnificence de fa 
boue. Le Roi Méniade vint 
.enfuite lui faire des queA 
!Cions auiquelles il ne daigna 
jpas répondre , tant il étoic 
outré à.^% turlupinades qu'il 
effuyoit de tous côtés. Ce 
prince voyant qu'il s'obftinoit 
à ne point le fatisfaire fur ce 
qu'il lui demandoit , jura qu'il 
^oit le faire jetter dans un 
Cachot , d'où il ne fortiroit 
pas quand il lui plairoit , & 
Cropardo prit fi fort à cœur 

I iij 



102 Jvantures Je OamaJès I 
ce violent procédé ? qu il entra 
dans une frénélie fi tenible, 
que retombant dans le mal 
qui Tavoit furpris quelques 
heures auparavant , oit fut obli- 
gé ' de le porter dans un lit , 
cil il mourut ^ fans vouloir dé-» 
clarer qu'il étoit Roi comme 
Méniade , & fans reprocher à 
ce. Prince qu'il auroit dû s'in- 
former d'Efcoréte des égards 
qu'il devoit avoir pour fa Di- 
gnité. 

Le R oi d'Ungariê étant inott, 
le Roi de Salerne vint en ap- 
prendre la nouvelle à la Piin* 
ceflè de Tofcane , fans côn^ 
noître l'un & l'autre fous ces 
Titres , qu'il auroit reCpeâtet. 
en leurs Perfbnnes , s'ils ne les 
lui avoient pas diflimulez pouir 



' I 



iff' de Clarmonde. 103 
leurs intérêts particuliers. Ma- 
dame , lui dit-il, le Ciel vient 
de délivrer la Nature d'un Su- 
jet qui ne lui faifbit pas Hon- 
neur , & je penle qu'elle ne 
l'avoit formé que comnr^ uti 
Contraile , dont elle fe iervoit 
pour faire mieux admirer en 
vous la perfedlion defon Ou- 
vrage^ Il ne ie parera plus du 
i nom de votre Epoux , conti- 
: Dua-c'il , & c'eft un obftacle 
. de moins au deflein que j'ai 
de vwis couronner. A cette 
dédaration du Roi Méniade , 
la PrinceUê Clarmonde , qui 
ne pouvoit aimer que le Prince 
Clamadès , fe trouva dans un , 
extrême embarras, ^ voulant 
détourner ce nouvel Amant 
de fbn deflêin , elle s'avifà de 



Ï04 Avantures deClamadès \ 
joiier le perfonnage de Veuve 
affligée. Ah! Seigneur ^lui dit- 
elle , que venez- vous m ap 
prendre ? Il eft mort , cet 
. Epoux , que f aimois fi tendre- 
ment ! Je neluifurvivrai point) 
qu^on m^enfevelifle dans le ^ 
même cercueil. ! Comment^ 
Madame , lui répondit Mé^ 
jûiade , vous me difiez . . . . ; 
Seigneur , interrompit Clar-^ 
monde , je vous difois ce que: 
le reflentirhent me faifôit dire 
alors 5 mais il eft vrai qu'il 
m^avoît époulée depuis quel- 
ques mois , & f avois d'autant 
plus raifon de Tàimer , quil 
employoit ce qu il gagnoit 
avec fon Dragon de Liège à 
me faire fubfifter commodé- 
ment, & à me fournir les hi- 



iT âe Cîarmonde. lof 
joux dont je vovilois nfiie parer< 
Hetas ! pourfuivic - elle , f» je 
vous ai déguifé la vérité , c'eft 
parce qu'il venoit de me mal-» 
traiter, & je prie le Ciel de me 
pardonner un menibnge , qui 
a coûté la vie à celui qui n'a 
pu , fans mourir , m*entendre 
te defàvoiier pour monEpoux, 
Cette douleur apparente de 
Çlarmonde dlfpofa Méniade 
à croire qu'elle lui parloit un* 
cérement. La Reine (à mère 
Se la Princeflè là fceur lui don- 
noient la conlolation dont elle 
ièmbloit avoir befbin. 
. Quelques jours s*étant écou- 
lez , le Roi de Salerne vint la 
voir dans l'Appartement oii 
elle feignoit de donner un libre 
cours à {èspleurs.Dès queClac-^ 



to6 An)antures ieClamadh 
inonde le vie paroître , ellei 
doubla fes gétrtiflemens. Vc 
abandonnerez - vous encc 
long-tems à la douleur , U 
dame , lui demanda Méniad 
& n'aurez - vous point pi 
d'un Prince que votre affl 
tion jette' dans un abatteme 
qui peut lui coûter la vi( 
Vous avez perdu un Epou 
^Ourfuivit il,ne puis-jerépai 
cette perte ? Je n'attens q 
votre confentement pour vc 
placer lut le Trône de Sal 
ne 5 me haïriez - vous jufq 
refufèr ma main pour y me 
ter ? Eft-ce vous haïr que d' 
mer votre gloire , Seignei 
lui répondit Clarmonde ? 111 
de Parens inconnus , que i 
naiilàoce feroit rougir , s'ils i 



<C?* ie CîarmoHcte, ICJ 
:1iérii1bient ^ afièz pour en 
voiier le miftére > ne la ter- 
lirois - je pas moi ^ même , 
jette gloire , fi j'en acceptois 
e fàcrifice que vous me pro- 
y>kz , & ne penlèriez-vous 
5as un joiir que fi je vous avois 
)lus eftimé que votre Cou- 
enne , je vous aurois remon- 
ré que mon alliance vous env- 
►êcheroit de la porter avec 
(ignité ? Quelle que fpit vo- 
re origine , Madame , loi ré- 
)arttt Méniade > nion amour 
e<5lifie ce qu elle a de dëfec" 
xieux. La Reine votre mère, 
iui répliqua Clarmonde , la 
Princelîè votre fôéur , les 
Grands , le Peuple , tous deC- 
approuveroient ce que cet 
amour vous fèroit faire contre 



ïo8 AvanturesdeClamadef 
rintcrêt de votre Etat ,5 je cfe* 
viendrois Tobjet de la haine 
publique , & peut - être - . . . 
Dites , Madame , interrompit 
Méniade,dites T objet de la tenî- 
drefle de tous mes Sujets. De- 
puis cinq ans , continua-t'il , ils 
me demandent un Succefleiffi 
«100 cœur n a pu jufqu à prér 
fent fe réfoudre à les {ati$faire> 
& fi vous ne Vy déternaineZ)] 
vous les privez de refpéfancè 
4inique fur laquelle ils fondent 
leur bonheur. Se voyant pref» 
fée de la forte , Clarmonde > 
pour avoir le loîfir d'informeç 
Clamadès de (à fituation , pro^ 
mit à Méniade d'accepter lé 
Rang qu'il lui oflFroit , après 
que Tannée de ion veuvage 
ieroic expirée ^ fi les crois 



Ù" Je Clarmonde. lop 
►rdres de fon Royaume y 
onlentoient unanimement, 
'oppoieroient-iis à ia confer- 
ation de mes jours , reprît 
léniade , lorfque je les em* 
loye à Ipur procurer une fé- 
cité parfaite ? Non , Mada- 
me, pourfuivit-il, jugez mieux 
te leur reconnoilïànce 5 ils me 
egardent moins comme un 
loi V qui les tieiat dans le de« 
roirparla fé vérité de (qs Loix^ 
[ue comme un Père , qui les 
K>rte à robéïilance par la 
louceur de fpn Gouverne^ 
nent}&; par leur dévouement 
i mes volontés , vous connoî- 
rez demain qu ils ont pour 
laoi la même atifeélion que 
'ai pour eux. 
A. Ce Prince ne fe flattolt pj^ 



Iio Avantures deClamadès \ 
en vain de l'afFedtion de fëj 
peuples 5 il revoit éprouvée 
en plufieurs occasions , & ils 
lui en donnèrent une nouvelle 
marque dès qu il les eut af- 
ièmblez pour leur propofet 
ibn mariage avec l'Etrangère, 
que le hazard avoit amenée à 
(à Cour. Elle me diflimule fon 
extraâion , leur dit-il > mais 
Tair auguile de fa perfbnne y 
^ la noHede de les fentimens 
m'en apprennent plus qu'elle 
^e veut m'en dire , & je ne 
doute point que le Ciel ne 
me développe im jour qi;'il 
étoit trop jurte pour l'avoir 
feic naître ailleurs qu auprès du 
Trône. Aux acclamations de 
jEette Aflèmblée > quand elle 



»• . 






i!t de CtarmonJe. 1 1 j 
Clatrmonde compit aulîî - tôt 
que Méniade çn obtenoit 1q 
- confentement qu il defîrok, Sç 
conçut bien,que prellë par ion 
amour , il abrogçroit 1 Ufàgç 

4'a^^^^^^^ *^^ Veuves unç 

année pour ellliyer leurs lar^ 

mes. En effçt ^ il fît régler par 

cette même Aflemblée le jour 

quie le célébreroit Ion maria-^ 

' ge. Informée qu elle alloit être 

contrainte de renoncer à foa 

cher Clamadès , & ne vou- 

tv iant pas , à quelque prix qua 

ce fût j^lui manquer de foi , 

Clarmonde changea de per-* 

fonnage , parce que celui de 

Veuve affligée ne lui lembloiç 

plus convenable pour conte-i» 

nir TemprefTement du Roi de 

Salçroe ^ 6i réTolut ^ç joiiçjj^ 



1^1 

} 



ïli Avantures Je dama 

celui de Femme à qui Ti 

de la douleur vient de 

perdre Teiprit. Elle cor 

fi bien Tlnlenfée , que q 

Méniade vint lui apprenc 

Réfultat des trois Ordn 

Ion Royaume, «lie lui ré 

dit des chofès û déraifc 

blés, qu il crut efFeélivei 

qu'elle avoit perdu le bon 

Ses yeux égarez en apparu 

le confirmoient dans c 

penfée j à chaque regard ( 

rouché qu elle lui lançait, 

lui portpît un coup fie 

gnard dans le cœur. En 

elle dit tant de folies & 

tant d'extravagances , qi: 

fut obligé dfe la lier , j 

fee qu on ne eroyoit plus pi 

^ailuref de fa vie i 



iS" de Clarmonde. 115 
çettQ précaution. Méniade lui 
«fie meubler un Appartement 
.de plein-pied à une Terralîè 
agréable , & la mit fous la gar- 
. .4^ de quelques Dames , qui 
^ lui promirent d'en avoir beau- 
\ coup de foin , la regardant 
comme une Perfonne qui fe- 
roit leur Souveraine quand fa 
fànté {èroit rétablie. Revenons 
au Prince de Caftille, de ra- 
contons ce qu'il faifoit pour 
la Princefle de Tofcane pen- 
dant qu elle joiioit un Rolle fî 
.extraordinaire pour lui conler- 
ver la poflèffion de fbn cœur. 
Nous avons dit que Cla- 
.înadés n'ayant point trouvé 
Clarmonde dans le Bofquet où 
il l'a voit laiiTée , il en avoit été 
il vivement touché , qu'il étoit 



114 Avantures de Clamac 
tombé dangéreuieiftent t 
de. Pour le tirer dti pér 
le Roy Marcadice le vo 
il faifoit chercher cette 
cefle dans toute l^étendu 
fbn Royaume & dahs les 
vinces cirtonvoifines. Coi 
il s'occupoit à une reche 
dont dépendit la conf( 
tîon de fori fils > quelque 
lui firent obierver que le 
d'Ungarie n'avoir point 
dans Séville depuis Tenl 
ment de la Princeflè de ' 
cane 3 quelques autres lu 
', prirent que rHomme c 

gent avoit fonné de fa Ti 
pétè au moment que Ch 
-dés venoit de la quittei 
touis enfèmble lui dirent 
Cro|iardo alloit (buvent c 



iff; de Clarmonde. r i ^ 
ler des Simples dans le Bol^ 
iiet où Clarmonde avoiç été 
ilevée. Clamadés fut infor- 
lé de ces différentes réflé- 
ions > il y ajouta les tiennes, 
; en conclut enfin que ce ne 
Duvoit être que le Roi d'Un- 
irie qui eût fait cet enléve- 
ent , parce qu'il n'y avoit 
le lui qui içût faire uiàge 
X Dragon de Liège. Il com- 
lençoit alors à fè mieux por- 
X , & quand fès forces furent 
îez rétablies pour pouvoir 
lonter à Cheval , il fut trou- 
îr le Roi f on père : Seigneur, 
li dit-il, c'eft Cropardo qui 
i*a enlevé ce qu'après vous 
C la Reine j'ai de plus cher 
11 monde j permettez - moi 
'aller lui reprendte cet Objet 

Kij 



r 




lt6 ÀvantureiieOa). 
de mon amour en c 
endroit qu'il me lé ca 
le découvrirai , quand 
vrois le chercher ju 
extrémités de la Terr 
çadite ne pouvant s'( 
à un deHein fi raifoi 
choifît parmi lès Gare 
Hommes<pàur l'accom 
& lui donna ce qui é: 
ceflàire pour paroître 1 
btêment dans les Cou 
jugeroit à propos de 
connoStre. Ayant pris 
du Roi , de la Reine 
PrinceUês fe fœurs, qi 
rôiént en le voyant 
porâ partir, il leur p 
pour les conlbler > qa'i 
de retour àam un an , à 
«m'il ne mourût ou ne 



(T de Chr monde, li'j 
naïade durant {on voyage , 
%; montant endiite à Cheyai> 
L traveria la Caflille , entra 
ians la France, paflà en An- 
gleterre, pénétra dans TEcoffe;, 
St après avoir cherche inuti- 
lement le Roi dXJngarie, il 
reprit fà route par la France, 
Oïl il fut fort bien reçu , par- 
ce qu'il s'y étoit diftingué dans 
ià jeuneiîe. Il fe fit faire à Paris 
éiQS Armes noires pour mar- 
quer la triftefle de fon cœur, 
& il portoit fur fon Ecu un 
Gant , comme le feul gage 
qu il eût de fa chère Clarmon- 
de. Après s'être un peu délaf- 
fé de les fatigues, il' prit le 
chemin de l'Allemagne , par^ 
courut la Bavière, f Autriche, 
la Pologne , & paâà dans U 



1 1 8 Avantures de Cîamadés 
Grèce , où il combattit pour 
les Grecs contre un Prince, 
qui vouioit les afîujettir. Les 
ayant maintenus dans leur li- 
berté, & refiifé les Préfens 
qu'ils lui offrirent en recon- 
noiilànce d'un fervice C im- 
portant , il le rendit à Venilè , 
iàns avoir encore appris aucu- 
ne nouvelle du Roi Cropardo. 
Il voulut iéjourner dans cette 
Ville. Une nuit y penfànt à 
la Princefle de Tofcane , & 
conlidérant que le nombre.des 
Cavaliers, qu'il menoit avec 
lui , l'empêchoit de faire la 
diligence qu'il fouhaitoit pour 
la retrouver , il refolut de fè 
dérober de fa fuite , & d'aller 
£èul parcourir le Monde juf» 
jgu'à ce qu'il eût découvert la 



iff de Clarmonde, r I ô 
letràite de fon Kaviileur. 

Cette refolutiôn prife, Cla- 
ciadés ie leva devant le point 
lu jour 5 appella un de Tes 
Lcuyers j fe fit af tner > monta 
urle meilleur de fès Chevaux, 
fc dit au Valet de chambre , 
[ui l'habilla, qu'il feroit de 
etour avant que fes Gens fut- 
ènt éveillez. Il fortit donc de 
/enife , & marcha par des 
entiers , qui le conduifirent 
iir une Montagne efcarpée , 
>ïi il fe réfugia dans un endroit 
îrefque inacceffible , afin dé 
l'être point rencontré , en cas 
juon vînt le chercher de ce 
:ôté-là. Ce Domeftique, ne 
i^oyant point revenir £bn Prin- 
ce au tems qu'il avoit rhar- 
3ué, en prit de l'inquiétude 



1.2 o Avantures 4e Ciamadés 
auiïi bien que ceux que le R^l lo: 
Marcadite lui avoic donnez |i 
pour raccompagner. Us Tat* 
tendirent jufques vers le midi \l 
N'entendant point parler de 
lui , ils fe partagèrent en plu- 
iieurs Troupes f 6c furent le 
chercher dans les diiFérens en- 
droits où il pou voit être allé. 
Quelques jours s'étant écoulez : 
iàns qu'ils puflènc découvrir 
ce qu'il étoit devenu , ils pri- 
rent le parti de s'en retourner 
çn Caftille. Ils y arrivèrent i^it 
triAes de la mauvaifè nouvelle 
qu'ils apportoient au Roi Mar- 
cadite. Ce Prince ne Teut pas 
plutôt apprilè qu'il fe figura 
que Ion fils avoit été aSstffmé, 
& il fè l'imprima fi vivement 
dans l'imagioatioft, q'^'il en 

mourut 



<$* Je Clar monde. lal 
mourut de cliagrin.Les Grands 
de Claitilie dépêchèrent auIII- 
tôt dans toutes les Cours de 
l'Europe des Couriers pour 
avertir le Prince Clamadès de 
/venir prendre poflèffion des 
Etats de ion père ^ mais ces 
- Couriers n'en ayant rapporté 
aucunes Nouvelles , la Reine 
Doâive fà mère , prit la Ré- 
gence du Royaume juf(]^u'à 
fon retour. 

Clamadès marclia fi dili- 
gemmenc par la Montagne , 
•; dont nous venons de parler > 
I qu'en peu d'heures il ne crai- 
^ gnit plus que lès Gens puilènt 

Ile joindre. Sur le foir , vers le 
• coucher du Soleil , il apperçut 
l. un très-beau Château, nommé 
'^ l&.MoHt-étmt,. Quand il en fut 



122 y^vantures Je Clamadès 
aillez près pour en confidérer 
la beauté ; il ientic de la joie 
pour la première fois depuis 
î'enlévemenc de Clarmonde. 
Un fecret preflèntiment £èm- 
bloit lui annoncer que Ces pei- 
nes commenceroient à pren- 
dre fin dans ce Château. Après 
qu il en eut admiré l'Archi- 
te6lure , il fe préiènta devant 
le Pont-levis. On le baiflà fur 
le champ 9 on lui ouvrit la poF* 
ce ? on le reçut avec beaucoup 
de courtôifie , & on le con- 
duifit. dans une Chambre fur 
perbement meubléje , on plu» 
fleurs Cavaliers l'aidèrent à fç 
defarmer. Pendant qu'on le 
delàrmoit , ces Cavaliers Ivi 
demandèrent jbn nom , Sç jpe 

qu'il yenpiç chercher d^os 



i(S' de Clarmonje. T23 
L.ieu fi écarté. Je fuis un pau- 
vre Chevalier, leur répondit 
Clanîadès , qui cherche depuis 
long-tems une Avanture pour, 
convertir fà triftefle en plaifir. 
Parlant ainfl en termes ambi- 
gus , perfonne n entendoit ce 
quil vouloit dire. Vous ne 
pouviez mieux faire pour vous 
I, contenter que de venir ici, 
l. lui dit un de ceux qui l'aidoient 
à fè defàrmer > vous y en trou- 
verez une convenable à votre 
r . deflèin , car aucun Chevalier 
n'entre dans ce Château qu'il 
n'y laiflè fes Armes Se fon 
Cheval? à moins qu'il ne com- 
batte contre deux Chevaliers 
enfèmble , dont l'un fè nomme 
Durbans , notre Seigneur , & 
Idutre.SertaiîS , ion fécond, Sq 



• ■(• • • 



ÎÎÂ Avantures Je ClamaSs 
c eftenéxécution des ordres de 
Di^ibans que nous vous avons 
ouvert ia porte avec tant d'em- 
preflèmeht. Ces Cavaliers lui 
racontèrent que ces deux Sd- 
gneurs avoiént vaincu beau- 
coup de Chevaiiers , Se qui(s 
en avoient tué un grand noin* 
bre> qui avôient ofé leur dit 
puter rhonneur de la Vi<floire. 
Je ne vois pas , leur dit Cla» 
inadès,en quoi deux Hommes 
qui combattent contre un fèul) 
font confifter l'honneur du 
triomphe. C'eft un ulàge éta- 
fti daias ce Château , lui repoih 
dirent- ils, & cf autres que Vous 
BOUS ont fait la même quei^ 
tion. Au furplus , ajoutéren^ 
3s , vous aurez trois jours pour 
ypus préparer au combat 9 fç 



. i^ de Cîarmonde,. 17.< 

dorant ce tems-là , Vous ït- 

rez proviflon de forcés pour 

leur difpucér le terrain iur Is 

^ Ch»np de bataille^ 

Puifquef c'eft la coutume 
de combattre pour fbrtir de 
ce Château , kûr dit Clama-' 
dès, jene profiterai poiiK du 
retardement que Tous me 
propofez , & voufs avertirez 
vos Maîtres ^ qu'ayant aflfàire 
ailleurs qu id , je ferois bien 
. aife de prendre congé d'eux 
' dès le point du jour. Pendant 
qu oaailoit porter cette Nou-f 
veillé à Durbans,.qui étûit avec 
Sertans à une lieuë dé-là i ces 
mêmes Cavaliers conduiflrent 
OsHnadès dans une Salle , où 
il fiit reçu par des Daiftes , 
qui l'invitèrent à foupet avec 



T ••• 



12(5 Avantures Je.Ciamades 
elles. Acceptez ce que nous 
vous offrons, lui cfît gracieu- 
ièment la plus belle > vous au- 
rez befoin de vigueur contre 
vos Adverfàires , & vous. les 
entendrez vous appeller avant 
que l'ardeur du Soleil puiilè 
les incommoder. Je leur épar- 
gnerois cette peine. Madame, 
lui répondit Clamadès , fi la 
nuit n'étoit pas fi ôblcure , & 
je préviendrois le dommage 
que les rayons de cet Aftre 
pourroient leur caulèr. On fe 
mit à table 3. on ;S y dotcetînt 
de chofes amuiàntes ^ '& 43i3b* 
madès fe fit admirer pari là 
douceur de fbn efprit & la fa- 
geflè de'fes réparties. Curieui 
de ïçafvoir ^qui a voit donné 
lieu à la coutume de combat- 



<T de Cl'armonde> 1 27 
tre pour fortir du Château de 
Mont-étroit , Clamadès , vers 
la fin du Repas , pria ces Da-^ 
mes de vouloir bien fatisfaire 
fà curiofité fîir ce fîijet. Il y a 
long-tems , lui dit rEpoufe de 
Durbans , qu'un Hommfe vint 
demander le couvert dans ce 
Château 3 il fè fit annoncer 
comme Chevalier 5 on le reçut 
honorablement , & on le ré- 
gala de ce qui fe trouva de 
plus exquis dans la Saifon. Sur 
le minuit , chacun étant endor- 
mi , cet Homme en afîàfljna le 
Seigneur , fà Femme , trois 
Enrans , & plufieurs autres 
Perfbnnes 5 après quoi il fè 
jetira , fans qu'on pût décou- 
vrir ce qu'il étoit devenu. Pour 
£è venger de cet afiàflînat , on 

^r • • • • 



Tt 28 Avantures de Clamadts I 
détermina d'en faire tomba 1 
la vengeance fur les Cheva- 
liers qui entreroient à favenif 
dans le Château , & à cet eâPet^ 
' il n y en entre depuis cent ans 
aucun qui ne foît obligé de 
combattre contre les deui 
Chevaliers qui Thabitent , à 
moins qu'il n ait la prudence 
de leur abandonner fon Che^ 
val & fes Armes. Vous êtes 
jeune, pourfùivit cette Damei 
vous avez un mérite au-deflii$ 
<l'aucun Chevalier que faye 
vu dans ce Château , & je me 
ièns pour vous une eftime que 
je n ai point encore conçue 
pour vos femblables. Si vous 
vouliez fuivre mon confeil ^ 
vous prendriez foin de votre ^ 
vie 5 un je ne fçai quoi me 



<r âe CUrmàniie. Ï2$ 
torte à m*y interefe, Sc vous 
tes vaincu , fi vous votos ex- 
lolèz au combat. Croyez* 
noi , ajoûtar-t'elle , n en tent6± 
joint la fortune > f ai un excel- 
ent Palefroi , dont je puis dit 
yofèr j je vous Toffre , afin que 
^ous n ayez pas la cdnfuilon 
ie vous en retourner à pied j 
partez pendant que l'oblcurité 
peut favorifèr votre retraite j 
le vous donnerai un Guidé 
fîdelle , Se je ferai fatisfaité 
quand il m'apprendra que vous 
ne ferez plus au pouvoir de 
vos Ennemie 

.Clamadès écouta ce qtié 
hii dit cette Dame , avec les 
marques d'une reconnoiilànce 
lînguliére. Je nepùis affet vous 
témoigner > Madame , lui dit- 



JZÔ Avantures 4e Clama Jet 
il , combien je fuis fenûbie à 
vos bontés 3 je reçois vos con- 
(eils comme une grâce , & je 
- les fuivrois fi mon honneur 
pouyoit y confentir > mais on 
me reprocheroit que j'aurois 
abandonné mes Armes , & on 
me croiroit indigne de les 
javoir portées , fi- je refijfbis de 
combattre pour les confèr- 
yêr. Cette Dame, fùrprife d u- 
ne fi grande fermeté , lui de- 
manda (on nom , & il lui ré- 
pondit qu'il fè nommoit Mal- 
heureux en amour. Cette ré- 
ponfèlui donnaà penfèr) dit 
auroit bien voulu en pénétrer 
le fèns. Pendant qu elle s*oc7 
cupoit à le chercher , Clama- 
dès la pria de trouver bon qu il 
allât ie repofer , afin de - fe 



«y de Ciar monde, lit 
trouver en état de recevoir les 
deux Chevaliers , qui vien* 
droietit le vifiter au point du 
jour, n Se retira dans T Appar* 
tement qu'on lui avoit prépa- 
ré , âc il y dormit autant que 
le lui permit le ibuVehir de la 
perte de Clarmonde. Dès qu ii 
apperçut le Crépulcule du 
Jour il s'habilla pour fe ren- 
dre {ur le champ de bataille) 
mais Durbans & Sertans y arri^ 
voient dans ce tems-là. Quand 
il fçut qu'ils i'attendoient, il fè 
fie prdmptement apporter fè$ 
ArrtieÈ^ y St pendant qu*6n i'ai* 
doit à s'armer , il demanda à 
quel fignal il pourroit recorn 
noît^e- le Seigneur- du Châ-^ 
teau , afin '■ de lui témoignei? 
dans l'occafion combien il étoit 



132 AvanturesdeClatTi 
reconnoHîànt du bon 
ment qiie Ie;sDames lui ; 
Éik eh ion abfencQ. Oi 
ipondit quil n en port 
cun 3 mais qu'il «toit 
grand des deux Cb< 
ebnere lefquels ù alloi 
battre;^ 

N*en voulant f as 
davantage , il fortit ai 

du Cbâteau , & etitra 
Cbamp où Durbans < 
tans commençoient l 
patienter. Il s'excufà d 
Fait attendre en tombai 
liieht iur eux > & ilis 1( 
rent avec encore p 
fierté. Ce choc fut rud 
lïiàdès porta un coup 
ble à Sertans ^ qu il le r( 
par tene, & le mit bar; 



iS" de ClarmonJe. 1 3 j 
iç fe relever. Lç Cçinbat fç 
EOBtinua^nixe Durbans Si Cla» 
Dadès avec t^nt de flirie^ 
^uon ne diftinguQit pas les 
coups ;qu ik fe pprtpient Tu^ 

à raiitrei mm enfin C]acna? 
dès blelHi légèrement Dur- 
bans , Se lui fît vuider les ' ar-^ 
Çbns. Durbans fè relgva prpin- 
ptement5 Clamadès le renver^ 
Gt une féconde fois , & lui ara« 
dia ion calque de la têt<e. 
Ayant le vilàge ainfi décou- 
vert , Durbans crut lire fa perte 
dans les yeux enflamniez dç 
£bn Ennenni il lui demanda h 
vie, & Qamadès la lui accorr 
da à condition qu'il aboliroit 
la coutume de combattre Les 
Cbevaliers , qui demander 

xoieot à.ray.eoir l'holpitaUtÇ! 



134-^ "oantures de Clamadès 
dans £oû CJbâteau. Durbans 
accepta cette condition j prêta 
ferment xle robferver, & le fit 
prêter à fès Vaflaux , <}ui j^n- 
îlirent grâces à Ctâmadès d'a- 
vbh épargné leur Seigneur, 
qu il pouvoit tuer ys'il en avoit 
eu la volonté. 

• Après «e fèmaent fblemneV 
Durbans & Clamadès firent 
iranfporter Sertans dans lé 
Château , où le Vainqueur fût 
reçu par les Darnes a^^c tou-- 
tes les marques d'honneur que 
méritoient fon courage Sç 6 
magnanimité. Durbans manda 
^ auffi-tôt des Médecins & des 
Chirurgiens pour avoir foin 
de Sertans. Quoiqu'il fut fort 
bleffé , fa bleflûre Toccupoic 
«>oijîs que U parole qu'il avoic 



^ de Cl or monde. 13 y 
donnée de partir le tendernain 
po ur aller defFendre uneDame, 
qui devoit être brûlée vive , 
il quelque Chevalier ne la jut» 
tifÎQir par la voye des Armes 
^di,! <!^^e dont elle étoit accu* 
fée. Il .en témoigna de Tin- 
quiétude à Durbans , qui le 
©rÎA de ne point fonger à de 
nouveaux Combats avant une 
parÊùte guérilbn , & lui pro- 
mit d'aller à fà place combat- 
jCre r Accusateur de cette Da^ 
ine. Comme Durbans failoic 
cette promeflè à Sertans , put 
yint l'avertir qu'on avoit fervi 
le dîner. Le Repas fini , Cla* 
madès envoya fçavoir des 
Nouvelles de Sertans. On lui 
rapporta que ^ blefllir^ étoij 
^angéreufe 9 Ç[uil ^voit Is 



v 



\^6 A v'antures de damages 
Corps tout rompu^ Si qu'il ne 
ieroit pas fi-tôt en état 4e feirç 
ufage de fes Armes. Ce (pi 
l'a/ftge le plus , lui dit Dur» 
b.aos » c'eft qu il s'eû engage 
de combattre pour > Jàuvei 
l'honneur & la vie à une Da- 
me , & comme il n'eft pas pof« 
fible qu'il (è trouve à ce Com- 
bat , je lui ai promis xle pat' 
tir demain pour aller remplira 
place. Je vous accompagnerai» 
a vous le voulez bien , lui dit 
Clamadès,& vous m'obligerez 
en m'apprenant le motif de ce 
nouveau Combat. Je l'ignore, 
lui répondit Durbans 5 mais 
nous pouvons le fçavoir de 
Sertans. Allons à (on Appar- 
tement , continua-t'il , & Ôa- 
ixiadèj le fiiivit. Dès que, $er« 

tans 



4$" de Clarmonde. T 37 
snis l'apperçut > au lieu de lui 
aire mauvais vifage, il lui cen~ 
Lit la main , & le loiia fur fbn 
;rand courage. Ils (è loiiérenc 
éciproquement tous les trois 
tçndant quelque tems , après 
[uoi Clamadès demanda à 
^ertans le iujet du Combat 
uquel il s*étoit engagé. Un 
ertain Clamadès , lui répon^ 
it-il , ayant enlevé la Prin- 
elle de Tofcane, promifè au 
*rince Léopatris , £ls du Roi 
iarcaba > le Duc Carnuante , 
ère de cette Princefîè, a con- 
a un il grand chagrin de l'en- 
; vement de (â fille , que pour 
unir celles qu'il accufe d'y 
iroir part , il a condamné au 
:u les Dames aufqueUes il en 
(roit confié la garde , à moins 



138 Avanturei de Clamadès 
qu il ne le préfente des Che- 
valiers qui veuillent combat 
tre pour leur juttification. Elle 
font trois Acculées , pour 
(uivit - il 5 perfonne que mo 
ne s'eft encore oflFert pou 
fbutehir leur innocence , ô 
n étant ^lûs en étât^ de def 
fendre Liades , Tune de ce 
trois Dames , je ierois incpn 
folable de fon malheur, lî Dur- 
bans ne s olîroit généreule 
ment à combattre pour mo 
contre celui qui ddit s'oppo 
fer à fbn Deffeofeur. 

Clamâdès apprenant qu( 
les^ Dames -^ qui Tavoient fa 
vorifé à enlever Clarmonde 
étoient condamnées au demie 
lupplice , (èntit dans fbn am( 
une fi grande émotion , qu i 



^ de Clarmonde. 135; 
ne put Tempêcher de paroî- 
tre 5 mais Durbans & Sertans 
rattribùérent à un mouvement 
naturel de compaffion , & 
après qu il eut un peu repris 
fes fens : Les deux autres Da- 
mes , dit-il à Sertans , ne font 
^nt protégées par aucun 
Chevalier ? Non , lui répondit 
Sertans , elles font en danger 
de fubir la rigueur de leur 
condamnation , par le reiïen- 
timent du Duc Carnuante & 
du Prince Léopatris. Il ne faut 
pas les abandonner à leur co- 
lère , lui répartit Clamadès > 
rhonneur de la Chevalerie y 
eft interefTé , & je prens fur 
mon compte de combattre 
pour celle des deux qui n au- 
ra point de Deffenfeur , fi 

^ Mij 



140 Avantures diQamadh 
Durbans veut bien que je Tac- 
compagne dans cette expé- 
dition. J'y confens , lui dit 
Durbans , & je ne ferai pas en 
mauvailè compagnie. Sertahs> 
qui ne préfumoit pas que Cla- 
madès , dont il ignoroit en- 
core le nom , connût ces tr<y 
Accufées , l'aflùra qu'il ne 
pouvoit tenter d'Avanture 
plus honorable. Vous aurez 
affaire à de vaillans Adverfài- 
res , lui dit-il 3 mais j'efpére que 
vous leur apprendrez qu'il y 
a ailleurs que chez eux des 
Chevaliers qui ne manquent 
pas de courage. Plus le ^ 
péril fera grand , lui répon- 
dit Clamadès , plus nous ac- 
quérerons de gloire , & plus 
ces innocentes Viélimes nous 



Û* âe Clar monde. 141 
{çauront gré d'avoir expofé 
notre vie pour les délivrer de 
la mort. Pour moi , continua- 
t*il , je ne Tcftime , cette vie , 
qu'autant que je puis l'em- 
ployer au fervice àss Affli- 
gées 5 les Chevaliers , qui nous 
ont précédez, nous ont appris 
Tufage que nous devons en fai- 
re > nous ne pouvons la rendre 
illuftre qu'en imittant leur é- 
xemple , & je ne chercherois 
pas à confèrver la mienne , s'il 
ne m'étoit permis de la dé- 
vouer au Beau-Séxe , & de là 
corilàcrer à fès intérêts, 

Durbans & Clamadès par- 
tirent le lendemain pour allef 
trouver le Duc Carnuante, 
& ils arrivèrent quelques jours 

après à un Château , où étoitr 



I 



142 Avantures de ClamaJès 
ce Prince avec toute £à Cour. 
Ce Château le nommoit Verte- 
Cote 5 il appartenoit au père de 
Liades , que Durbans venoit 
défendre à la place de Sertaos, 
qui ne pouvoit la iêcourir à 
caulè de fà bleflure. On les 
reçut dans ce Château avec 
beaucoup d'honnêteté. Quand 
ils y eurent pris quelques re- 
pos , Durbans dit à Clamadès 
qu'il étoit de la bienféance 
d'aller enfèmble apprendre au 
Duc de Tofcane le motif qui 
les amenoit à Verte - Côte. 
Craignant d'être \ reconnu de 
ce Prince , Clamadès ne jugea 
pas à propos de paroître de- 
vant lui , quoique les chagrins 
& {es fatigues Teuflènt beau- 
coup changé depuis qu'il avoit 



<?* de Clarmonde, jj^T 
perdu Clarmonde , & il pria 
Durbans de monter feul à 
r Appartement dé Cacnuante , 
l'ailurant qu'il agréroit ce qu'il 
régleroit en cette occafioa- 
Durbans vifîta donc lèul le 
Duc de Tofcane , auquel il dit 
que Sertans étant indilpoié , il 
venoit combattre pour lui , 
s'il vouloit bien le lui- permet- 
tre. Je le veux , lui répondit 

^ . Carnuante , pourvu que l'Ad-. 
vérfaire de Sertans le veiiillé 
bien aulîi, Un Chevalier, qui 
étoit préfent à ce que propo- 
fbit Durbans , & qui dévoie 
combattre pour la caufe de 
- Léopatris , dit qu'il falloit ac- 

- cepter fà propoflsion , Se qu'il 
étoit indifférent à ceux de ibp 
parti que celui - ci ou uii au^ 



I 

144 ^ff^^^^^' ^ Clamaaes 
tre combattît contre eux. 

Durbans étant agréé pouf 
defFendre Liades y dit enCùite 
au Duc Carauante qu jon Che* 
valier , qui Faccompagnoit , 
oiïroit de defïèndre ene des 
autres Accufées , & qu'il l'a- 
voit chargé de lui en deman- 
der la permiflion. Je la lui ac' 
corde , lui répondit ce Prince j 
qu'il deifende Gayéte ou FI» 
réte 9 à ion cbobc y & ibyez 
demain l'un & l'autre prêts 
pour an Combat > que je ne 
veux pas différer plus long^ 
tems. Durbans revint trouva* 
Clamadès , qui réfléchiiïbit 
pendant fbn abfence fur le 
malheur de h troiiiéme D^rne» 
Quoi, difoitil en foi-même, 
€À-il poiTible qu H n'y ait dans 

cène 



ir de Clarmonde. 14 y 
cette Cour qui que ce foie 
d'aiîez -courageux pour vou- 
loir partager avec nous 1 hon- 
îieur de délivrer celle de ces 
Victimes , que je vois aban- 
<lonnéè à ia dilgrace ? Non , 
-ajoutoit-il , je ne loufïrirai 
point qu elle péiiflè faute d'un 
•fecours que je puis lui donner 
& que je lui dois fi légitime- 
ment. Durbans arriva dans le 
; tems qu'il faiioit ces réflexions 
•& qu il revoit fur le moyen 
<le fecQurir cette Infortune e5& 
quand il eut appris la réponfe 
du Duc : Piiifque je fuis aflez 
heureux, dit-il à Durbans, 
^ pour que Carnuante m'ac- 
corde ce que vous lui avez 
demandé de ma part ^ je vous 
prie de m'en obtenir une fo- 

N 



ja6 Avantures dt damadh 
conde grâce. Vo^s êtes trop 
généreux , pourGûvk-il , pour 
voir , (ans rougir , conduire au 
iùplice une Innocente , ^e 
nous- pouv(»as en gîuandr, eo 
comb^tant noos deox coocre 
les tiois Chevaliers pour la 
îjuftification des trois Dames, 
condamnées pour Tenléve* 
jBcnc^ die: h Fmiceili de Tof 
<2iQe> quelles n'ont pas £tvor 
tifé^ {ans doute , puiiq^'il n'y 
» contre ellies- que cies cooc 
jcauies qui ne forment point 
de preuves. Il y auroic de. la 
témérité dans cette encrepriiiè) 
lui répondît Durbans >ces-trdB 
Chevaliers le font acquit de 
la réputation, pac les Annes^, 
& entreprenant au de& de nos 
.forces i pour vouloif toutiài*- 



tS^de C îarmwde, ï 47 
er, nous perdrions peut-être 
3UC. Cependanc , connoiHànC 
% valeur de Clamadès, dC 
'oyanc que ion àÀ^cams loi 
•aèîoK monter aa front ixne 
ougeur f qui fembloic en maf' 
[uer dbnôdignatron : Ce n eft 
tas ^ pourfuivit-il ,■ que je veiiil» 
e m'oppoièr à votre deâèini 
'en admire même la généra* 
ité , & la confiance que vous 
ivez eifino«v courage me faic 
>readre dao!» te vôtre une a^-* 
ance qcû me poree à vouloic 
enta avec vous une Avm* 
nre, qui» & fàk le dive , a 
psdqtte chofè aa deflùs du 
léroïque > êc ditts iaquette , 
Vainqueurs oa VaiHcus^nou» 
se pouvons qu'acquérir de la 

doire. A mewre que Durbans 

Ni\ 



T^S /^vantures de Clamades 
proféroit ces dernières paro- 
les , Clamades revenoit de la 
îriftefle où l'avoit jette l'ob- 
iervation qu'il lui avoit faitie 
fur la réputation de leurs Ad- 
verlaires 3 une douce fèrénité 
iè repandoit par dégrés fur fbn 
vifage , & fàtisfait de ce qu'il 
cntroit dans fës vues , il le 
pria de retourner faire agréer 
ce projet au Diic de Tolcane, 
Durbans fiit le lui cdlnmuni-< 
quer. Carnuante montra d'a^ 
bord de la répugnance^ à perr 
mettre un combat , qui lui 
paroillbit trop inégal 5 mais, 
{ùr les raifons que Durbans lut 
çxpofa,ce Prince çonfenticà 
ce qu'il éxigeoit de lui. 

Le Duc ayant fait part à: 
I<éopatris & 4 fps Courtiiàn^ 



^ de (^larmonde* 149 
de Tentreprile de Durbans 
SLvec le Chevalier inconnu, 
qu'il avoit amené avec lui > 
quelques-uns Teftimérent une 
folie , Se quelques autres la 
jegardérent comme la mar- 
•que d'une rare valeur & com- 
me l'effet de la plus éminente 
■vertu. J'aurois crû , leur die 
.Carnuante , que l'amour feul 
auroit pu inlpirer un tel deC- 
fein > mais la férocité de Dut- 
bans ) fermant (on cœur à 
cette Paffion , & fon Compa- 
gnon d'Armes étant fans dou- 
te encore plus féroce que lui, 
puiique c'eft de fa part qu'il 
ma fait la propolition , je ne 
fçai que penfer là-defTus, ni à 
quoi attribuer le motif d'un 
projet û hardi. Nous en ver- 

Nii] 



Ij^O AvcmturesdeClamadi 
rons la fuite , Seigœur , lu 
pondk Léopatris ,êic ]e ^ 
promets par avance c]ue 
Chevaliers hxxœâlûmoDX. 
orgueil. Le jour lùivanc 
crois Chevaliers parurent 
madn iat le Champ de 
taUle , armez -de touces pi 
<& mcsitez iKif de l>ons < 
vaux. Le premier (è nomi 
NuncorioSe-brave ^ le fec< 
Bruns-le-hardi > &le troiii^ 
Galde-rincripide. Durbac 
Clamadès arrivèrent au m< 
lieu un moment après , a 
bien montez que leurs Ad 
(aires , mats aimez plus 1( 
rement. T>hs qu ils furem 
préfence , on donna le fii 
du Combat y & Galde-l'ir 
pide le commença en por 



iS" de Ctarmonde, t^t 
m coup n rude à Durbais qu il 
:e renverra. Chamades le vo- 
pQt ^n péril , courut contre 
Galde-fintrépide , <jui croy<»c 
déjà avoir unËimemi de moins 
ka les bras 3 le lieu ita û bFu>P 
quement qu il le culbuta , i& 
lui fit (àuter fbn Ca^ue de 
deflûs la tête. Durbans , relevé 
de là chute , l'appercevant é- 
Ëendu iùr le fable , vola fur 
hai 1 epée à la main , & lui ea 
mk la poînf e for la gof ge. La 
vie , lui cria Galde4*intrépide 5 
je me rends votre prifbnnier. 
Durbans la lui accorda géné- 
reufèment , d: le fit fortir du 
Camp. Pendant ce tems-Ià, 
lés deux autres Chevaliers fon- 
dit ent comme des éclairs fur 
Clamadès, qui en fè defFen- 

N iiij 



ly» j^Vûntures Je Clamades I 
dant courageufement contre I 
eux coupa un bras à Nunco 1 
rio-le-brave. Durbans , reve- 
nant à la charge , le débaraflà 
de Bruns - le - hardi. Ils fe 
chargèrent fi vigoureulement 
Yup & Tautre , que leurs 
Chevaux plioient fous les 
coups quils fe portoient) 
Bruns donnoit de Texercickà 
Durbans , & l'avantage auroit 
été long-tems douteux , fi Cla- 
madès , qui vint à fon (ecours, 
n eût renverfé Bruns & fon 
Cheval , de manière qu ayant 
un pied embarafle dans Tétrier, 
il ne pouvoit fe relever. Num 
çorio -le- brave , qui navoît 
plus qu^un bras, accourut pout 
le dégager, & voulant porter 
un coup à Durbans, Clamadès 



ôr de Clarmmde. - 153 
tendit mort for la place. 
;tte expédition faite 5 il re- 
jrna contre Bruns , qui étoic 
core -engagé lous fon Che- 
l , & l'ayant (aifi , fans qu'il 
t fè deffendre : Mets .toi à 
merci du Duc, lui dit-il, 
n'efpére aucun quartier. Je 
y loumets , lui repondit 
Jns- le -hardi, & s'étant a- 
Lié vaincu devant Carnuan- 
le Prince Léopatris convint 
3 le combat avoit eu une 
lë différente de ce qu'il en 
>it efpéré 7 que Durbàns & 
Chevalier inconnu étoienc 
grands Hommes d'Armes, 
qu'il n'établiroit plus à l'a-- 
ïir {ts elpérances fur une 
'Utation de valeur, qui n'a 
ivent pour fondement que 



iy4 Avantures de Clama4és 
le faux rapport de <:eux qui 
ont befoin de fe faire des Pro- 
teéteurs de Gens auffi lâches 
qu'-eux-mêmes. 

L'honneur du triomphe e- 
tarà donc décerné à Durbans 
& à Clamadés , les trois Ac- 
cufées furent mi(ès fen liberté? 
Liades rentra dans le Château 
de Verte-Côte , qui apparte- 
noit à fbn Père , & elle ne 
reconnut point le Prince de 
Caftille , parce que (à nvélan- 
colie , depuis la perte de la 
Princefîè de Tofcane , î'avoit 
fi fort changé , comme nous 
lavons dqa dit , qu il n étoit 
pas reconnoiflàble j mais Cla- 
madés la reconnut bien. Se lui 
fit de grandes careflès. Je vous 
dois l'honneur & la vie , Sei* 



6? de Clarmofuie. i^C 
gneiir , lui dit Liades 3 j'en 
confèrverai la mémoire juC- 
qu à mon dernier ifoupir , Se 
comme la gloire «ft le prix 
que des Chevaliers tels que 
vous & Dufèans & propofènt 
£D (ècouraot les Maliieureux, 
nous ne cefièrons point mes 
Compagnes & moi de publier 
les louanges de nos Libéra- 
teurs. Et moi , Madame , lui 
répondit Clamadès , je me fou-* 
viendrai toujours que j'ai été 
aûèz heureux pour trouver 
l'occafion de vous (èrvir , & 
ce ne fera peut-être pas le feul 
fervice que ma bonne fortune 
voudra que je vous rende. 
Durbans , fe joignant à eux 
dans ce moment-là , eut part 
aux remercimens de Liades. 



jkS Av antiires de Clantades 
Quand leur converfation fut 
finie , Clamadès pria Durbans 
d'engager le Duc de Tofcane 
à mettre en liberté Galde-l'in" 
trépide & Bruns-le-hardi. Car- 
nuante l'ayant ordonné fiirle 
champ > toute la Cour admira 
la grandeur dame des Vaiih 
queiirs , & avoiia que le Che- 
valierinconnu infpiroit à Dur- 
bans des fentimens qui le 
xapprocHoient de l'Humanité 
Après s'être un peu repofi 
dans le Château de Verte 
Côte , Clamadès voulut ei 
partir pour continuer à cher- 
cher la Princeflè de Tofcane 
J'ai une affaire , dit- il à Dur< 
bans , qui m'obligea me fépa 
ter de vous, & -comme iln( 
s'agit pas d'une chofè , où l'Or 



. \ 



O" de Cîarmonde. i<y 
ire de la Chevalerie foit in- 
lèrellé , je ne vous prie point 
de m'accompagnèr j mais vous 
me ferez plaifir fl vous voulesS 
bien me prêter Pichonet , vo- 
tre Joueur d'Inftrumens , qui 
pourra m'être utile ? je vous le 
renvoyerai le plutôt qu'il me 
fera poilîble , & peut-être vous 
apportera- t'il des Nouvelles , 
qui vous caufèront une furpri- 
fe agréable, Vous pouvez en 
difpofèr , lui répondit Dur« 
bans 5 mais vous me feriez 
plaifir vous-même , fi vous me 
mettiez de la partie. Je ne la 
puis y lui répartit Clamadès , 
& vous approuverez mon pro- 
cédé quand Pichonet vous 
lagndra compte à (on retour. 
des raifons qui m'engagent à 



j<3 Avantures de Clama Jes 
ne pas vous domier la peine 
de venir avec mot cherche! 
une Avantme , 6a vous ne 
pourriez acquérir auconegloi^ 
f e. Pui%3e TOUS ne voulez 
partager cette gloire avec per- 
tonne, hii répliqua Durbatis, 
je m'en retCNin» <ioncà Mont- 
Etroit , â; y Y attendrai' qoe 
vous m'infbirniiez (h. foccès 
de votre expédidoii. Us s'em- 
braâërent , en & promettant 
une amitié co]afliante,&^ le'' 
parèrent après avoir pris ccni'^ 
gé de Liades y qui parut très* 
affligée de leur départ: 

Clamadès ayam marché 
prefque un jour entier iàns 
parler , et ë l^^nc , pour 
ainfi dire , conduire par foi» 
Cheval > Fichonet s'apperçuo 



C de Clar monde, lyp 
ju'il étoit trifte ôc rêveur. Sei- 
rneur Chevalier , lui dit - il , 
)ous £:»nines déjà loin de 
V^erte-Côte y & il me lèmble 
}ue vous n'êtes pas fl joyeux 
sn route que vous l'étiez en 
cauiànt avec la belle Liades. 
Vous nv avez jugé digne de 
votre coiafiancerpouirfuivit'il, 
puifqûe vous m'avez deman^ 
dé à mon Maître pour vous 
accocopagne^ y & je n'aurai 
pas grand'chofè à Im raconter 
de vous à mon retour auprès 
de lui y ù vous ne parlez pas 
dav^]K:age pendant le cours 
de notre voyage. Cependant, 
a je l'ofbis , je vous prierois 
de trouver bon que nous de^ 
viiàffions ensemble pour ne 
pas trouver le ckemii^ fi enr* 



l6o Jvantures de Clamades 
nuyeux 5 & nous ne ferior 
peut - être pas mal de con 
mencer notre entretien ps 
nous apprendre réciproque 
ment qui nous (ommes , afii 
que nous Içadbions vous (S 
moi de quelle manière noui 
devons nous comporter Tuii 
envers l'autre. Ce n'eft pas 3 
ajouta-t'il , que je doute quiiD 
Guerrier auflî valeureux que 
vous ne (oit d une Famille no- 
ble , & qu un Joueur dlnftru- 
imens tel que moi ne tire (on 
origine que d'une ancienne lo 
ture y mais enfin vous fçavez 
que je me nomme Pichonetj 
^ moi j'ignore votre nom , n< 
Arous ayant encore entendi 
donner que celui de Cheva- 

lier. Le Prince de Caftille , qu! 

avoii 



O* de Clarmonde. 161 
avoit deflêin de lui confier (bn 
£ècret , pour avoir au moins 
avec qui s'entretenir de la Prin- 
ceflè de Tofcane , pendant 
qu'il continuroit à chercher fbn 
Raviflèur : Je me nomme Cla- 
madès , lui répondit-il , & c eft 
parce que j'ai enlevé Clar- 
monde que le Duc Carnuance 
avoit condamné Liades & fes 
'deux Compagnes au dernier 
{ùpplice. Juge maintenant , 
pourfuivit-il , fi je devois com- 
battre pour les fàuver du péril 
qui les menaçpit > ou s'il me 
convenoit de les laiiîèr expier 
une faute , fi c'en eil une , on 
elles ne m'ont favorifé que 
pour me rendre le plus heu- 
reux des Hommes. Au nom 
de Clamadès , Pichonet de* 



j62 Avantures ieClamc 
meura tout interdit , Se 
roit déjà voulu être loi 
Terres de la Tolcane , 
vint à craindre d'y être 
comme Complice de \ 
vement de la Princeilè. 
foit dire ce qa il en pe 
car venant à conlldéFei 
Clamadès , l'Héritier 
Royaume , & nenviOi 
en {bi-n»eme que la q 
d'un Méneftrier , cette 
rence de condition lui fè 
la bouche , À le rendoit 
totir trifte & rêveur , & 
roit continué de marche 
proférer une parole , fi le 
ce de Câftille ne 1 eût \ 
que le début de fbn dif 
lui a voit été agréable, & 
lu^ fçavoie gré de 1 avoi 



tsr de Ctarmonde. i 6t 
le {à méianc(^e.Mon indi&ré" 
:ion , Seigneur , lui dit Picho* 
3et , me procure l'avantage de 
[çavoir comment je dois me 
:;omportâr avec vous 3 mais en 
ne fai^ncconnoltreen vous le 
Prince de Caftile , elle me mec 
dans une inquiétude , dont je 
ne (brtirai (|ae quand nous ne 
erons plus à port^ de crain^ 
Ire Carnuante.Heureufèment^ 
;oiitiouart'il , nous ne (bmmes 
>as éloignez de ta Frontière 
le Ton £tat , âc pour peu que 
lôus fanions de diligence pen<- 
Uuit la nuit , nous ^rons au 
>oint du jour iiors de crainte 
Se de danger. Vous allez fans 
ioute , ajouta - t'il , rendre 
:ompte à la belle Clarmonde 
ie ce que vous venez de faire 

O ii 



1(^4 •At'tfnftfrf J de Clamants 
pour délivrer Liades & fe 
deux Compagnes, & vous d 
laflèr auprès d'elle des fat 
;ues que vous venez d'c 
[ùyer / Nous allons la che 
cher > mon pauvre Pichone 
lui répondit Clamadès , ma 
{ans fçavoir où la trouve 
H y a près d'un a:n que 
parcours le. Monde pour ( 
apprendre des nouvelles, « 
le Roi Cropardo , qui me 1 
ravie , fe dérobe li bien à n 
recherche , que je pourfù 
peut-être inutilement le de 
îèin de le rencontrer. Voil 
un vilain tour que vous a fa 
ce Boflu , lui répliqua Piçjb« 
net. Tii lé connois donc , ml 
Ami , lui demanda Clamadà 
Jq l'ai yû en Barbarie , lui ri 



ir âe Cîarmonde» 16 1 
pondit Pichonet , où il entre-- 
prenoit quelquefois des Con- 
quêtes qui marquoient aflez 
fon bon goût. Il me vient une 
penfée à fon fujet , pourfiù- 
vit-il , & , fàuf votre meilleur 
avis , Seigneur ,. je crois que 
nous devrions la (iiivre pour 
vous abréger du chemin. Vous 
connoiflèz le Roi de Salerne , 
lui dit-il ? Non , lui répondit 
Clamadès > je n'ai point encore 
paffé dans lès Etats. Tantpis , 
lui répartit Pichonet ^5 vous 
deviez commencer votre re- 
cherche par la Cour de ce 
Prince , & je ne dis pas cela 
(ans de bonnes raifons. Sça- 
chez donc , Seigneur, conti- 
Tîua-t'il , que Méniade eft un 
Roi , fi digne de l'être , que 



1 66 Avantures de CluntaXes 
non- content de £è faire rendre 
compte jour par jour de ce 
qui iè pafiè de plus fecrec daos 
fà Capitale & dans fès Pro- 
vinces , il s'inftruit encore de 
ce qui fè fait dans le reile do 
Monde , pour régler fa con« 
duite fur les diftérens évé- 
nemens qu y produifènt les 
bons ou les mauvais Gouver- 
nemens. Four mettre Clama^ 
dès au fait de ce qu il lui di* 
fbit , il loi parla de la Loi que 
Méniade avoit établie au fùjec 
des Etrangers qui pailêroieot 
dans le Royaume de Salerne» 
di lui démcmtra l'utilité qu'il 
tiroit de ce fàge EtabliflèmenL 
Clamadès faifant attention à 
ce que lui obfèrvoit Pichonet, 
fè difoic en foi-même que les 



C de Clarmonde. 1 6j 

■ ^meilleurs confèils ne venoient 

yas toujours de ceux qu'on 

«royoit les plus propres à le» 

-donner , & ne voulant pas né- 

'^liger celui du Muilden , £è 

"^gurant que quelque Voya- 

f^eur auroit pÀ raconter à Mé« 

^niade quelque chofè de Cro« 

. par do, qu'il auroit vn en quel» 

_ ^ue endroit, mi, dont il auroit 

entendu parler , il prit la route 

•de Saleme , &, s'y rendit après 

xine marche nioins longue que 

- fatigante. 

Etant arrivé af&z tard dans 
la Ville du mèwc nom , Pi- 
-chonet qui «n connoiflbit les 
Auberges , conduifit Clama- 
dès dans la meilleure , & ils y 
décendirent dans le tems 
qu on (e préparoit à fè mettre 



1 6^ Avantttres de Clamantes 
à table. Le Prince de CaftiUe 
fè défàrma prompcement dan 
une Chambre particulière,^ 
defFendit à Pichonet de dé 
couvrir (àQualité^îla curioft 
portoit quelqu'un à la lui d( 
mander. Nous autres Gens d 
Mufîque , lui dit Pichoniet 
sous nous piquons de difcr^ 
tion y on nous admet fbuvoi 
dans des miftéres , où l'on i 
paflèroit de nos bons offices 
il nous ne (çavions pas garde 
le filence , & vous en ave 
peut-être vous-même faitl'e] 
périence dans vos menus pla 
us.. On avertit alors qu'on vi 
noit de fèrvir j Clamadès dit 
Pichonet de le fuivre , & 1 
commanda de prendre pla( 
à côté de lui. Il y ^avoit ce foi 



<sr de Clar monde, 160 
[à à cette table des Voya- 
geurs de difFérens Païs Sc de 
diveriès Conditions, qui , pour 
obéïr à la Loi , dont nous 
avons parlé , s'étoient rendus 
l la Cour de Mëniade. Au 
commencement du f ouper on 
{'entretint d'Avantures diver- 
iSâàntes , & qui interefibienc 
l'autant plus , que chacun , en 
'accmtant la ilenne , découvroit 
ians £bn récit le genre de ga- 
lanterie de fa Nation. La con- 
^orfàtion changeant enfuite 
d'objet , on parla de ce qui fe 
paflbit dans la Cour du Roi 
IVléniade. Quelques-uns iç 
loiioient de Ton afiàbilité pouc 
les Etrangers , & quelques aur- 
cres £è plaignoient da long fé- 
îo]ir que fa criftdlè leur/^oi|; 



17© Avantures de Clamades 
faire dans Salerne. Qupiïdi- 

ibit J'un d'eux, çft-U poflible 

•qq un il fage iMoqarque fe li> 
vre à .l'Amour jusqu'au poiot 
dç lîûiîèr parottre dç l'inquié' 
tude,, pairce qu'une Créamre, 
donc il s'efl épris , çft devenue 
foie ? Encore > ajoôtpît'^il , Cle 
Sujet , qui le fait différer à noiis 
donner sudiençç j ^ valoit un 
l>çu plus h peige» nous pfen> 
■drions notre fetardemenc en 
.patiences mais de. oqus voir 
arrêter ici des mois entiers à 
caufe de la folie d*unç Veuve 
:dé SaJtinbanquè , f avoue que 
je iùis fouvehCjt^nté ide con- 
tinuer mon voyage", perfiiadé 
^ue ce ne fèroit pas enfreio' 
•dre la Loi du Prince , puiique 

le m y fuis Covims» éç auji là 



isr de ClarmonJe. ijx 
rend lui-même impratiquable 
en fè rendant mainceoanc d'ua 
fi diiiicile accès. 

Jufques-là , cet Etranger 
n avoit rien dit qui pût faire 
penfèr à Clamadès qu'on ve- 
ooit de parler de Clarmon^ 
de & de Cropardo 3 mais un 
(ècond Etranger , qu un vin 
capiteux mettoit en train d'en 
^e plus qu'il ne convenoit , 
ïjoûtant aux plaintes du pre- 
mier : Pour moi , dit-il , fi je 
n'cfpérois pas une grande ikr 
compenfè du Roi Méniade , 
je naurois point attendu il 
long-tems dans Salerne un 
moment favorable pour lui 
rendre compte d'un prodige 
qpe je vis dans l'Air en entrant 
dans ibn Royaume ■<, ôc c eii 



171 Avantures de Ciamadès 
quelque chofè de ù cxtrzoî&r V 
naire,qu'il faut lavoir conildé- ¥ 
ré comme mol de fàng froid P 
pour ajouter foi au témoigna* 
"ge de fès yeux. Si vous étiez 
alor$ de ^ng froid comme 
nous le fbmmes préfèntemeo^ 
reprit un troifiéme Etranget 
d'un Canton de la Neuftrie, 
pour l'engager à s*explique( 
lut la nature dé ce prodigS) 
afin de lui enlever le finit de 
{on elpérance , vous pouvez 
bien avoir vu dans l'Air des 
prodiges 5 mais ils n éxifteot 
que dans votre imaginatioo; 
de cela m'efi: quelquefois arri- 
vé en pareil cas. J'étois à jeup > 
lui répartit l'autre , lorfquuo 
Dragon volant , portant -m 

m Homme âç une Femme.,it 



:. O* deCtarmonde» 172 

I Je n*en dirai pas davantage , 
: & j'ai mes raifbns pour que 
r^ Méniade apprenne le premier 
i.- les circonftances de cette mer- 

- Veille. Toute la Compagnie, à 

- (|Qi cet Etranger avoit paru juA 

- ques - là un Homme de bon 
^ ièns , penfà différemment fur 
^£>n compte en l'entendant 
^Jpârler de la forte 5 mais Cla- 

- inadès en portoit un autre ju-> 

^ cernent , s'imaginant bien qu il 

avoit vu le Roi d'Ungarie iîir 

ibn Dragon tranfporter d'une 

. Hégion à une autre la Prin- 
ceflè de Tofoane , & pour 
l'exciter dans la chaleur du 
vin à défigner le lieu où il 
avoit vu le Dragon volant,ilat 
fùroit à fon tour les Incrédules 
qu'il avoit eu depuis un an une 

P uj 



l'74 Avantures deXllama^es 
(èmblable vifion fur les Côtes 
delà Catalogne. C'eftle même 
Dragon , répartit cet Etran- 
ger -y car , fi je m'orientai bien 
alors , il venoit du côté d'Oc- 
cident , & faifoit route vers le 
Septentrion. Sur un témoigna- 
ge Ci pofitif , Clamadès réfb- 
lut en foi -même de ne pas 
s'amufer dans Saleme , où il 
ne pouvoit rien apprendre du 
Roi Méniade , fur ce qui le 
touchoit , puifqu'on ne Tavoit 
point encore informé du pro- 
dige dont il s'agiflbit , & {ca- 
chant bien cjue laLoi de cePrin* 
ce au lujet des Etrangers n'étoit 
pas faite pour lui , il s*impa- 
tientoit déjà de ce qu'on tenoit 
table fi long-tems , voulant re- 
commencer dès la même nuit 



iff' de ClarmonJe. l'/f 
fà marche du côté du Nord, & 
ehercheir CrOpardo jufques 
fous le Pôle Ariflique , s'il ne 
le rencontrôic pas avant que d'y 
ariverXe Maître de l'Auberge 
<^i , en faiiànt iervir la table , 
avoit prêté Torpille à ce qu onf 
venoit de dire , fe mêla de la 
converfàtion pendant que .le 
Prince de Caftille s'ablorboic 
dans fès réflexions. Vous ne 
ièrez pas f di^-il à^I'Ëtrângery 
le prémiôf qui ifëndrez com- 
pte au Kot du Dragon donc 
vous parlez > il y a apparence 
qu'Un aucré F» v4 coinmô 
vous , puifque 'Méniade a eu . 
d'un petit Boffu un Dragon 
de Liège , revêtu d'écaillés de 
Nacre de Perles , qui eft làns 
doute la reprélèntation de ce* 

mj 



Ij6 yivantures de Clamad)s 
kd que vous avez apperçû dan; 
TAir , & fi f avois Içû le motif 
de votre féjdur ici , je vous au- 
rois confeillé de n'y pas épui- 
{èr inutilement votre bourfe. 
L'Etranger prévenant les queP 
(ions que CUmadès alloit faire 
à l'Hôte : Comment , lui de- 
manda-t'il, cet Homme a donc 
reçu la récompenlè que je 
croyois mériter ? Non , lui ré- 
pondit TAubergifte > parce 
iqu il mourut prefque auUi-toc 
qu'il eut fait fbn préfènt > mai^ 
ajoûta-t'il , fà Veuve , que l'on 
vante à la Cour comme la 
plus belle Perfbnne du mon- 
<le , la recevra pour lui , Se plus 
confidérable qu elle ne pou- 
yoit l'efpérer > car le Roi n at- 
tend , pour l'épouièr , que le 



s 



iT de Clar monde. 177 
rétabliflement de fon efpric, 
que la mort de fon BofTu lui 
a un peu dérangé, & ce qu'il 
y a de lùrprenant , c'eft que 
malgré l'inégalité de condi- 
tion qui le trouve entre un 
Monarque & une Fcmmq de 
{à forte , ce mariage fe fait du 
conlèntement des Etats du 
Royaume. Si un bruit qui 
commence à fe répandre , lui 
dit l'un des Etrangers , qui 
n avoit pobt encore parlé , 
venoit à fe confirmer , il n'y 
auroit pas une grande difpro- 
portioQ de Qualité entre les 
Parties. Des Gens,qui croyent 
jle bien {ça voir , continua-t'il , 
prétendent que celle qui paflè 
ici pour Veuve , n'a point en- 
core eu de Mari; que Fille 



178 Avantures de Clamadès 
d'un Souverain elle a été en* 
levée du Palais de fbn père, 
& que fur l'avis que lui a don- 
né un Voyageur, qui Ta re- 
connue daijs cette Cour , ce 
Prince ne tardera pas à la re* 
clamer , Se parconféquent à 
juftifier le preflènument de 
Méniade fur la naiflànce de ^ 
{on Inconnue. 

Pichoneè , qui n'avoit d'a- 
bord rien entendu à ce qui 
s'étoit dit touchant Tamout 
du Roi de Sal^rne pour la 
Veuve d'un Saltinbanque,ne 
s'imaginant pas qu'on prenoit 
pour un Bateleur le Roi d'Un- 
garie , qu'il ne croyoit pointl^ 
d'ailleurs marié avec la Prin- 
ceflè de Tofcane 5 Pichonet , 
dïs-jë , comprenant alors , par 



( • 



ir Jf Clar monde. 179 
le récit qu'il venoit d'enten-» 
dre, que Cropardo écoit le 
Bofîu qui avoit laifle par fà 
mort à Méniade fon Dragon 
avec Clarmonde , commença 
auflî-tôt à fe féliciter en foi- 
même d avoir confeillé à Cla- 
madès de venir à Salerne pour 
en apprendre des nouvelles 5 
&le Prince de Caftille de fon 
côté , qui avoit auffi compris 
ce que renfermoit de mifté^ 
rieux le dilcours de l'Etranger, 
marqua par un corp d'œil à 
Pichonet la joie qu il reffentoic 
d'avoir fuivi ion confeil. Après 
qu on eut quitté la table , Sc : 
que chacun fe Rit retiré dans 
fa Chambre : Hébien , Sei- 
gner , dit Pichonet à Clama- 
dès, vous ai- je épargné d^ 



1 8o Avantures de Clamadh 
chemin ? N'ai-je pas eu raifon 
de vous amener ici pour ap 
prendre ce que vous n'auriez 
point appris autre part ? Si la 
îàtisfadion que j'ai, lui repon- 
dit Clamadès , d'avoir garanti 
du péril Liades & Ces Com- 
pagnes ne me recompenfbit 
des peines que j'ai fbufïèrtes 
dans mes voyages , je me fçau- 
rois mauvais gré de n'avoir 
pas commencé ma recherche 
par les Etats de Méniade , & 
je ne puis te dire combien je 
te fuis obligé de m'avoir. in- 
spiré le deflein de me rendre 
à fà Cour. La Veuve en quet 
tion, pourfùivit-il , eft la Prin- 
ceflê de Tofcane > les circon- 
fiances qu on a rapportées me 
!e perfùadent, & Q Cropardo, 



iS' àe Clar monde. i8t 
didimulant (on nom , la décla- 
ra fbn Epou{è en arrivant ici , 
ce ne fuc, comme je le pré- 
{ùme, que pour prévenir l'en- 
vie que Méniade, en la voyant 
il belle , auroit pu avoir de la 
lui enlever à fbn tour. Je m'i- 
magine bien que l'honneur en- 
gage Clarmonde à ne point 
delavouer f on Ravilïèur fiir ce 
qu'il a dit de fon mariage avec 
elle > Se que la crainte la porte 
à ne pas découvrir la violence 
qu'il lui a faite , depeur que 
Meniade , inftruit de (à naiir 
{ànce , ne s'obftine davanta- 
ge à vouloir la faire Reine 
de Salerne» Ce qui me con- 
firme dans cette penfée , ajou- 
ta-t*il> ceft cette Démence 

4)^ X^ im tomber 9 à ce qu oq 



182 A vantures de Clama des 
fuppofè , la douleur d'avoir 
perdu un Epoux tel que Cro- 
pardo , & je ne crois pas me 
flater en fùppofànt auffi que 
la Princeflè ne feint cette foi- 
bleflè d'efprit que pour me 
donner le loifir de m'infbrmer 
du Lieu où on la retient , afin 
que je mette en ufage les mo- 
yens de Ten retirer. Il fèroit 
donc à propos , lui repartit 
Pichonet, d'employer promp 
tement ces moyens, & vous 
n'avez pas de tems à perdre» 
car, comme l'a dit l'Etranger, 
le Duc dé Tolcane , {cachant 
que fà fille eft chez le Roi de 
Salèrne , il ne va pas manquer 
de le prier de la lui renvoyer, 
& Méniade refufànt de le fai- 

te^ à caufè du violent amouj; 



iS de Clarmonde. 183 
qu'il a pour la Princefle , Car- 
.nuante fe trouvant honoré de 
ion alliance , l'acceptera pour 
Gendre , & le mariage fait du 
confentement de Clarmonde 
ou contre fà volonté, vous 
perdrez le fruit de vos efpé- 
rances & àcs fatigues que vous 
avez eiîuyées en parcourant 
le Monde pour la retrouver. 
Pardonnez au zèle qui me fait 
parler fi librement , Seigneur, 
ajouta-t'il 3 je fçais que vous 
êtes bon pour prendre votre 
parti de vous - même > mais 
mon premier conleil vous 
ayant été utile, je mô ferois 
un fcrupule de ne pas vous 
en donner un fécond qui ne 
vous £èra pas d'une moindre 

wilité. Je i'4coutef aiavedplafe 



1 Sa Avantures de Clamades 
fir y lui die Clamades , Se je croi 
par avance qu'il ne fera pas à 
négliger. Peut-être avoûrez- 
vous , Seigneur , lui repondit 
Pichonet, que ce que je penfe 
ne vous feroit pas tombé dans 
l'imagination. Vous allez en 
juger. Si l'on a pris ici pour 
Vendeur de mithridate un Roi 
d'Ungarie à caulè de ià dif- , 
formité , on pourra y prendre 
pour Médecin un Prince de 
Caftille , dont la bonne mine 
préviendra favorablement le 
Roi de Salerne, & iur ce fbn* 
dément , non-content de vous 
: avoir amené à la Cour de ce 
;Prince , je veux encore vous 
conduire à l'Appartement de 
Clarmonde , & vous favorifèi 
4Yec elle un entretien dans 

lequel 



iS" de Cîar monde. i8f 
equel vous conviendrez des 
noyens de vous évader en- 
èmble , fans qu'on vous fbup- 
fonne Tun & l'autre de con- 
pirer contre l'amour de Mé- 
ilade. Si je* ne craignois , mon 
her Pichonet , lui repartit Cla- 
ladès , de diminuer le mérite 
le ce nouveau confeil , je te 
[irois que mon empreflèmenc 
révoir la Princeflè m'en a 
[onné un femblable dans le 
noment même qu'on a parlé 
le fàDémence. Je m' en réjoiiis, 
ù répliqua Pichonet , parce 
^'ayant penfé comme un 
'rince expérimenté en rufes 
;alantes , cette conformité de 
•enfées me perfiiade que je 
jis habile dans l'Art que la 
Aufique oblige quelquefois 

Q. 



t 

lS6 Avantures de Clamaâh 

d'exercer , ôcÇiles termes i 

la Médecine ne vous font p 

familiers , je vous en appre 

drai un nombre fufiifànt po 

vous faire . eflimer un fècoi 

Hippocrate. Je n'en igno. 

guère , lui répondit Clamadè 

ayant toute ma vie entend 

parler ce langage par les M< 

decins de mon Père qui m 

vifitoient à mon lever , & d( 

' qu'il fera jour , il faudra qu 

' tu ailles au Palais de Méniad 

m'y annoncer pour un Emp 

rique, qui a fi bien fiiivi 1 

Nature dans fes démarches 

que je fîiis parvenu à la cor 

noiflance de lès Opérations U 

plus occultes. Après quoi 

pourfùivît-il , tu feras infinuï 

à ce Prince que de tous ceu: 



» 

t tr de CUrmônde* t S'J 

2 qui fbnca^gei'deila vercii 

1 des Végétaux ^ des Métaux « 

r jfe .{lus ie ieul (capable de 

r. zetnettre ion Inconnue dans 

l'itat où . elle étoic avant la 

SQOTC dôiloDEpàair^ de tu re^ 

ftiadras^c^éd mou»; de qtUH 

tté joursi :.^<r;^Ue vous entemr^ 

Seigneur, iotdvbmpit Pichd« 

fiecy.& pbttr.qQ^on ne croye; 

; pas( tj^c I^CL vante, en voiis uni 

Doitmeiir ; de '^OiMiimiml ) aBtf4 

. netai que je vbusr su v6 dans 

l^àbie Élire des Cures de 

cette ei^ece, que les Arabes-* 

inêÂe^9 Jes.pliiscélébres dans 

. liotcerArtyOntiegardéesconH 

^ meidesipiiodiges ^ & je don* 

nérai tant de . .Yraifèmblan<> 

- ce à. mon difcoars, que quoi--» 

[ Que ie vous fallè' venir do 



• • 



lS8 Avantures de Clama Jh 
ù loin , on ne vous prendra 
pas pour un Menteur. 

Après un léger fbmmeil , 
Pichonet > préoccupé de ce 
qu'il avoit à faire dans le Pa^ 
lais de Méniade, s'énreiila com- 
me en fur^t. Seigneur , s'é^ 
çria-t*il i en.sadreÛant.à £b* 
iQadès , le Soleil eft plus dili- 
gent que nous > &i&je ne me 
trompe , il nous acci^ de pa^ 
re/Iê. Je pouzsx)is lui repro* 
cher là Henné, lui dit le Prince: 
de Caftille , car je prenois le 
frais à cette fenêtre av^ qu il 
parût iiir rHorifbmi' Amour 
eft un vrai Reveille-^matin , lui 
répondit Pichonet ^ fi Bacchus 
réveilloit comme lui , f aurois 
déjà avancé mes afiàires auprès 

du Hoi de Salerne» Je vas ré- 



<r de Ctarmonde, i Jp 
parer le tems perdu , continua- 
t'il , de s'étant habillé promp- 
tement , il pria Clamàdès.de 
ne pas s'impatienter en atten- 
dant {on retour. Pendant Ion 
âbiènce , ce Prince rappellanc 
à fà méniôire le plaiiir qu il 
avoit eu en enlevant Clar- 
Aïonde du palais de Camuan-i 
te, jugeoit de celui qu'il alloit 
avoir en tàtireht des mains de 
Méniàde. La fimilitude de ces 
deux plaifirs T^blorboit , pour 
ainfi dire , dans une fi douce 
rêverie, qu'il ne s*appercevoic 
pas que deux heures s'étoient 
écoulées fans que, Pfchonèt' 
f&t revenu lui rendre compte 
de fà miflion > il ne fbngeolt 
même plus à lui quand cet ha- 
bille Agent reocra dans (à 



ipo AvanturesdeClûmactes 
Chambre pour lui apprendre 
le fuccès de fon .entreprîfe* 
Seigneur , lui dit-il en Tabor- 
dant y )'ai plus fait du premier 
coup que je ne m etois promis. 
Je n ai pas plûcoc raconté dans 
TAntidiambre du Roi deux ou 
trois miracles de votre façon» 
qu'un de fes Officiers a couru 
lui en faire le récit. Auffi-tôt 
ce Prince me fait appellera me 
queftionrte for ce qu'on vient 
dé lui rapporter 5 & fur la 
certitude que je lui donne de 
votre fçavoir , il me charge 
de vau§ ameneir vifitér fà Ma- 
lade , ^us pronrètt^nt ' une 
récompei^ prppo^ioanée au 
(èrvice que vous lui rendrez , 
fi vous la rétabliflèz dans (à 
première fànté. Je 1 y rétabli-r 



<sr de Clarmonde. rp t 
rai , lui répondit Clamadès , <Sc 
quand le Roi de Saicme en ju- 
gera par fes yeux , s'il croit 
alors que mes foins méritent 
d^être récompenfèz , je t aban- 
donne dès-à-préfent ce que (a 
générofîté voudra me prodi- 
guer. Je n en fuis pas pour ces 
fortes de prodigalités , Sei- 
gneur y lui répartit Pichonet y 
& avant que ce Prince en pré- 
pare la diftribution , ma retrai- 
te lui fera comprendre que je 
n'aurai pas agi par intérêt. Dit- 
pofez-vous , continua-t'il , à lui 
donner la fatisfadlion qu il at-. 
tend de votre Içavoir-f aire, oUi 
pour mieux dire , hâtez-vous 
de vous fàtisfaire vous-même 
en reprenant pofleflion de 
rObjet que vous auriez cher- 



ïpa Avantures de Clamades 
ché long-tems inutilement fans 
moi, & que vous n auriez peut- 
être retrouvé qu'après que le 
mariage de Méniade avec 
Clarmonde vous auroit mis 
hors d'état de la poileder. 

H ne falloit pas une remon* 
trance plus prdTante pour en- 
gager le Prince de CaÂille à fe 
rendre auprès du Roi de Saler- 
ne. Pichonet , qui lui fèrvoit 
d'Introdu<5leur,le conduifit au 
Palais de Méniade , & l'ayant 
introdiùt dans l'Appartement 
de ce Monarque : Seigneur , 
lui dit-il, voilà ce fameux Scru- 
tateur des iècrets de la Natu- 
re , dont je viens d'avoir l'hon- 
neur de vous parler j je vous 
prélènte en lui la Médecine- 
Univerfelle. Sa phiUonomie, 

«\Q4ta- 



O" de Clar monde. 1^3 

:^joûta-t'ii ^ vous répond de la 

r profondeur de (à Science , & , 

fi jo(è le dire , du rétablifïe- 

ment de votre Malade. Tout 

• ■ ■ ■ - 

jeune que ;£bit le Seigneur 
.P.o(5leun, lui répondit AI éni^ 
;^e,fa jeuneflèiyeme prévient 
îpoint contre foq Sçavoir j l'ex- 
péfience m'a appris que les 
^plus vieux Médecins ne font 
^pai^. toujours les plu$ fçavans. 
^Attaqué , continua-til , d une 
'ipaladi/y dangéreufè à mon 
avéoenaent à, la Couronne , 
c^^c eiî qui le R^i ^ :mpn père , 
iâjypiç ep le plgB: dô confiance 
'Jbétià?^^ fa.yie , déleipérerent 
.alors -de la mienne. Tant d'an- 
f néesemployees à méditer leurs 
'.ï^Y56?iilÇ9^^'4ppcafions oiiles 
J5*.<^:^%v:çieîif juftifié leur ça-» 

R 



tp4 Àfiantmes de Clamadh 
packé i toute la force même 
de môo tempérasminent , rien 
De r^mmoit leur efpérance 3 à 
les entendre opiner ma mort 
4coit. certaine , êc , ièlon leUr 
'décifîôn , je n av^is plas ^V 
-fie heure à vivre , lorf<i|U'iin de 
leurs ConfriéreS', dont l'âg€ fié 
lèmbloit pats encore lui avoir 
donnné fe loifir d'examiner 
■tous les Préce|>tes de ïon Art, 
'■^St'■ d'approfondir la certitude 
-Jâe fes Principes , ouvrit en 
rjeur prélence un avis, qu'ils 
^.tfe}ettéreÈk:s à-ce cjué je meiiiis 
Imaginf depuis , à e^uiè qu ii 
n'étoit pas de leur gravité (fe 
déférer à l'opinion d-pn Col- 
lègue , qui n^ayôit pas cèmiiie 
eux blanchi fuFXjalliéà^& fiir 
Ayiciéneimais s^ôMfiÉiai^àjgéf 



<r de Clarmonde. rp < 
|5onclre de ma vie , fi on le lait 
ibic agir fuivant lès lumières, 
toute ma Cour , qui en coo- 
jioiâôit 1^ mérite , lans s'arrêter 
^\i lentiment de ces graves 
-Barbons y le preilà de lairp 
tt(àge de lès talens, ■& il le £t en 
«fïètavec tantd'liabileté^qu en 
pe4i de jours il me rendit aux 
i^œux d*un Peuple, qui le conh 
ildére depuis ce tems^-làcoro- 
me un Père , qui m'a ec^ei»* 
drè ifne féconde fois , 4& com^ 
die l'Auteur de la f^icité xionc 
H joiiit fous mon gouverne^ 
ineftc.Voijs çondevez par moa 
jrécit, Seigneur Doéleur, pour» 
iùivit-il , en adre£ant la paro^ 
ie à Clamadès , que quoiqu u« 
fie ibarbe , impofante par It 
JMi^oJieUJ: ^ be izous- annoncé 



I p(J jévantures Je Clamadh 
-pas encore pour un Médecin 
. d'une expérience confommée, 
& que votre phifionomie tire 
moins £ur le grave pédentef- 
;<}ue que fur le gai majefhieux, 
: je peniè favorablement fur vo- 
tre cohapte , & que je" ne ài^ 
iefpére pas que vous ne réiiir 
fiifiez dans la guérifon que 
-vous venez entreprendre, bien 
•que mon jeune Médecin y ait 
<^choué après avoir mis en pra* 
-tiqae tout ce que (on. Art lui 
:a fuggeré pour en venir à 
bout. Avant que de pojiyoir 
jm'en flatter , Seignejir , lui dit 
le Prince de Caftille , il faut 
<jue je voye la Malade » & que 
je juge de l'Effet de mon re- 
mède parla Cauiè de Gi mala* 
(die. Alors Méniade iDijaçonta 



f 



6i* de Clarmond^,: fpy 
qu un Boâù Tâvoèt àrtienee 
à Salwne fur un' Dfagon dçt 
Liège > quil ééoit décédé 
quelques jours après y être ar--* 
rîvéj &queçequilë rempli^ 
fok d'étcwinement, G eft que c6 
Mortel , le . p(us difforme de 
tous les Hommes , avoit inlpî- 
ié une telle tendrefîè à cette 
Femme , que fa mort lui avoit 
coûté le dérangement de fon 
dprit. J'ai entendu parler de 
ce Dragon , Seigneur, lui dit 
Clamadès > tout artificiel qu'il 
eft 9 on lui attribue des pro- 
priétés qui pourroient contri-t 
Duer au deflèin que je me 
propolè , & il ne fèroit pas 
inutile de le faire apporter dans 
le Lieu oij vous faites foigner 
cette Veuve ^ afin d'effayer fi 



flOO AvanturesJe Clamadh 
de cette a<5ti6n, {èi)tit une joye 
inexprimable d'avoir mis ct% 
deux Amans à pc^rééede de-' 
venir heureux. Que peniez- 
vous de cette Malade > deman- 
da le Roi de Saleme au Prince' 
de Caftille ? Croyèz-vous pou- 
voir lui procurer une prompte 
guérifon ? Obfervez , Sei- 
gneur , cette férénité qui fe 
répand fur fon vifage à médire 
qu'elle confidére ce Draigon >■ 
fon afpe(5l rappelle fans doute 
à fà mémoire quelque événe- 
ment , dont les circonftances 
lui {ont agréables, & puiiqu el- 
le eft encore capable dé quel- 
que difcernement , je rendrai fà 
tête aufîi (aine que la mienne 
avec un Elixir de Soleil , dont 
f ai fait l'épreuve en pareil cas 



i^ de Ciarmonde, 26T 
iur une des Femmes du Mo^' 
gol. Vousxièz , Madame , dit-^ 
il à Cfermohde , qui rioit e» 
effet autant de l'entendre par-- 
1er de la forte que de voir Me- 
niade l'écouter fërieufèmentk- 
Fourqùoi ne rirois-je pas, lui 
répondit la Princefle de ToP 
cane ? Puis-je avoir une occa- 
fion de rire plus favorable ? 
Me permettrez - vous , Mada- 
lise > lui' répartit Clamadès , de- 
vous demander le fùjet de vos 
ris? Votre folie, lui répliqua 
Clarmohde , pour mieux abu- 
fer Méniade , & c'en eft une 
àflcz'réjouiiîànteque de vous 
voir vous flatter d'être plus 
raifbnnable que moi. Si vous 
m'en croyez , continua-t'elle , 
vous raccommoderez votre 



iôl Avantures deCtamadès 
tête (ans vous ^aibaraâjbr def 
ritablir la miepne ^ ^ vous 
ferez repaître ce Dragon f«i- 
gué , qui a befoin de repren- 
dre des forces , avant qwe je k 
iQnonte pour aller rejoindre 
flion Epoux. En achevant ces? 
jàaroles , elle s'appracha du 
Dragon y & pendant qu elle 
aflTeéioit de le careflèr pouf 
aid^r à faire tonsber te Rç>i def 
$alerne dans le piég0 qjie lui ; 
tendpit le Prince de Caftille y 
Méniade faifoit remarquer à 
Clamadès la paffîon >^lente 
qu'il çroyoit que le Boffî) ayoit 
fait naître dans le cœur de cette 
•retendue Infepiee. Elle n'ou- 
>lie pdint ce Mari,Iui diïbit-il* 
^ je ne conçois pas copument 
%a. JV^nflre auiïi jiidepj; Savoie 



C>* de Oar monde* \ 203 
tCphré à une fi belle Per£>nQa 
ne tendreflè . qu eUe n'auroît; 
5ut - être pas eue pour u» 
lomme accompli. L'ainoiu; 
ft moins un efïët de la Rai^ 
ni que du Caprice, Seigneur^ 
i répondît Clamadès ^ <Sc 1q 
sau-Séxe devient d'un goût 
bifarre, q^ie le Mérite n eft 
efque plus un objet d'atteo-» 
m pour lui. Cela eft vrai « 
t réplîquoic Méniade 5 mais 
cabliflèz cette Malade dans 
n bon fens 5 je puis vous af^ 
rer que l'éclat du Tr^ône ^ oià 
veux la placer > n étoiq pis 
ut-à-fait avant ù. démence 
; qui la détemûnoit à vou- 
ir me rendre heureux. Je 
JUS parle de la forte, /contî- 
toit-jl , pàcce qoe^ pQUf 



iô4 Atfântutes de Clama Je s 
peu que vous ayez féjoumé 
dans mes Etats , vous ne pou- 
vez ignorer que f ai deflèân. 
de la couronner. Jugez , par 
l'excès de fa beauté , de la 
grandeur de mon amour pour 
èile. Vous avez parcoiM-u h 
Monde, ajoûtoit-il > ave2-vouS 
vu dans aucune de fes Par- 
ties un Sujet qui mérite com- 
me elle toute l'afieélion d'un 
Souverain ? Je n*ai rien vu de 
plus charmant , Seigneur , lui 
diCbit Clamadès > s'il y «voit 
une Monarchie - Uni verlèlle , 
elle feroit digne d^en porter le 
Sceptre. . . . Doucemeant , beau 
Ja(eur,interrompitClarmonde 
en revenant vers Clamadès} 
dites une Houléte avec celui 
qui a reçu ma foi , plutôt qtie 



\ 



iT de Clar monde p ^o< 
ce Sceptre avec un autre que 
Jui. Si vous le coprioiffiez , 
pourfuivit-elle •, peut-être lou- 
riez-voiïs en lui un mérite qui 
ne Ce trouve point dans les au« 
ixes Homm<çS j ^ ii v0us vour 
lez me fèjrvif d*]£cuyer dans 
mon voyage , vous jugeie;z en 
le voyant , fi l'Amour m'a fa- 
ciné la vûë , & fi je fuis pré- 
yenù^ mal-à-propos en là fa» 
veur. J'accepte remploi que 
V^EXUS me propofèz , Madame 5 
je ys-is préparer mon équipage 
pour vous accompagner , $Q 
je ne doute point que je ne 
(bis bientôt obligé d'admirer 
votre choix ^ 4e rendre jpfUr 
ce à votre bon goût ., 

Cette pj:p.meflfe d'aççom- 
pagoej, i'JJicpowë d^i)s,Jpi) 



I, 



^208 A'Vantures Je Clamaa 

âceux de *na belle Ipcor 

£^ :fi:le ÇieV we A'enlevo 

.ne çbercherois plus à les 

:fefver. Ces ientimens , 

: gneui; , lui.répartit Clame 

^^pnt fiir'^çioi iine impre 

r qui redouble, mon zélé 

iQcqwnt 3 & , fi j'en croi 

fecret preflèntintient , je t 

veraj dans mon Art le mi 

Jide h rendre auni iàine 

.prit gii'elIepGuvoif l'être 9 

•ciue d'arriver à votr^ Coui 

. dans peu de tems. . . . Ah ! 1 

;^c.iier pp(5leur > interroi 

, JViéniade, fi je r^rpxçpenf^ 

.gMeîei^&m^nt . q^>n, .a 
.dVf.pnârque tel- 4e < mes . Q< 

.faux qui •éloigne-^'^nefn 
rocs ?f Qat^efiÇs x^m^^h 

;^udquç.FfôvinqgiàjRijgft. J 

F 



i^ de Clar monde. 2 09 
pire, concevez toute reten- 
due de ma reconnoi/îance , 
quand vo|||m'auFez rendu un 
fërvice plus important que le 
gain d'une Bataille ou Tenlé- 
vement d'une Place , puifque 
ces avantages ne me font rien 
en comparaifbn de la vie que 
vous me conferverez en me 
^4fant pofleder un Bien que 
j'eftim» plus que ma Couron- 
ne* 

Le Roi de Salerne alloît 
en Amant auflî paffionné que 
ùtisfait continuer de raconter 
au Prince de Caftille à quel 
point ce Bien lui étoit pré- 
cieux > mais il en fut détourné 
par un de {es Officiers , qui 
vint lui annoncer l'arrivée d'un 
ËEia&ger de confidération > qui 

S 



310 /fvarttures de Cîamades 
demandoic à lui parler. Cla<« 
madès voulut le retirer. Non, 
lui dit Méniade 4|||ui fentott 
crokre ion amitié pour lui è 
mefure qu'il (lattoit (on edlpé» 
rance fur le rétablinèment de 
Clarmonde , vous ne ferez 
point de trop id , & vous ap- 
prendrez quelques Nouvelles 
du dehors qui vous ferott 
peut-être plaifir. On ât entrer 
l'Etranger. L*air de grandeur, 
quoiqu'un peu fîwrouchcavec 
lequel il aborda le Roi de Sar 
lerne , annonça que ce n'étoit 
pas un Homme du coinviDO. 
Seigneur , lui dit-it , après l'a- 
voir falué, je reriiets entre vos 
fnaÎQS une Lettre du £^c de 
Tofcàne , & je viens ceclainef 
-en foii nom la Fnoceiie Ciat 



..b 



0" de Clar monde. 211 
iponde f^ fille , qu'un de fes 
Rayifeur^j, mort dans cette 
Vilk^y^a lailTée, & que vous 
retenez en Ipconnuë dans vo- 
tre Palais , fans autre recom- 
mandation auprès de vous que 
QçUe'de fa beaujré.; A ce récit, 
Çlamadès demeura faifi d'é- 
toranement , & loin que cette 
JSIouvelle lui fit plaifir, comme 
ilavôit crû Méniade , elle le 
'"^xx^, dans une confternation- 
qui penià le déconcerter. Pen» 
dànt cç tems-^là , le Roi de Sa-* 
lernQ Ufoit la Lettre du Duc 
4e Xofîb^e , & en la lifant , là 
joie de i>0 s'être pas trompa 
4ans fà eônje61:ure fur l'Origi- 
ne de fa çherelpcpnnijë fè ma- 
nïieikoït f) hïçti par d'agi^^ables 
fotf^ a qii'il . jfe^mbloiç que fa 



114 ^V'antures de Clamades 
avoueriez - vous alors que 
lô Droit (dHpipk^klkté doit 
être inviolable cke;; un Roi 
magnanime. A cette fiére re- 
ponie , le Koi 4^ Salerne re- 
çonnoiâadt dans ;cet .Etranger 
le Prince Léopatris , (Se fei- 
gnant néaninoiQ$ de -ne pas le 
reconnoltre : Seigneur , lui dit- 
il ^y,ai»our a fes:,privii€ges,& 
ipiïfaupuleifte rôfpfijfle qu'en 
çertaûji cas. ie I^rpift^iQni^rypus» 
me p^rle?. Au £if|)^lu/; > .pour- 
{ùiviE-^,.fi Je" 6is.dtt B,pi Bar- 
çaba yieoit ç}vpf<^r;,l9\^rio' 
ceiTe ClarrHon4@i3 nous; ;le: :re' 
çevron^.d.e notr-ef: mieux > & 
cous ferons en forte que.foA 
Armée n^ ^e^> ristourne p^ 
mécontepiçe de la: notre. Ce- 



O* de ClarmotjJe^ 'si i 
yant point moi-même enlevé 
(à Maîtrei^ , il m&femble qu a^ 
vant que de tourner .fès Arme* 
contre moi , fbo premier foin 
devrait être de la demander à 
/on Kaviilèur, & d'eilayier^ 
dans un Combat particulier ^ à 
tirer raifbn de l'injure qull e» 
a reçâë par cet enlèvements 
Léopatris n auroit pas befoia 
de .confeil> Seigneur, lui r^ 
pondit l'Etranger, fi le, Prince 
Clamadès étoit en Caj[lilley 
jxiais il n a pas jugé à propos 
jdeT y .attendre. II falloit, liû 
repartit Méniade , qu'il lui fîc 
/çavoiu fon deffein avant qa'if 
en partît? peut-être même lui 
-auroit-il épargné une partie 
do cKomtn. Au refte,i.cpiiii:F 
inua-t'il ^' ce Prince neutaclliB 



±t6 Avcintur^s deClamades 
point ia marche & le bittic 
de fes a<ftiôns héroïques a tou- 
jours afiez indiqué les Lieux 
où on pouvoit le trouver. Il 
ne faut pas toujours s'en rap- 
porter à la Renommée , Sei- 
gneur, lui répliqua l'Etrangerj 
elle amplifie fouvent ce qu'elle 
raconte , 6c on en rabat quel* 
quefois quand on approfondit 
•mi qu elle publie. On pourroit 
en {çavoir quelque chofe de 
précis , lui dit modeftement 
Clamadès , qui n'en étoit pas 
connu perfbnnellement , fi on 
s'informoit de ceux qui vien- 
nent de la Grèce de ce qu'il 
y faifbit il y a quelques mois. 
iQuand j'en partis, continua- 
-t'il, il refufoit les marques 
^dr'honneur que \çs Gttcs lui 

of&oiecc 



. iS" de Cîar monde. * il'f 
offroient pour les vidloires 
qu'il venoit de leur faire reiti* 
porter fîir un formidable Ern 
nemi. Quoi qu'il en lbit,pour-* 
iuivit Méniade, le Prince Léo-i 
patris n'ayant pas fùivi à la 
trace le Prince Clamadès>» 
comme celui-ci fuit le Roi 
Cropardo , qu'il croit encore 
vivant, s'il dépendoît de mot 
de remettre la PrincefTe Clar- 
inonde à l'un de ces deux Ri* 
vaux , je le ferois en faveur dut 
J^rince de Caftille , comme le 
plus généreux , & par conf é« 
quent comme celui qui mé^ 
rîteioit mieux de la pofleder. 
3Vlais,ajouta-t*il,en portant tour 
jours la parole à l'Etranger/ans 
Vous iaîre perdre ici un tems 

que vous pouvez emj loyer 

T 



ai8 Avantures Je Clama4h 
plus utilement ailleurs, retour- 
fiez en Tofcaoe informer le 
Duc Carhuaote des diipofi- 
tions où vous m'avez trouvé 
au fùjet de la Princeilè Clar^' 
inonde 5 de mon c6cé, je vais 
^'inllruire de mes intentioo5. 
Si elles lui font convenables , 
i'épouferai la Princeâè en at* 
iendant les Troupes du Roi 
Barcaba > & fi elles ne lui con- 
viennent point, je ne laiâerù 
pas que de la faire Heine , pen* 
dant qu il joindra fes Forces à 
-celles de ion Allié pour vedi 
me châtier d avoir couronoé 
ià Fille contre ià volonté. 

Après que TEtranger fè &t 
retiré : Je renvoyé , dit M4- 
niade à Çlamadès, xtn Coih 
carrent pea fadsÊut de oia lé* 



iSt Je Clarmonde, -2 19 
ception > une vivacité , qui lui 
eftéçbapée,me la fait recon* 
Moltis pour le Prince Lëopa- 
: tris $ mais fà conduite à Tégard 
: du Prince de Caftille ne me 
donnant pas une idée avanta- 
geufè de ù. valeur, je n ai point 
-Voulu lui marquer que fbn 
emportement me découvroic 
la Qualité , afin de n'être pas 
obligé de le traiter plus no* 
jiorablemènt qu il ne le mérî- 
-toit; Lia Lettre» qu'il m'a re- 
:Éni£e , m'apprend en détail ce 
que je ne fçavois que confu* 
-ément. Avant que de connoî- 
ire par moi-même , continua-» 
t'il» qu^ fât £ peu digne de 
• la Princeflè de Tofcane , ayaac 
.«iil ctire quelle eft extrême- 
belle , je plaignois b^ 



3 lO Avantures de Clamadh 
malheureux fort , & je voulois 
prefque dii mai au Prince Cla* 
madès de la lui avoir enlevée 
au moment qu'il fè fiattoit 
d'en devenir le Poflèfïèuri 
mais je change de fènciment, 
& je lui fçais boa gré d'avxjir 
emmené cette Princeflê en 
Caftille , & encore plus d'à* 
voir , en y arrivant 5 donné im- 
prudemment ôcdalion au Koi 
a Ungarie de me la remettre 
entreies mains. Je fiûs^ pour- 
fuivit-il , reïolu de gardertoe 
précieux Dépôt j les menaces 
• du Prince Léopatris n allar" 
ment point mon amout 5 la 
réclamation- du Duc. GarBU- 
ante ne l'intimide pas davan- 
tage 5 leurs Ai-mées , tfêjà iiir 

me$ Ytom^t^^ » n ea f eiroidi^ 



\. 



ir de CUrmondet aîr 
roient aucunement l'ardeur , 
Se pour le làtisfaire à quelque 
prix que ce puifle être, tra- 
vaillez,SeigneurDo(5leur, tra- 
vailbz promptement à mettre 
la Princeiiè eh état de prendre 
place dans mon Trône. Car- 
çuante l'y (cachant a(nie,ajoU'i 
ta-t*il , ie trouvera par- là dé- 
gagé de (à .promefle envers le 
Koi Barcaba > il n'aura plus de 
zaifbns alors^ pc^^r armer en 
&veur d'un Prince au^el il 
ce pourra plus donner â^'ille, 
St pacifiant ainû les troubles 
qui pourroient altérer la tran- 
quUité de mes Sujets, je joiiirai 
Êns inquiétude de l'Objet a- 
dorable .que le bon Clamadès 
prend inutilement la peine de 
eher cher où il ne le recontr va 

T iij 



ail Jvanturts de Clamâmes 
pas. J'ai eu rbonneur de vous 
le dire , Seigneur » Tm répon- 
dit le Prince de Caflille 9 fe^ 
père rendre en peu de tems 
i'efprit de la Princeâè auifi 
fàin qu elle lavoit eni arrivant 
à votre Cour , & pour épar- 
gner au Peuple de Salerne la 
crainte àfi Armes de vos En- 
nemis liguez , je vai&preflèr 
mt.% opérations avec : autant 
de diligencçAqueF iîi|a9rois à 
les C|^dre moi-même. 

Alra-tôtque Clamadèsfiit 
ibrti de l'Appartement de Mé» 
lïiade , & qu'il fè vit en liberté 
de s'entretenir avec Pichonet: 
Que penfes-tu, lui demanda- 
t*il, de ce qui vient de fe pat 
ièr (bus tes yeux ? Deux cho- 
ies lui répondit ce fîdelle Con- 
fident. La première , que vous 




O* Je Clarmonde* a a 
avez déjà remis la Prince 
de Tofcane en* fbn bon ièns $ 
la féconde , que vous metcrea 
bientôc Léopatris d'accord 
avec Méniade , en tranfpox^ 
tant enCaftilie le Sujet qui eau-* 
fe leur différend. Il y en a une 
troifiéme , lui répartit Clama" 
dès , à laquelle tu ne fais pas 
attention , Se fur laquelle en 
effet ta Profefllon te difpenfè 
4'en feire. As-tu pris garde,con* 
cinua-t'il, avec quel rabaifle^ 
ment Léopatris a parlé de moi 
à Méniade f Dans une conjonc* 
ture moins favorable pour lui» 
jelut aurois appris à mefurer Ces 
expredionSy & putfqu il refufè 
de conformer fonlangage à ce- 
lui de la Renommée, je veux j 
pour l'obliger une autre fois à 



^^4 ^vanturesJeClamaJfs 
en tenir un plus décent , aller 
lever Tes douces fur la gloire 
que je me iuis acquife. Ah! 
Seigneur , s'écria Pichonet , à 
quoi voulçz-vous vous expo* 
ier ? Si la jaloufie porte Léo* 
patrîs à ne pas vous rendre 
jullice, de quelle confèquence 
vous eil Ion iuffrage ? Celui 
du refte du Monde ne vous 
fùflit-il pas ? Iriez-vous , par 
un éclat hors de faifon , ap- 
prendre à Méniade qui vous 
êtes ? & la PrincefTe de Tôt 
canne vous fçauroit - elle gré 
de lavoir laifTée au pouvoir 
du Roi de Saleme pour avoic 
voulu , par un point d'honneitf 
chimérique , faire connoître 
au Fils du Roi Barcaba , qu'il 
n'aura pas impunément rabail^ 



^^ é 

tr de Clarmonde. a 2 y 
Ce leis exploits du Prince de Ça- 
ftille ? Seigneur , continua-t'il , 
on die dans mon Païs que les 
plus courts emportemens Ibpt 
Îqs meilleurs , Se c'en leroic un, 
dont vous auriez le loidr dé 
vous repentir , fi vous perdiez 
le fruit d'une longue & péni- 
ble recherche , pour vous être 
piqué d'une chofe qu'un Hé- 
. ros tel que vous doit mépri- 
fer. Il eft vrai , lui dit Clama- 
dès, après avoir un peu réflé- 
chi , qu'il ne mérite que du 
mépris, âc je n'acquérerois pas 

. d'honneur à vaincre un Lâche 
qui ne s'eft pas mis en devoir 

' de me difputer (à Maitreâè. 
D'ailleurs , ajoûta-t'il , je con- 
çois que je perdrois plus en 
perdant la Princeâè Clarmon- 



%l6 Avantures de Clamadh 
de y que je ne gagnerois ea 
poniiTant le Prince Léopatris. 
Cette réflexion faite , Clama» 
dès rentra dans Ion Auberge, 
on ne voulant pas dîner avec 
la Compagnie du fbir précé^ 
dent » il fe fit (eivir dans ià 
Chambre , & il y traita Picho- 
net comme un Confèiller, 
dont les avis fembloient mé* 
riter un Iplendide régal. 

Pendant que le Prince dô 
Çaftille s'entretenoit avec lui 
fur la (àtisfaétion qu il auroit 
bientôt de rétablir la paix en- 
tre Méniade & Léopatris , la 
Princeiîê de Tofcane , qui 
ïgnoroit ce qui s*étoic palTé * 
dans l'Appartement du Roi de 
Salerne , n'alpiroit qu au rno- 
ment de' (è voir hors de ià 



ir de Clar monde. 1T7 
puiflànce. Néanmoins, de peur 
que les Dames aufquelles ce 
Prince en a voit confié la gar- 
de , ne s'apperçûlîent que Ion 
e^ric écoic en un état plus 
oranquille que de coutume , à^ 
voulant toujours joiier le Per-> 
- fi>nnage qu'elle joiioit depuis 
long-tems , elle leur tenoit des 
difcours qui les empêchoient 
de i^ti appercevoir , & «n 
isi&i\x. même quelques - uns ^ 
dont les équivoques leur fem- 
bloient fi divertilîàntes , qu el-- 
les en rioient avec tant d'éclat^ 
que Méniade vint lui-même 
pour fçavoir le fiijet de ces 
«s extraordinaires. Trouvez- 
^vous étrange , lui dit Clar- 
inonde , que àos Femmes , 
dont le cerveau n'efl: rempli 



ftlS Avantttres Je ClamûSt 
que de vapeurs , fè laiiTent 
emporter à des laillies extra* 
vagantes ? Il y a deux heures 
que je les exorciiè Se que je 
conjure les Silphes de les laif» 
ièr joiiir de leur raifbn , & mes 
conjurations excitent ces Ef- 
prits aërieûs à les rendre en- 
core plus déraifbnnables. Si 
vous avez plus de crédit que 
moi fur ces mêmes Efprits , 
çontinua-t elle, vous ferez une 
action loiiable en l'employant 
pour que ces Folles reviennent 
en leur bon fens. De nouveax 
éclats de rire iè ièroient éle- 
vez alors fans la préfènce du 
Roi> mais ce Prince ne paroif* 
{ànt pas fatisfait de ce qu'on 
lui avoit manqué de refpedl^^en 
la perfonne de Clarmonde » 



<y de Clar monde, 2 ip 
ces Dames reprirent un air ië- 
rieux , & toutes gardèrent uti 
profond filençe. Les voyant 
ainfi déconcertées , Clarmon-» 
de ie plailoit à joiiir de leur 
mortification. Il faut , difoic- 
elle à Méhiade , que vous les 
aye? enc^hantées h les voilà im» 
mobiles conime des Statues. 
Que je vous en fuis obligée j 
continuoit-elle i inon Dragon 
y oys en doit des renaercîmens > 
Je. pauvre Animal , qui a be- 
{bin de repos , n'a pas fermé 
Foeil 'pendant leur tintanjare, 
. Iil.peut repofer préfentemeptj 
Madame , lui'd t Méniade, en 
jla regardant tiift-pient malgré 
ion efpérance de la voir bien- 
tôt; rétablie , & on fira enforte 
4» oç ,;P^i îfiWPJiiprç ion 






2 3 û Avantures Je Cfamadh ' 
fbmmeil. Il auroit bien voulu 
lui faire part de k Lettre qu'il 
:&voit reçue du Doc de Tof- 
cane 5 mais ne croyant pas de- 
voir* lui rappeller dans l'état 
où elle paroi/Ibit être l^fbu- 
•venir dii Prince de CafiiUe, 
de peur d'empêcher TefFet des 
Remèdes du nouveau Doc- 
teur , il remit à lui en patler 
après quils auroient opérés. 
Que cet Homme, difoit-ilen 
(bi-même , employé de tems à 
les préparer ! 

Dans le moment qu'il coîCf 
•jnençoit à s'impatienter , Cla- 
madès , qui S'étoit occupé 
après fbn dîner à compoler 
une Liqueur , telle qu elle lui 
vint dans l'imagination ,êcz 

écrire un Billet ^u il vouloir 



(St deCîarmonde. 231 
remettre adroitement à Clar- 
monde , entra fùivi dé Picho- 
nec dans l'Appartement de 
Méniade , & ce Prince, en 
ayant été averti , revint pour 
içavoir s'il apportoit le Médi- 
cament qu'il avoit promis. Sei- 
gneur , lui dit Clamadès en lui 
préfentant une Phiole de Gri- 
llai, voilà cet £lixir de Soleil > 
ce Tréfor de Propriétés lurna- 
turelles. Si la différence dii 
Climat , continua-t'il , n'en a 
point ^teré la vertu , vous en 
connoîtrez bientôt le merveil- 
leux , & j efpére que la Prin- 
cefïè ne tat dera pas à juger par 
elle - même de (on efficacité 
4ans les Maladies femblables 
à celle dont elle eft attaquée. 
<2wand une trentaine de Pé- 



a 3 1 Jvantures de Cîamadh 
grés , remontra Pichonet , qui 
iéparent peut-être notre Zone 
de celle du Mogol , auroient 
un peu aftoibli la force de cet 
Elixir , il n'en doit pas moinj 
produire ici fbn efïèt, parce 
que les Cerveaux étant très- 
compaéles dans cette Partie 
de l'Orient , il n*eft pas nécef- 1 
faire qu il foit fi raréfié pour 
agir fur les nôtres qui font 
moins condenfez. D*où l'on 
peut vraiiemblablement con- 
clure , ajouta- t'il , qu*U aura 
toujours une puifiânce aflèz 
virtuelle- pour opérer fur la 
Piincefïè comme il a fait lur la 
Sultane. Si ce Beméde , dit 
Méniade à Clamadès , remet 
la belle Clarmonde en état de 
mê rendre le plus heureux' 

Frioce 



Cr de Clarmomîe, 233 
Prince de la Terre , j'en ai un 
autre qui vous rendra l'Homt* 
me le plus fortuné de mon 
Boyaume , fi vous voulez y 
fixer votre féjour. Mais , con« 
tinua-t'il, comment ferez-vous 
ufàge de cet Ëlixir f La P|p 
celle ne {è rend (buvent ni 
aux prières ni aux menaces 
quand on lui prélènte des Mé- 
dicamens 5 elle en a une telle 
averfion , que la moindre va- 
peur qui en exhale la fait tom- 
ber en foibleflè, & on a tou- 
jours été contraint d'ufèr de 
violence pour lui faire prendre 
ceux que l'on croyôit propres 
à (k guérifon. Celui - ci , Sei- 
gneur , lui répondit Clamadès , 
eft tellement épuré de ce qui 
,corrompt le goût des autres , 

V 



334 -Âvantures de Clamadts 
qu Û n en (bit qu'une odeur 
niave , de il contient en lui une 
Qualité (Impathique qui porte 
le Malade à le prendre avec 
quelque forte- de délégation, 
j^fbns-en pron:>pcement Tex- 
MPence , lui répartit Ménia- 
de , & en continuant de loiier 
la (ingularité de (on Elixir , il 
le mepa dans la Cliambre de 
la Princeiîè de Tofbane. 

Le calme règnoit dans cette 
Chambre, lorfqu ils y entrè- 
rent 5 on n*y rioit plus des fo* 
lies deTInconnuë, quoiquel' 
le eût aflfèélé d'en faire de dif- 
férentes efpéces pendant que 
Méniade s'entretenoit arec 
Clamadès. Ils la trouvèrent 
^fè fur un CouHîn auprès de 
£on Dragon qu die feignoit 



• \ 



(T de Oarmondt. 13 ^ 
de flatter pour Tengager à 
manger un MaiTe-pain quelle 
lui préfèntoiit. Dès qu elle ap* 
perçue fon cher Clamadès : 
£tes-yous.prêc , lui demanda* 
t'elle , pour m'accompagner 
dsuis mon voyage ? Oui , Ma? 
dame , lui répondit le Prince 
de Caftille , & nous partirons^ 
ajouta- t'il en lut montrant la 
Plûole de Criftal > quand vous 
aurez DOS de cette Liqueur , 
qui a. la vertu de faire faire 
beaucoup de cihemin fàos £0 
£ktiguer. Tout de bon ! lui 
dit la Prmceâè de Tofcane 1 
voyons x^e que dék* Clama- 
dès lui préfentant aufG-tôt la 
Phiole : Ah I s'écria-c elle en 
la débouchant^ quelle agréar. 
ble cbofè à ièntir I Elle ett 



a ^6 jivantures deClamadh 
core plus agréable à boire , 
Madame , lui dit Clamadès) 
& vous me remercîrez à votre 
arrivée de vous en avoir fait 
prendre avant que de partir. 
Quelle délicieulè Liqueur! 
sécria-t*elle encore après la- 
voir goûtée 5 il faut que mon 
Dragon en boive une partie j 
cela lui donnera du courage, 
&. f en embraâèrai plutôt mon 
Epoux. Gardez-vous , flizdar 
me., lui dit Clamadès , delà 
lui faire feulement flairer > ce 
^ui vous eft propre lui efl con- 
traire , & vous n'en tireriez 
plus de fèrvice, Maif , conti- 
nua-t'il , fai une Eiîènce qui 
lui efl convenable , & quand 
■je lui en aurai parfumé les aï- 
îes, il fera aufîi frais en arrivant 



<ff de Cîar monde, lyf 
ou vous voulez aller , que s'il 
s'étoic repofè durant quinze 
jours. Il ne faut pas non pluf , 
ajouta -t*il , que vous buviez 
cette Liqueur d une feule îov& 5 
la trop grande quantité vous 
/èroit nuifible , & la Doiè , 
pour qu'elle opère efficace- 
ment , eft de trois à quatre 
goûtes dans un peu d'eau. Ceft 
dommage , Im répondit Clar- 
monde en le voyant deman- 
der un verre , d'en altérer ainfî 
la (ùavité 5 il me (èmble que 
je la boirois pure fans qu'elle 
me causât aucune incommo-i 
êèxki Emerveillé de ce qu'il 
Voyoit , Méniade s'imaginoit 
Jjii'il y avoit effèéHvemenc 
dans cette Liqueur une Qua- 
fité fimpathiqiie, comme Cla^ 



a 3 s Avantures de Clamades 
madès le lui avoit fait enten- 
dre y il commençoit à fe for- 
mer des préjugés favorables , 
& il fè fèntoit déjà de la dif- 
poiltion à croire que le Méde- 
cin , qui Tavoit ramené de la 
mort à la vie , n étoit pas d'un 
mérite égal à celui de ion pré' 
tendu Do6leur. £n prélèntant 
à Clarmonde la Potion prépa- 
rée , Clamadès prît il bien fes 
mefùres > qu'il lui gliiïà dans 
la main , fans que perfbnne s'en 
apperçût, le Billet qui devoir 
rinftnîire du nouveau Perfbn- 
nage qu elle avoit à joiier pour 
amufer Méniade Se tromper 
Çss Surveillantes. Cela efl ex- 
cellent , lui dit-elle après avoir 
bû > fi vous m'en donnez fou- 
vent pendant la route » vous 



<f de Clarmonde. 17^ 
n obligerez pas une Ingrate. 
Vous n'en manquerez point , 
Madame , lui répondit Clama- 
dès , & je vais chercher TEC» 
fence dont je vous ai parlé 
pour votre Dragon, Ne tardez 
donc pas , lui recommanda 
Clarmonde 5 je veux me met-» 
tre en marche dans le mo- 
ment 5 je naimerois pas à me 
trouver de nuit dans la Cam- 
pagne. Si mon Remède opère 
heureufement , dit le Prince 
de Caftille au Roi de Salerne 
en fortant de chez la Princeflè 
de Tofcane, fon voyage doit 
aboutir à un ailbupiâement > 
qui fè terminera par un com- 
mencement de quiétude dans 
iès Sens agitez , & de peur 
qu'on ' ne trouble le fbnuneil 



I 

a 40 Avantures de Clama Jès 
qui doit fui vre néceâàirement, 
il fèroit bon de recirer d'au- 
près d'elle les Dames dont les 
bons offices ne lui feront uti* 
les que vers le fbir. Sur c6 
qu'il ailùra qu'il n'y avoir rien 
à craindre en abandonnant la 
Princeiïè à fès propres mou- 
vemens , Méniade leur dit de 
la laiilèr feule jufqu à nouvel 
ordre , & é\.QS furent prendre 
le repos dont elles, avoieot au- 
tant befbin que la feinte In&n- 
fée qui les tourmentoit impi- 
toyablement. 

Il y ayoit alors dans le Ca- 
binet du Roi de Saleme un 
Minifbre d'Etat, qui attendoic 
le retour de ce Prince. Sâ- 
gneur , lui dit-il en le voyant 1 
entrer accompagné de Cla- 1 



Ct* de CI ar monde. 241 
madès, je viens de recevoir 
un avis important ou frivole i 
on voit depuis le point du 
jour , m'écrit-on , fe ralîembler 
{ur la Frontière des pelotons 
de Soldats , qui forment infen- 
fiblement un Corps de Trou- 
pes y & on ajoute qu'on n'at- 
tend qu'un certain Léopatris, 
appuyé de quelques-uns de 
vos Ennemis, pour entrer à 
leur tcte dans votre Royaume, 
fi vous refufez de remettre 
entre (es mains la fille du Duc 
de Tofcane, qu'un infâme Ra- 
vifîeur a laifïée entrées vôtres. 
Mais ne connoifîànt point ici 
de Princefïe étrangère , ajou- 
ta-t'il, je ne conçois rien à 
l'avis qu'on me donne j mais , 
tel qu'il foit , je vous le com-» 



iAi Àvantures Je C iamatîès 
munique , Seigneur , pour I 
tisfaire aux devoirs de TE 
©loi dont voios m'honnor 
Ce que vous me raconte 
lui répondit Méniade , a < 
rapport avec le difcours q 
m'a tenu le Prince Léopat 
li^-même fur le refus que 
lui ai fait' ce matin de rend 
au Doc dé Tofcane la Pri 
cefiè , que toute incotmi 
qu elle m*ait été julqua .< 
ep'il m*en ait eu appris loi 
gine, j'ai réfolu d'époufer < 
con lentement de mes Eta 
Le bruit Vêtant répandu qi 
je veux la couronner > ce Prî 
ce , à qui elle a été proînifè, 
(ans doute pris desprécautio 
pour me faire changer de v< 
lonté 5 mais viendroit-il aY( 



<r de Clar monde. 1 43 
la Hamme & le fer me la de- 
mander ju{ques dans nos mu*, 
railles , je ne la lui abandon- 
nerois qu après y avoir verfé 
la dernière gouce de mon fàng, 
Ainfi , continua-t'il , ne négli-» 
. geons rien dans cette conjonc** 
ture , & prévenons un Rival 
amoureux & jaloux en lui 
oppofànt une Armée qui rende 

vaine fbn entreprifè ,& lui faflè 

V perdre lelperance de réullir 

dans fbn deflèin. Vous , Sei-^ 

gneur Do(5leur, dit-il à Clama-' 

dès,ayez foin,pendant que j'en-» 

voyerai mes ordres à mes Gé-» 

âéraux,de voir dans quelques 

lieures fi votre Elixir aura pro» 

dult ce que vous en efpérez. 

Le Prince de Caftille s'é» 

tant retiré» le Roi de Salerne 



244 A.'Vantures de Clamadh 
s'enferma avec fon Miniftre, 
te pendant qu il lui failbit ex- 
pédier fes Dépêches , la Pritt- 
cefle de Tofcane fè trouvant 
en liberté de lire le Billet de 
Clamadès , elle y apprit cô 
qu'elle avoit à faire pour lui 
faciliter le moyen de l'enlever 
de la Cour de Méniade. Quoi- 
que depuis mon enlèvement 
aux environs de Séville , difbit- 
elle en^ loi-même , j'aye fait 
une elpéce de divorce avec 
le Sommeil , il faut que nous 
nous raccommodions enfèm- 
ble , s'il eft poffible 5 quelques 
momens de commerce avec 
lui m'épargneront une partie 
de l'impatience où je fuis de 
me voir hors de ces Lieux. 
Quand elle fè fut étendue le 






l 



is^ Je Clar monde, 2^'y 
long d'un riche Tapis , la tête 
appuyée fur un Gpuflin , elle 
eut .durant quelque tems de la 
peine à s'aflbupir > l'idée de 
. Clanûdès retrouvé la flattoit 
il agréablement , quelle ne 
pouvoit clore (es belles pau- 
pières > cependant , étant obli- 
gée, fuivant fbn inilruélion, 
de feindre de dormir , elle par- 
vint enfin à gagner fur elle çls 
fermer les yeux , & s'endor- 
mit effectivement avant que 
Clamadès fut revenu s'infor- 
mer de l'effet de Ton préten- 
.du Remède. En rentrant dans 
le Palais , une des Dames , 
jcommifes à la garde de la Prin- 
cefîè , qui étoit allée obfèrver 
ce quelle faifbit , lui apprit 
qu'elle repofoit tranquile- 



2/^6 Avantttres de ClamaJès 
ment. Méniade en fut informé 
après qu il eut achevé fes Ex- 

E éditions, & ordonné d'aflèm- 
1er fon Confèil. Cette heu- 
reufeNouvelle fe répand au(5- 
tôt parmi les Courtifons, cha- 
cun vient en témoigner (a joie 
au Roi, qui en reflènt lui-mê- 
me ime fi vive, qu'il veut aller 
à fon tour voir fà chère Clar- 
monde repofèr pour la pre- 
mière fois depuis qu'elle eft 
en démence. Il entre douce- 
ment dans fàCharribre de peur 
d'interrompre fon- repos > il 
contemple de loin fès char- 
mes renaiflàns 5 il s'apperçoit 
que (es couleurs, à demi étein- 
tes par une longue inibmnie, 
reprennent leur premier éclat. 
Ah! Seigneur Do(5leur, dit-il 



ijr de ChrmonJe. 247 
. tout bas à Clamadès , vous 
; remporterez la Palme j vous 
; convaincrez d'ignorance mes 
; ~ plus habiles Médecins. £lle 
1, proféré quelques paroles, 
âjouta-t*il 5 un Songe agréabl* 
j Tôçcupe (ans doute puifqu'il 
. n'y entre point d'emportement. 
G^ft une preuve évidente. 
Seigneur, lui repondit Clama- 
dès, que fès Sens comnien- 
cent à n^ctre plus dans cette 
agitation qui la rendoit com- 
me furieufe. Approchons -en 
. iin peu pius , lui dit encore 
, Méniade j Sc tâchons de dé- 
mêler, . . . Qu entens-je !. , . Me 
trompai-je?....NulIenient 3 c'eft 
le nom de Clamadès qu'elle 
articule. Retirons nous,ajouta- 
t'il > elle pourroit s'éveiller , 

Xiiij- 



a/^S Avantfires de Clamadh 
Se ie plaindre de mon incivilité. 
Que deviendrai- je , dit-il à 
Clamadès, quand il fut à por- 
tée de lui parler fans pouvoir 
être entendu de Clarmonde; 
vous cherchez à rendre mon 
bonheur parfait en travaillant à 
rétablir lefprit de la Princefle, 
& peut-être me rendrez- vous 
le plus infortuné des Hom- 
mes à force dé vouloir m'en 
rendre le plus heureux. Un 
Songe ne doit point vous al- 
larmerjSeigneurJui dit le Prin- 
ce de Caftille 3 ce n eft qu une 
îllufîon que produifent quel- 
ques vapeurs, & que le réveil 
diffipe fans fbuvent qu on s'en 
rappelle le fbuvenir.D'aîlleurs, 
continua -t'il , vous propofèz . 
une Couronne à la Princefîè, 
1^^ Clamadès ne peut lui en 



<sr Je Clar monde. 249 
ofFfir que Teipérance. Cette 
différence , pourroit nie flatter^ 
lui repartit Méniade , fi Clar- 
monde n a voit pas pris nait 
iance au pied du Trône. Pen- 
dant que f ai ignoré iôn ori- 
gine, j'ai crû que le mien la 
rendroit favorable à mon a- 
mour} mais c'eft allez qu'on 
puifle y monter , pour n'en 
point avoir Tempreilement , 
lorfquune Pafîîon plus puif- 
(ante que TAmbition le fait 
regarder d'un œil indifférent > 
& je crains que Clarmonde 
nait l'ame aflèz généreufè 
pour ne l'envilàger que com- 
me un objet qui ne doit point 

balancer les intérêts /de {on 

.1 .. • . • , • . 

cœur. Soyez moins ingénieux,. 
Seigneur, lui répliqua Clama- 



à 



a y O Avantures de Clamadh 
dès,' à vous former des Images 
qui n'ont peut-être pas de rap- 
port avec le difcernement de 
laPrincefîè. EUeput autrefois, 
ajoûta-t'il , avoir du panchant 
pour le Prince de Caftillej 
mais elle peut en avoir préfen- 
tement pour le Roi de Saler- 
ne , & une injufte préférence 
fait rarement rougir le Mérite 
couronné. 

Cette conversation fut in- 
terrompue par un Courrier > 
qui venoit, en paflant fbn che- 
min , avertir Méniade que dif- 
férons Corps d'Armée péné- 
troientpar divers endroits dans 
fbn Royaume fans qu'aucunes 
Troupes fè préfèntaflênt pour 
s'oppofèr à cette incurfion.Si 
vous n'en faites marcher furie 



<ir de Clar momie. 251 
:hamp. Seigneur, lui dit -il , 
^'Ennemi vous vifîtera demain 
dans votre Capitale. Mes or- 
dres (ont donnez pour l'en 
dilpenfer , lui répondit Mé^ 
nîade } cependant je vous (îiis 
obligé de votre zèle , Si je 
vous prie que ce Diamant, en 
tirant celui qu il avoit au doigta 
Vous en marque mareconnoit 
(ance. Je fuis né parmi un Peu- 
ple , Seigneur , lui répartit lie 
Courrier, que Tefpoir des ré- - 
çompénfes qe fait point agir,à 
fi je fuis aflèz heureux pour ren- 
contrer le Prince que je vais 
chercher , vous connoîtrez 
qu il (ert fans intérêt fes pareih 
quan on les oppreflè. Je croy- 
bis même ajouta - t'il , en ap- 
prendre desNouvelIes dans vo- 



2<2 Avantures de Clamâmes 
tre Courjmais le nom de Cla- 
madès n'y eft connu que paries 
exploits. Vous étesCaftillan,lui 
démanda Méniade ? Oiit , Sei- 
gneur, lui répondit le Cour- 
rier, & le Roi Marcadice étant 
mort de fàififlèment en voyant 
revenir en Caftille,{àns le Prin- 
ce fbn fils , les Gens qu il lui 
avoit donnez pour l'accompa- 
gner dans (es voyages , je vais • 
le chercher du côté de la Gré- 
ce , où nous avons appris qu'il 
étoic il y a quelques mois , afin 
de le ramener prendre poflèf * 
iGon de fbn Royaume. A ce 
récit, Clamadès penlà tomber 
en foiblefle 5 néanmoins il prit 
afièz d'empire fur là douleur 
pour ne point faire paroîtrc 
îiir fbn viîàge le trouble qu el- 



iS" de Clarmonde. 2 j* 3 
excicoic dans ion ame > ôc 
jrant bien qu il n'étoit point 
:onnu par le Courrier , il ie 
itenta d'écouter (es répon- 
aux queftions de Méniade 
s fe mêler de lui en faire au^ 
le. Clamadès , lui deman- 
it ce Monarque , eft un Prin- 
jeune & bienfait ? On le die 
omme le plus accompli de 
ite la Caftille , Seigneur , lui 
)ondoit le Courrier 5 mais 
mme mesEmplois à laGuer- 
m'ont toujours éloigné de 
Cour y je n'ai jamais eu la 
isfaélion de le voir 5 aulE ne 
us en fais-je ce rapport avan- 
;eux que fur la foi de ceux 
i le connoiflent , & je fuis 
rfuadé que Tadulation n'a 
int de part à ce qu on. lui 



2 5*4 Avantures de Clamaâh 
attribue de perfç<5î:ions , puif- 
que la Princeflè deTofcane, la 
première Beauté du Monde, 
en a étéfiéperdûmentéprifè, 
qu elle a confenti de le iiiivre 
en Caftiile , d'où le perfide 
Roi Cropardo l'ayant enlevée, 
Ta rendue la caufè innocente 
du défèfpoir de ce jeune Prin- 
ce , de la mort du Roi Mar- 
cadite,^& 6&s inquiétudes de 
la Reine Do6live , qui ne fbu- 
tient qu'avec peine le poids Ju 
Gouvernement de l'Etat. Au 
refte. Seigneur , ajouta-t'il , fi 
j'ai le bonheur de trouver mon 
pouveau Maître, vous jugerez 
vous-même fij'éxagéreiur fon 
compte , parce que je ne lui 
aurai pas plutôt appris que 
plufieurs Conf édérez vous ac^ 



ir de Clar monde. ' 2<^ 
[uent à la fois , que fon 
ixxï magnanime le preflera 
iccourir à votre fecours, & 
s tiennent contre vous juC- 
'à ce qu'il puifle vous offrir 
1 épée,je crois qu illes mène* 
comme il fit pour fbn coup 
îflài cinq Monarques liguez 
femble pour envahir là Caf- 
le , lefquels,- après une Ba- 
lle fanglante , 6ù je ne me 
)uvai malheureufèment pas , 
sjardérent comme une grâce 
liberté qu il leur donna de 
retirer avec une poignée de 
onde qui leur reftoit de cent 
ille Hommes qu ils avoient 
lenez avec eux , & ce fèroic 
le {àtisfa(5lion pour moi , Sei-. 
leur , fi le bruit dune vie* 
'ire complète fur vos Enne- 



2^6 Avantures de Clama Jès 
mis annonçoit fôn retour à une 
Mère vivement touchée de 
Tabience d'un Fils qu^elle ai- 
me tendrement/Allez , géné- 
reux Guerrier , lui dit le Roi 
de Salerne en lui donnant fà 
main à baifer , aile? chercher 
un Prince que vous touverez 
bientôt , fi vous vous laiflez 
conduire par la Renommée 3 
mais quand vous l'aurez trou- 
vé , remenez-le promptement 
en Caftille , parce que je ne 
voudrois point expofer aux 
événemens dts Combats un 
jeune Roi , qui doit plutôt lon- 
ger à prendre les Rênes du 
gouvernement de Ion Etat, 
qu'à donner occafion aux A m- 
bitieux de s'en laifir, & peut- 
être de s'en emparer quand ils 

fe 



<?* de Clarmonde. 257 
(è feroient rendus aflèz puif- 
fans pour lui refufèr l'encrée 
dans (on Royaume. 

Hé bien ! Seigneur Doc- 
teur , dit Méniade à Clamadès 
après que le Courrier fè fut 
retiré , fi une injufte préféren- 
ce , comme vous me le difiez il 
n y* a qu un moment , fait rare- 
ment rougir le Mérite couron- 
, né , de quoi pourrois-je raifbn- 
nablement me flatter , mon 
Rival pouvant comme moi 
offrir une Couronne à la Prin- 
ceflè de Tofcane , qui , fur le 
rapport du CaftiUan , s*éprit fi 
Bien des perfeéHons de fon 
Maître, quelle quitta le Pa- 
lais de fon Père pour le fui- 
vre,quoique promife au Prince 
Léopatri^ , en qui nous avons 

Y 



2^ s Avantures deClatnadh 
remarqué une aflèz belle phi- 
fionomie Se une repréfèntation 
ailèz majefhieufe pour ne de- 
voir pas en être méprifë ? Vo- 
tre modeftie , Seigneur ; lui ré- 
pondit Clamadès , vous fei"- 
me les yeux fur la différence 
cîe votre mérite à celui da 
Prince Léopatris , & s'il m'é- 
toit permis d'expofèr libre- 
ment mon lèntiment (ùr cette 
différence , je dirois volontiers 
que Clàrmonde vous auroit 
préféré à Léopatris , fi elle 
vous avoit connu avant Cla- 
madès , & que revienuë en Ton 
bon fens elle préférera à fon 
tour le Roi de Salerne au 
Prince de Caltille , dont elle 
•doit ignorer le changement de 
fortune jufqu à ctf qu'elle fè 



ib" de QarMônde. H^p 
bit mife , eir vous engageant 
à foi , dans le cas de ne pas 
.mbitiohner fa Couronne. Je 
n'y (èrois mal pris , lui répon* 
lit Méniade , fi y pour cacher 
la Princefle ce changement 
le fortune, j'avoîs conientï que 
5 Caftillân eût déterminé Cla- 
ladès à venir me fècourir } ce 
ouveau Monarque informé 
u motif qui porte le Prince 
iéopatris à meËike la guerre> 
2 fèroit gardé de combattre 
our faire pancher la yi(5toi- 
ï dû côté de (es Hivàux » 
?n véritable intérêt étant de 
î$ laîfïêr fe déittiirelnn par 
autre, & lia Princefle de ToC- 
aine , alors, rétablie par vos 
>ihs , le {cachant dans m« 
lour avant que dé m'avoii 



200 Avàntures de Clamadh 
donné fà mâin> n'auroit pas 
manqué de mettre Léppatris 
d'accord avec moi en lè don- 
nant à Clamadès. Mais , Sei- . 
gneur , lui répliqua le préten- 
du Médecin, la Prince£^, gar- 
dée dans votre Palais, n'auroit 
pu décider de fbn fort contre 
votre volonté , & le pire qui 
fer oit arrivé de la venue de 
Clamadès dans vos Etats, 
ç auroit été , après vous avoir 
aidé à en chaiTer votre Enne- 
mi, de vous propoéèr enfuite, 
comme Roi , un combat Çat- 
ffulier, en convenant avec vous 
que Clarmonde feroit le prix 
du Vainqueur , ou peytrêtre.... 
Elle eft en mon pouvoir , Sei^ 
gneiu- PocSèeur , interrompit 
I^éniade > le fort des Armes 



<Sf de Clarm'onde. 26 1 
èft journalier , & il eft telle- 
ment de ma prudence de ne 
point expofer mon bonheur 
à £bn caprice ^ que je cou- 
ronne la Princeflè avant qu- 
elle apprenne que Léopatris 
s'avance à la tête des Troupes 
du Duc Carnuante ou de fes 
Alliez^ & que Clanpadès eft 
en état de monter fur le Trô- 
ne de Marcadite. Mon Confèil 
doit êtreaflemblé,ajouta-t'îl> 
pendant que j'y délibérerai lur 
ce que j'ai à faire pour répri- 
mer laudaçe d'un Rival, v oy ez 
laPrinccïîe àibn réveil, & em- 
ployez pour (à conyalefcence 
tout ce que votre Art pourra 
vous fuggérer. ,\:ii 

Clamadès avoit eflùyé une 
rigoureufè contrainte durant 



262 Avantùres de'CJamadh 
cet entretien avec Méniade s 
Ion amotuf pour Clarmonde 
pou voit feul le contraindre à 
difUmuler le trouble où Tavoit 
jette la Nouvelle de la mort du 
Koi fbn père , qu'il apprenoit 
avoir caufée lui-même , en ne 
revenant pas à fà Cour avec 
les Gens qu'il lui avoit donnez 
pour Taccompagnier dans la 
recherche de la Princefîè de 
Tofcane. Quel reproche n'ai- 
je^oint à me faire , difbit-il à 
Pichonet , d'avoir été aflez 
imprudent pour ne pas pré- 
voir qu'en me féparânt de mes 
Gardes àyeniiè,'ils ne rnan- 
queroient pas d'allarmer un fi 
bon Prince en entrknt dans Se- 
ville iàhs pouvoir lui rendre 
compte de ce que je fèrois 



<S de Clar monde. 26^ 
' devenu ? & dans quel deief^ 
poir n ai-je point précipité la 
Reine en lui faifant perdre un 
Epoux quelle avoit préféré à 
tant de Rois qui lui en avoîent 
difputé le cœur ? Elle ne fur- 
vivra point à (a perte > elle aura 
réuni fes cendres aux fîennes 
avant mon retour en Caftille , 
&; ma tendrelîè pour lun Sc 
pour Tautre me reprochera 
toujours que mon imprudence 
leur aura enfoncé le poignard 
dans le (ein. 3e-prenois part à 
votre douloureufe fituàtîon;^ 
Seigneur, lui répondoit Picho- 
net , & faurôis fouhaité que 
Méniade ne vous eût pas obli- 
gé fi long-tems à retenir des 
larmes que je voyois prêtes à 
couler. Vous ne devez point , 



•26^ A vantures de Clama Jès 
ajouta-t'il, vous amufèr à en 
répandre dans ces Lieux 5 il 
faut aller faire ceflèr celles de 
la Reine votre mère , & fi vous 
ne pouvez vous réfoudre à 
partir fans la Prinçelîè , pro 
fîtez de la confiifion qui pourra 
régner ici à l'approche de Léo- 
patris, Se fuyez avec elle dans 
le tems que Méniade (èra plus 
occupé de (à deflfenlè que de 
fon amour. Les Femmes, corn- 
miles à veiller fur Claroionde, 
lui répartit Clamadès , ren- 
dront cette fiiite difficile , & 
il n'eft pas en mon pouvoir de 
m'aflûrer d'elles comme des 
Filles que Durbans m'aida à 
garantir du dernier fupplice. 
Cependant , continua - t'il , il 
faudra faire enforte de fiirpren- 

dre 



O* de Cîarmonde, 26 f 

SiQ leur vigilance 5 heureufè- 

inent Méniade me permet de 

.' vifîter librement la Princefîè. 

Si cette liberté peut favorifèr 

. mon deflèin , j'irai prompte^ 

jnent donner à ma Mère & a 

^ jmon Peuple la fatisfa<5lion de 

■ me revoir , & j'accorderai mes 

: Rivaux en enlevant avec moï 

; le Sujet qui caufe leur divi- 

: fion. Ce qui me furprerid d'au-- 

: tant plus , mon cher Pichonèt , 

c'eft que fçachantrun& l'autre 

que la PrinceiTe m'a aflez efti- 

. jné pour me fuivre.en Caflil- 

. le , ils paflènt fur cet Evéne- 

inent , & veulent , làns àue 

leur délicatelTe en prenne l'ai- ■ 

larme , facrifîer des milliers 

d'Hommes & peut-être le là- 

crifier Eux-mêmes pour la poC 



i66 Avantttres de Clamants 
féder. Us regardent cette dé- 
marche de la Princeflè , lia 
obferva Pichonet , comme 
l'effet de la violence que Car- 
nuante faifoic à fbn inclina* 
don , & la fource de fon iàï\g 
leur répond de^ fà vertu. En- 
trons cnez ma belle Clarmon- 
de, lui dit Clamadès,^ voyons 
fi elle repofe encore , ou , fi 
étant évefllée, elle penfè à moi 
comme elle y fongeoit durant 
■fon fommeil. 

En fè préfènfant à la porte 
de (à Chambre , une <\ts Fem- 
mes , qui en gardoit Tentrée, 
lui fit figne d'avancer , & lui 
dit que fa Malade paroiiToit 
plus tranquille depuis qu elle 
avoit dormi. Clamadès eut 
9k>ï$ occafion de s'entretenir 



iS" de C^ffftonde. i6y 
quelque tems avec la Prin- 
cefle , fès Surveillantes n ayanç 
_ été averties de £è rendre au- 
près d'elle qu après qu'il eut çu 
le loifir de lui apprendre ce 
qui (è paflbit entre Méniade 
& Léopatris , & ce qui pou- 
voit £è paiîèr à Séville contre 
' fès intérêts. Il nous efl: impor- 
' tant , lui di{bit-il , de nous ren-« 
<dre au plutôt en Caftille j les 
Grands peuvent y profiter de 
jmon abfènce pour accroître 
-leur autorité j la Régence, d'un 
Royaume entre les mains d'u- 
, ne Reine , que fà douleur rend 
- comme infènfible à l'jidminii^ 
. tration des Affaires , donne 
carrière à une ambition , que 
je fuis obligé de contenir dans 
des bornes légitimes , & \t 



S.6S jivantures de Clamâmes i 
Jufticè conftituant refîènce de I 
la Royauté , il eft de mon de- 1 
voir d'aller écarter la Faveur 
de lès Tribunaux , & je répon- 
drois mal aux defïèins de la 
Providence , fi, en montantau j 
Trône où elle m'appelle , je 1 
ne faifois de cette Vertu la j 
régie de mes a<?tions , & ne 
Tenvifagcois comme la bafe 
fur laquelle je dois appuyer 
mon Gouvernement. Outre 
ces motifs prefïàns, continuoit- 
îl , il y eh a d'autres, belle Clar- 
monde , qui ne mépre/îentpas 
moins de. vous enlever de ce 
Palais , comme je vous enle- 
vai du Château de Vocre Père. 
Léopatris peut contraindre 
Méniade à vous remettre entre 
{es mains 5 Méniade peut for- 



\(^ Je Clar monde. l6^ 
ccr Léopatris à fe retirer de 
fa Frontière 3 Tun de ces deux 
Evénemens détermine égale- 
ment rnon malheur , & je ne 
pourrois l'attribuer qu à moii 
imprudence > fi je babnçois à 
malîurer de vous avant que 
la Vic^loire fe déclare pour 
Tun ou pour Tautre de mes 
Goncurrens. Rien ne peut me 
flatter plus agréablement, Sei- 
gneur , lui répondoit la Prin- 
celle de Tofcane , que Telpé- 
rance d unir ma deftinée à la 
vôtre r le pénible Perfonnage 
que j'fai fait jufqu a préfenc^ 
pour ne pas vous manquer de 
foi , vous découvre aflez le 
fepd de. monJXOQ pour que 
\^04îs fojî^e?; afcç que je vous 
fiiYjfai-av۔C: -jpfe qaanki notre 

Z iij 



orjo Avantures de Clamadh 
évafion pourra s'entreprendre 
fans vous expofèr à aucun 
danger. Mais , continuoit-elle, 
ne pouvant faire ufàge de notre 
Dragon , étant obfédéepar des 
Femmes qui ne me quittent 
point , quels puiflàns Ennemis 
n auriez-vous pas à redouter, 
fi l'un ou l'autre de vos Ri- 
vaux nous (urprenoit dans no* 
tre fuite ?Sans armes, ajoûtoit* 
elle , de quel fecours vous fe- 
roit votre courage contre un 
Prince, qui , jaloux de l'em* 
pire que vous avez iùr mon 
cœur>vt)usièroit attaqueravec 
.tant davantage, que toute vo- 
tre valeur ne vous iàuveroit 
jSas de Aïille Alfàillans qui vous 
inviefti'roient èo-ut - à - la foi*-, 
& que dèvîéndirois-jë ',• telas ! 



O" de Clar monde. HJX 
tti voyant ce qui m'eft plus 
. précieux que ma propre vi« 
: tomber fous les coups du Bar- 
; bare qui l'immoleroit à ion. 
■ refïèntiment ? J'avoue , lui ré-» 
: partoit Clamadès , qu'environ- 
né de plufieurs Aflàillans , j^. 
fùccomberois fous le nombre, 
le Courage devenant inutile oii 
les Forces le trouvent inégalesf 
mais la véritable valeur n étanc 
pomt téméraire , mon dellèin , 
en vous enlevant de ces Lieux, 
. n eft pas de courir le rifque de 
vous perdre en me perdanç 
moi-même , & quelques lur- 
veillantes que Ibient les Fem- 
mes que Méniade à miles au- 
près de vous , je compte en. 
éloigner tellement celles, dont» 
l'exaélitude à fuivre Tes ordre» 

Z iiij 



ay^ J^vantures àe ClamaSs 
me deviendroir Incommo-' 
de , que le refte , au lieu de 
s'oppofèr à mon projet , en 
preflera réxécution, en croïant 
remplir fon devoir. Ces me- 
mes Femmes entrant alors 
dans la Chambre de Clarmon- 
de , Clamadès n'acheva pas de 
lui apprendre les'moyens âiont 
il prétendoit fe fervir pour les 
écarter d'auprès de fa perfon- 
ne 5 il fe contenta de lui re- 
commander de fuivre ce qu'il 
lui avoît marqué dans fbn 
Billet* Elle continua donc, 
en voyant cts Femmes s'em- 
prefTer à s'informer de Té- 
tât de fa fanté , à paroître 
dans le même dérèglement 
d'elprit qu'auparavant , avec 

cette différence néanmoins ^ 



<St dé Cïarmonde. , 273' 
qu'elle fe montroit plus ac^ 
çeffible quelle naffècfloit de 
Têtre avant que d avoir pris 
de TElixir de Soleil. Toutes 
félicitèrent le prétendu Méde- 
cin fur un charfgement fi peu 
elpéré 5 elles en étoient fi fur- 
priies , que dans le premier 
épanchement dé leur joie, les 
unes amenoient les autres au 
point àt (q perfuader que le 
Remède feroic fon entier effet 
en moins de quatre jours , Sc 
elles en propofoient la gageu- 
je dans le Palais à ceux des 
Officiers du Roi qui n avoienr 
pas la même crédulité quel- 
les , quoiqu'ils euflènt lé même' 
défir de voir la guérifbn de la^ 
Malade , qu^ils connoifloièrit- 

pour la Princeilè de To£caûô^ 



a 74 -Avantures de Cîamadh 
depuis un moment que Tin- 
vafion de Léopatris avoit obli- 
ge Méniade à déclarer dans 
foa Confeil que le Duc Car- 
nuante la reclamoit pour la 
donner en mariage à ce Prin- 
ce. 

Le Roi de Salerné vint à fbn 
tour marquer à Ion Médecin 
combien il lui étoit obligé de 
fon zèle & delà capacité,& lui 
recommanda, ainfi qu'aux Da- 
ines qui obfèrvoient la Prin- 
ceflè , de ne point lui appren- 
dre que Léopatris la deman-, 
doit au nom du Duc de Tos- 
cane, depeur que cette Nou- 
velle, venant peut-être à eau-» 
fer en elle qvielquè revolutiofi , 
TElixir ne rallentît fon efièt, 
Qu qiie j& propriété ne .pcrdk; 



<r Je Clar monde, 2J^ 
même quelque chofè de ia 
vertu. Mon cher Doâeur, 
dit-il enfuite à Clamàdès , c'efl 
avec jufte raifon que je chéris 
tendrement mes Sujets. Si vous 
aviez été préfènt lorfque j'ai 
communiqué à mon Confèil 
la Lettre du Duc Carnuante, 
vous auriez été charmé de 
voir à quel point ont paru 
(àtisfàits ceux que jY avoij 
feit appeller. Oiii, Seigneur, 
m*ont-ils dit tous d'une voix^ 
TOUS aimez la Princefîè 3 elle 
a- écouté vos vœux avant fà 
Démence j elle ne les rejettera ' 
pas après fbn Rétabliiîèment y 
vous la couronnerez dans Sa- 
lerne , & nous jurons par le 
fang cj^i coulé dans nos vei- 
lles que Léopâdris ne troublera : 



:l^6 j4vantures de Clamadh 
point la Cérémonie de fon- 
Couronnement. Ce ferment, 
Seigneur , lui répondit Clama- 
àhs , ne favorife pas les pré- 
tentions du fils du Roi Bar- 
caba. Non , lui repartit Mé- 
niade , & fur les refolutions 
que nous avons prifes , chacun 
va fè rendre à la tête des Trou- 
pes qu'il doit commander. 
Deux de mes Capitaines (eu- 
lement , que leur grand âge 
difpenfe de monter à Cheval, 
reftent ici pour garder la Vim^ 
celîè : Puifque nous ùe ppu^ 
vons plus vous fèrvir avec nos 
épées , Seigneur;, m'ont-ils dit, 
du moins vous ferons -nous 
utiles d'une autrç manière > la- 
Rufè eft d'ufàgç daps 1^. Ouer- 
re>:& noufiierptw eq fo^tç que 



irâe Clar monde. ; 277 
yotre Ennemi n'en uiè pas 
pour tirer dé vos mains l'Ob- 
jet qui lui tient fi fort à cœur. 
Pour cett« effet , ajouta Ménia- 
- dè,ils vont éta^ir desÇprps-tJe 
Garde au tour de l'Apparte- 
ment qu'habiçe la divinç Clar- 
monde 5 ils ne iè repplèront 
: que fur euxrmêmes^d^ la fi- 
reté de la peribnne, & vous 
continurez à la médicamenter 
-fans craindre que Léppatris 
: vienne, vous interrpmpfe^ I^qs 
'me{ufes^,fi fagement prifès 
jpoiir le Roi de Salerne , ro'm- 
poient celles du Prince de 
Caftille 5 il n'en, ^coutpif le 
. récit qu'avec déplaifir, Cepen- 
dant le diffimulant à Méniade : 
Seigneur, lui dit-il , l'EtabliP- 
fèment de ces Çorps-de-Qar- 



"ens armez I..; ^"^ <'« 

•«mettre en Jr.^ *^°"%DeDt 
«Wgue^o^BS™ "^ 

r^ <*- 2^ï^i * '■^■ 

fi «contraire au poWfi'^'' ^ 
* Vous record ' r'Snenr, 



ilt de Cîarmonde. 270 

- une moindre quantité fùffiroit 
pour fon (èrvice. N'y en iaif- 

Jkz que ce que vous jugerez 
à propos , lui dit Méniade,& 
j'ordonnerai de placer les 
Gorps-derGarde dans des en* 
<irQics où elle ne pourra les 
appercevoir. Occupé d'Affai- 
res importantes , ajouta -t'il , 

- aufquelles je dois donner mes 
loins au dehors , je ne puis 
voir par degrés le progrès de 
vos opérations j je m'en repo- 
serai fur votre fçavoir pendant 
mon^bfence , & j'elpére cou- 
ronner bientôt ma Princeflè 

: fur un Champ de Bataille à 
la vûë de mon Rival , s'il eft 
aiTez brave pour affifter à ce 
Speélacle. 

Quelque flateufes que fui^ 



ji8o Atkmtttres di Clamâmes 
fent les elpérances que le Prio' 
ce de Caftille donna dans ce 
moment au Koi de Saleme» 
il n avoit pas intention de coû- 

. cribuer au Couronnement, de 
la Princeflè de Tolcane dans 
le fens que ce Monarque l'en- 
tendoit. Cependant le zèle de 
ces vieux Capitaines , qui s'é* 
toient chargez de garder Clar- 
mondç , lui donnoit de Tiil* 

• quiétude , & Ion embarras de- 
venoit plus grand chaque fois 

;que Pichonet lui rendoit 
compte des Poftes qu ils fai- 

; fbient occuper par leurs Sol- 
dats. Ces précautions , lui âx- 

. {bit Clamadès , dérangent le 
plan de notre évafionj j'aurai de 
la peine à lurmonter cet oblla- 
cle imprévu y néanmoins il ne 

- faut 



,:(T diClarmonde. aSi 
Ëiut pas perdre courage y les 
Sentinelles , pe font pas tou- 
îqmi. fi ,Yigilai^cs qu'on, ne 
puiilè les: .furpreiîdre. Puifque 
nous en ayons la liberté^ con- 
tinua- t'il,, conunençons par 
remercier de leurs foins celles 
des Danses, doiit la jeuneiîè 
trop aéVivef nous eft fulpedte, 
& ne fouHfrons • auprès de la; 

- Çrincefle; que. ces Douègnes 
i(ar;aLnnéeS;9.(^ue i3.ousf' endors 
nfifOfS^^and il en fera tem& 

. Après qi^oi, âjouta-t'il , nous 
eflàyerqjûs. à fa^fe comprendre - 
arM^i?îlSÎ f^ei^cette Sol4a-; 
ti^^u^iûîecçfit jplus utiîe aux' 
pbrçes 4? Çalerne qu'aux, en^ 
virons 4e tfon Palais. Comme 
il sjejitçetenoit de la forte avec. " 
Pichonèt a une rumeur s'<éleva 

Aa 



^^4 ^'^^f^tures de Clamadès 
laiflbit à peine appercevoii 
l'Etoile du. Jour , qu'on appril 
que. Ifi Roi de Salerne , avec h 
Cavalerie que ièsGénéraux lui 
avoient amenée àrembouchu- 
xe d un Défilé que dévoie paf 
ïèr TArmée ennemie , y avoii 
attendu Léopatris>& lui avoit 
«défait à la faveur des ténèbres 
une partie de fon Avant-Gar- 
de, le refte n'ayant ofë avan- 
cer dans la Plaine, étant har' 
celé par . quelques pelotons 
d'InËinterie , qui l'aceabloieBl 
de traits & de pierres de def 
' lus des hauteurs où on les 
avoir embufquez au commen- 
cement de la nuit.LaNouvdk 
de ce premier avantage raflii- 
ra le Peuple de Salerne , & . 
comme Tavoit prévu Picba 



<îf ie Clarmmie. £9f 
et , le BourgecMs rentra dans 
1 maifbn Se te Soldat dans 
3 Pofte qu il occupoit avant> 
jilerte qu'on avoît donnée- 
î fbir précédent > ce qui fic 
éprendre à ' Clamadès Tefpé- 
ance de réuflîr dans ce qu'il 
voit projecté:^- 

Le Roi Méniade , inquiet 
le la (ànté de Clarmonde, Sc 
oulant voir par lui-même ce 
u'opéroit de nouveaiti'f Elîxir 
e ion Médecin., donna Ssàt' 
»rdres aux Généraux de fbn 
Vrmée , que grôiliilbient à 
out moment tes Troupes qui 
y rendoient de différeios 
Quartiers , Se rentra dans Sa> 
erne aux acclamations du Peu. ' 
de , qui le fuivit jufqu'à ion 

^«^aiS|» en rendant grâces au 



i^S6 AvaMures de damaJès 
Ciel de l'avoir garanti du pé* 
ril. U n eut pas plàtôt mis pied 
^teçre ^ qu auiieii de prendre 
\q rafraichiflèmeiK; donc il a^ 
Voit befoin, il paâà dans l'Ap/ 
pàrtement de la Princeâe de 
Tplcane,:0]9 trouvant Clama-; 
dès , qui ne s'en çloignoit guet; 
re$: : Hé Ken j <?her P^xSleur, 
M dit-il , faites- vous toûjcuFf 
des merveilles > & me ^reo' 
dre^-vous tiçntot ma Clar* 
monde dans l'état, que je h 
fpuhaite ? Je la trouve mieux 
préfentemeait , Seigneur, lui 
répondit Clàmadès , qu'elle 
Aétoit vers le point du Jour? 
un concours de Gens de guer- 
re lui a fait pafler une mau- 
vaife nuit , & je ne nie flat- 
tçrois point de la guérir > ù elle 



Itoît fbuvenc expofée à de 
pareilles inquiétudes» Ce qui 
txi'a néanmoins paru d'un heu-!> 
reux' préfâge , continus- t'il » 
c'eft la diftinétion qu elle a 
[emblé faire par (on étonne^ 
ment d'une rumeuri tumul* 
lueufè à uii bruit ordinaire y 
& j'infère- de-Ià qae fà guéri- 
£>n fèroit non-fèiâement ailù« 
xée, mais prochaine, s'il étoic 
poffible de lui procurer un 
repô^ qui ne fèt aucunement 
iroublé. II faut tâcher de lui 
procurer ce repos , lui répar- 
tit Méniade, & je ne crois pas 
qùè Léopatris revienne en 
troubler la tranquilité. Pen- 
dant cet entretien, la Princefle 
de Tofcane , qui feignoit de 
oV pas faire attention , avolt 



"ifSS j4vànturer de Ctamadh 
la tête panchée fur fbn Dra< 
gon , Se fèmbloit réfléchir fui 
quelque ! chofe d'intéreiTaDC 
Peut'Onvifàns ipaiyilité, Ma* 
dame 4 lui dît Méiiiade ^ voiù 
demander lé iujet de vas ter 
flexions ? : Il m'a tpXPmis de 
m'aimet cou jours, ho répcjoéc 
Clamïonde. en. 'le! ; regàrdânC 
fixement y âc s^il me tient & 
prome/Iê, je ferai: une grande 
Reine. J aurai de 'riçlies Equi- 
pages,. contmiidit-'QUe- en dé- 
tournant enfuite l'el yôùx & 
comme parlant en {bi-même> 
je me promènerai dans de 
magnifiques Jardins > mes Ha- 
l>its & 'mes Atours feront fu- 
perbes j & brillante comme 
un Aftre dans mon Trône , a- 
joutoit-elle en adreflànt la pa- 
role 



KT de (^îarmonde. 2 Sçf 
rôle à fon Dragon , tu m y 
feras (ans ceflè des carefîes, & 
tu feras de mes Favoris celui 
que je chérirai le plus , & à qui 
je donnerai davantage de Bon-^ 
bons , fi tu m eft fideile com- 
me tu me Tas promis. Si elle ne 
me reconnoît pas encore , die 
Méniade à Clamadès , tranf^ 
forte d'une joie qu'on ne içau- 
roit bien exprimer , du moins 
elle commence à iè relîouve- 
iîir que je lui ai promis mon 
cœur & ma Couronne. Ah ! 
mon cher Doéleur , continua- 
t'il , en embraflànt Clamadès , 
(ans craindre de dégrader la 
Dignité Royale. Que je vais 
vous être redevable ! & que 
TAmour, de concert avec la 
Gloire, vont enfemble enflam-r 

Bb 



apo Avanturts de Clama&s 
mer mon courage pour chalTes 
de mes Etats un Riv-al que je 
iens me devenir plus <odieui 
à mefure que vous rauLmez en 
moi refpérance de pofl^der ce 
•que j'adore ! Que je m*ea re- 
tourne iàtisfkit à mon Armée ! 
L'allégreiTe y brillera dans mes 
yeux , pourfuivit-il > elle y an- 
noncera la Supériorité de votre 
Sçavoir & la délice de I'Eb- 
nemi qui s'oppofe à mon boiv 
heur. Je voiw confie ma Prin- 
cefîè, ajoûta-t*il en le quittant) 
éloignez d'auprès d'elle les 
Objets qui pourroient vous 
être nuifibles , & me dépêchez 
autarit de Courriers que vous 
obierverez de dégrés d'avan- 
cement dans ià cO:îvale{cence. 
Brûlaiit du déCr de joiiii 



* if 4e Cîarmonde. apt 
de la confùiion de Léopatris., 
qu'il avoit contraint de repaP 
ièr le Défilé , dont nous avons 
parlé , le Roi de Salerne re- 
j[nonta à Cheval , & reprit le 
chemin de ion Camp. Il n'en 
étoit pas éloigné lorfqu'il ap« 
prit que le Fils du Roi Barca- 
<ba , ayant au point du jour dé" 
Jogé de leurs Poftes les pelo- 
tons d'Infanterie qui l'avoienc 
harcelé durant l'oblcurité , dé- 
cendoit les Hauteurs en bonne 
contenance , Se que la jeun^ 
Noblefle de (à fuite elcarmou- 
choit déjà dans la Plaine avec 
ceux de fes Officiers qui 
croy oient devoir réprimer £bà 
audace. Continuant fà route, 
il apperçut de deflus une émi- 
nence que les deux Armées 

Bbii 



2pa Avantitref Je Clamadès 
en venoient aux mains , & 
comme il obfervoit de cet 
endroit l'ordre de la Bataille , 
il vit que l'Aile - gauche de 
l'Ennemi commençoit à é- 
branler (a Droite. 11 y court 
en diligence 5 l'appuie d'un 
Détachement du Corps -de- 
Réferve $ vole enfuite à fa 
Gauche , qui avoit de ravâu* 
tage fur la Droite Ennemie, 
& revient auffi-tôt Ibutenir 
{on Centre , que Léopatris eii- 
fonçoit avec l'élite de fa. Ca- 
valerie. Ces deux Rivaux fe 
reconnoiflent à léclat de leurs 
Armures j les yeux éteince- 
ïans de colère , ils cherchent 
à fè joindre dans la mêlée. 
Emportez par la jalouCe qui les 
déchire , ils fè font jour au tra- 



t^ de Clar inonde, ip 5 
vers des Gardes qui les envi- 
ronnent , s'atteignent , fe preP 
£ent,, le portent des coups ter- 
ribles. Chaque Parti , voyant 
{on Chef en danger , veut le 
garantir du péril > les Géné- 
raux abandonnent le com- 
mandement pour les fecou^ 
rîr 5 les Subalternes combat-» 
tent pèle - mêle en defbr-- 
dre 5 le (ang inonde la Cam- 
pagne , & le carnage ne celle 
que parce que ces deux fiers 
Ennemis , n étant plus maîtres 
^ d'aflbuvir leur fureur , font 
fbnner la retraite pour retirer 
d'entre les Morts , ceux âiQt 
Mourans qu'on pouvoit en- 
core rappeller à la vie. 

Pendant que les choies (è 
paflbient de la forte entre Mé- 

Bb iij 



V 

2C)6 Avantures Je Clamades 
récompenfer du (ervice que 
tii m'as rendu en me condui* 
lant à la Cour du Roi de Sa- 
leme. Après quoi , chargeant 
les deux Douègnes de Cora- 
mifîîons différentes , il s^n dé- 
baralîà pour le tems dont il 
avoir beioin 3 traîna le Dragon 
lur la Terrafle , qui étoit de 
plein pied à TAppartement de 
Clarmonde , & s'y étant placé 
tout armé avec cette PrlnceC- 
fe , il s'éleva dans l'Air , au 
grand étonnement du Peuple 
de Salerne^qui^e voyant paflèr 
au-delîùs de la Ville , le prit 
pour un Phénomène , Ôc tira 
de (on apparition des conCé* 
quences favorables à fbn Sou- 
verain. Quand il fut à moitié 
chemin de la moyenne Ré- 



Û* Je ClartMnâe, ip7 
glôn > il baiflà Içs yeux vers la 
Terre pour découvrir les Ar- 
mées de Méniade & de Léo* 
patris. Après avoir regardé 
inutilement de tous côtés , il 
apperçut enfin près d'une Co- 
line comme une elpéce de 
Fourmilliére.Cè ne font point- 
là à^s Fourmis , dit-il à la Prin- 
celîe en confidérant attenti- 
vement ce qu'il appercevoit > 
l'élévation où nous (bmmes 
me fait prendre des Hommes 
pour d^s Infeéles , & la di- 
verfîté de couleurs que je dis- 
tingue , me confirme que ce 
font les deux Camps que je 
cherche. Il tourna aulîl-tôt la 
Cheville qui faifoit décendre 
le Dragon , & le dirigeant 
obliquemenc vers l'endroit ou 



a 9^ Jvantnref^eCfamadh 
il lesdécouvroit, H-remarqua, 
rorfqrr'il s'cn-fut approché d*ai- 
fez près , quelles deux Armées 
étorent en préience , & crut 
qa ettes alloienc recofnmencer 
à fe charger. Quoiqxie ion 
JDi^agon fencfît VAvc d'one ex- 
trême viteflc , ïl n'arrivoit 
point encore aflëz tôt à ion 
gré poiir pouvoir empêcher 
ce Choc j mais , dès qu il fut 
à portée de mieux diftinguer 
la difpofition des choies , il 
obferva que ces Troupes en- 
nemies n'étoient Ibus les ar- 
mes que comme Speélatrices 
du Combat fingulier que Mé- 
niade avoit propofé à Léopa- 
trispour épargner le làng de 
ceux qui n*avoient point inté- 
rêt à leur différend , ÔL cp& 



O" de Oarmonde. app 
les deux Guerriers entroienc 
déjà dans le Champ où le 
courage devoit décider de 
leur fortune. Arrêtez , Princes, 
leur cria-t'il , fùfpendez votre 
couroux , de n'attendez poinc 
àQS mains de la Vi<5loire le 
prix de votre valeur. Au fou 
de cette voix , ils éiévérent 
les yeux vers le Ciel ,* & fur* 
pris du prodige qu'ils voioient, 
ils ne fçavoient que penfen 
Que votre furprife, leur dit-il, 
Ceflc arnfi que votre fureur > 
vous ne voulez combattre que 
pour la pofléffion de la Prin-* 
ceflê de Tofcane 5 elle vouj 
difpenfe de ce Combat j offrez 
ailleurs vos Sceptres de vos 
Eippires j contente de la Cou- 
ronne de Camille > Clamadès, 



300 Avantures Je Clama Jès 
our vous accorder enfc 



i 



le y va la lui mettre fur la tête, 
& vous invite à fon Couroit-I 
nement , (i vous voulez prei 
dre part aux plaifirs qui fui- 
vront cette Cérémonie. A 
peine ces deux Princes oiii- 
rent ces dernières paroles 1 
parce qjje le Dragon s'élevoit 
dans r Air au moment que Clar ] 
madès commençoit à les pro- 
férer. Ils en entendirent cepen» 
dant aflèz pour comprendre 
que le Ravifleur de Clarmon* 
de, quils reconnurent alors, 
mais trop tard , pour le Princô' ' 
de Caftille, ajoûtoit la raillerie 
à l'outrage , & tournant tout- ^ 
à- coup leur rage contre lui, 
ils le chargèrent des impréca- 
tiohs les plus CjBiribles , & ne lui 



ir de Ctar monde. 5 o r 
turoient pas lailTé faire paifî- 
dement là route , s'ils avoient 
îu chacun un Dragon pour les 
înlever jufqu'à ce qu ils eut 
[ent pu Tatteindre. Enfin , de- 
enus plus tranquilles, & con- 
loiflant que leur mal étoit fans 
iméde : Nous n'avons plus 
[ien à démêler éniemble , dit 
.éopatris à Méniade 5 nous en 
>mmes pour le iang que nous 
ivons répandu , & pour n'en 
LS verfer inutilement de plus 
irécieux , je crois que nous 
levons congédier nos Armées, 
f& faire enfbrte d'oublier une 
Ingrate , qui ne mérite pas le 
fbuvenir de deux Amans aufîî 
tendres que nous. Cell mon 
ientiment , lui répondit Mé- 
niade, & je m eftime heureux 



aoa /vantur^fdeClamaàh 
de n'avoir pu placer fur au» 
Trône une PrioceOîb dont le 
cœur n'aurok point été à mol 
La paix ainfi rétablie entre ces 
deux Rivaux y Léopatris fortit 
des Etats de Méniade » & ce 
Monarque revint à Salerne, 
où il fut longHcems fans fè coo- 
fbler d'avoir éti la dupe de 
(on prétendu Médecin , jurant 
fblemnellement dé ne plus 
contramdre les Voyageurs é- 
trangers , qui entreroient dans 
Xbn Royaume y de venir à fa 
Cour lui apprendre ce qui fè 
pailôit dans des Y&is oh. Ql do* 
mination étoic inconnue. 

Pendant que ces Kivaux iè 
réconcilioient , ne pouvant 
^ire mieux , Clamadès par^ 
couroit &:aïement les vaAes eP 



ttM Ciarmomie» 303 
paces de l'Air avec la précau- 
tion de ne point htïguQï fk 
4^;iéxe Clarmondc,^ il décen-* 
-«dok de tems entems, pouiia 
Jaire re^oièr, dans les endioits 
.les plus ioUcaires -qu'il pouvoic 
découvrir , où ûs fè jeâraichiP 
foienc au bord de quel^pe 
^uiifièau , &; & raconcoient 
-leurs Avancures Se les peines 
• qu'ils avoient iouiïertes depuis 
-que Cropardo les avoit f épa- 
tez Tun de l'autre, il le trouva 
biecKÔt proche du Bofquec 
d'où >ce BoâJu la luiavok en- 
levée y mais il n'y encra pas de 
peur de quelque dilgrace nou- 
velle , & voulut mettre pied à 
terre dans l'enceinte même de 
Séville. Un Sentinelle , qui 
étoit au haut d'une Tour pous 




304 Avanttires Je Clamaites 
obferver ce qui 'monroit ou 
décendoic le long du Canal 
du Guadalquivir , reconnut 
dans l'Air le Dragon venant 
vers la Ville en s'abaiflànt in- 
fenfiblement. Ceft fans doute 
le Prince Clamadès qui re- 
vient , dit-il en foi-même , & 
contre les Régies de la Difci- 
pline Militaire , il fort de fa 
Guérite & court apprendre à 
la Reine Do(5live l'arrivée du 
nouveau Roi. CetteMére af- 
fligée fut fi faifie de joie au 
récit de ce Soldat , qu elle de- 
meura (ans mouvement durant 
quelque tems. Quand elle eut 
repris fes lens : Quoi , difoit- 
elle , je vais revoir mon Fils ! ce 
cher Fils, dont la perte préten- 
due m'a coûté tant de larmes ! 

Je 



& de Clarmonde. 305 
Je vais le revoir ce Fils, bien 
aimé , qui peut feul me confo-. 
1er de la mort de mon Epoux ! 
Helas ! ajoûta-t'elle , en pouf^ 
(ànt un profond fbupir , enco- 
re s'il ramenoit fa Princeiîe > 
il ne retourneroit point cher- 
cher fon Ravifleur Se f aurois 
la fatisfa(5lion de le voir tran- 
quille dans là Cour ! Elle n eut 
pas le loifir de s'abandonner à 
îbn inquiétude 5 Clamadès dé- 
cendit auffirôt avec Clarmon- 
de dans le Jardin de fon Palais, 
& comme il fe piÉJ)aroit à y 
conduire cette Princefïe , la 
Reine , qui Tavoit apperçu 
mettre pied à terre , vint au- 
devant de lui d'un pas chauj 
celant , fe (butenant à peine 
fur les bras de deux Ecuyers, 

Ce 



3 0^ Avantures Je^ Clama/es 
tant fon {àififlement Tavoit af- 
foiblie. Je vous revois , mon 
Fils , lui dit - elle en l'embraf- 
fànt. . . . Elle n'eut pas la force 
de parler davantage 5 fà voix 
s'éteignit dans ce doux trant 
port , qui la rendit immobilci 
& , pendant un allez lone et 
pace de tems , les larmes , dont 
elle baignoit le front de ce 
Prince , exprimèrent mieu3t 
que des paroles les tendres 
mouvemens de fon ame. En- 
fin, reven\jë à elle-même : Par- 
don , MadSne , reprît-elle , en 
s adrefîànt à Clarmonde, qu u- 
ne phifionomie haute & ma- 
jellueufè lui annonçoit pour la 
Princeflè de Tofoane , la Na- 
ture , plus forte que le Devoir, 
m'a tait commettre une incivi- 



€T de Clamôndeé 307 
lité 5 perdez -en le fdiivenir 
dans mes cmbraflèniens. Per- 
dez plutôt dans leis siiens , Ma- 
dame , lui dit Clarmonde en- 
core entre fes bras , la mé- 
moiife des peines que je vous 
ar caufëes pour avoir moins 
écouté mon- devoir que mon 
inclination. J'en rends grâces 
à l'Etoile dé mon Fils, Mada- 
me , lui répondit DG<5live , & 
pour l'aider à fupporter le 
poids de fâ Couronne , il n© 
pou voit choifir une Princefîê 
qui en fût plus digne que vous*. 
'Trou vez-voiîs , Madame , de- 
manda Clamadèsà la Reine, 
que ma divine Clarmonde 
porte dans fes yeux l'cxcufo 
de ma condufte envers- le Du» 
Carnuante ? Nous l'appaîf©^ 

Çcii 



aoS AvantUres de Clanui&s 
rons , mon Fils , lui répondit 
Docflive 5 votre alliance ne le 
deshonnore point. Quand 
vous aurez couronné la Prin- 
ceflè , il ne lui fçaura pas mau- 
vais gré de lui avoir denné 
pour Gendre un Roi qui peut 
le faire refpedler de fès Eîine- 
mis. Comme Clamadès don- 
xioit la main droite à Do(5tive 
& la gauche à Clarmonde 
pour les conduire au Palais, 
les Princellès , (es Sœurs , en 
Jlbitoient avec empreflèment 
pour venir lui témoigner leur 
latisfaélion de Ion. retour. A- 
près dts épanchemens réci- 
proques de tendreflè, elles fé- 
licitèrent la Princeflè cte Tof- 
cane fur'fon arrivée dans une 
Cour où elle étoit ardemment 



ir de Clarmonie. 309 
défîrée & la prièrent de leur 
accorder une part dans (on 
amitié. Des complimens ref> 
pe6li& (è fàifoient en marchant 
vers le Palais , & quand on 
fut entré dans l'Appartement 
de la Reine , les Dames & les 
Seigneurs vinrent fàluer leur 
nouveau Roi 3 les uns Sç, les 
antres, fi'appez de la beauté de 
Clarmonde , oublioient pref» 
que le ipotif qui les amenoic 
dans cet Appartement > & 
Clamadès pienoit plus de plai* 
fir à les voir confondre leurs 
regards fîir fa PrinceOe , qu il 
ne fè i^ntoit flatté de les voir 
bientôt à (es pieds le recon- 
Doître pour leur Souverain. 

Après que Clamadès eut 
re^u tous les hommages de (à 



3 10 Avantures de Clamade 
Cour , fon premier foin 
d'envoyer au Duc de To 
ne des Ambaflâdeurs pour 
former de fon retour en 
ftille a'vec la PrincejSe C 
monde , quoique perfi 
qu'il en avoit été mfêruic 
le Prince Léopatris. Don 
vare Mendez , Cîicf de c 
Ambaflâde j était chargé 
Itri- demander fon conlè 
rtiènt pour le mariage d 
Princeffe^ BicyScftCsi 
ante le-donnoît de bonne \ 
ce, il àroit ordre de Finv 
à hohnorer de fe préïenci 
célébration qui s'en feroit c 
le tetïis qu rllui plairoit d'il 
quer. Ges Ambaflâdeurs s' 
barquérent aufît-tôt fur 
VaiÔèaux Napolitains , p 



- iS" de Clarmonde^ ^tt 
nettre à la voile pourTIta- 
, 8c comme fi les Vents euf- 
it été d*ii1telligence avec 
Imour pouf avancer le bon- 
ur de Clamadès , ils fouffé- ■ 
it fi favorablement durant 

traverfée d«- h Méditer- 
lée , que ces Vaifïèux moiiil- 
ent le dnquféme jour dans 
Kade de Livourne. Le Duc 

Tofcane étoit alors danjf 
cte Vilfô^i revenant d ac- 
mpagner jufqtfà fes Gafé- 
> le Prince Léopacrîs, qiû 
n retoprnoit auprès du Rof 
ircaba fon père , oublier 
ns les bras de quelque nou- 
1 Objet la PrincelFe qui Ta- 
►it fi cruelleiftent outragé, 
îs Ambaflâdeurs de Clama- 
s ayant appris en débarquant 



312 Âvantures de Clama&t 
que le Duc Carnuante étok 
dans Livourne , ils lui firent 
demander audience au nom 
du Roi leur Maître. Jamais fui- 
prife ne fut plus agréable pour 
le Duc deTolcane. Il avoitef- 
feélivement appris par Léo- 
patris que Clamadès avoit re- 
tiré là fille àts mains de Mé- 
niade. Cette nouvelle ne Im 
avoit point déplu,perfùadé que 
ce Prince , éperd^^ment amou- 
reux , étant devenu par la mort 
de Marcadite libre de fuivre 
fon penchant pour Clarmon- 
de , repareroit le tort qu'il lui 
avoit fait par fon enlèvement. 
Flatté de cette eipérance , il 
accorda (ur le champ l'audi- 
ence qu'on lui demandoit. 
Don Alvare n'eut pas plutôt 

expofé 



<f :âe ClàYinondè. 313 
expofé le motif de (à Com- 
mmion ^ que le changement 
lùbit d'un frorit févére en uii 
air plus, ferein témoigna que 
ce Prince écoutoit volontiers 
la propofition du Roi de Ga- 
fiiile, & qu'il rejcevoit fei 
excufes fllr la conduite iiyé* 
guliére que fon amour délefr» 
péré lui avoit fait tenir à foii 
égard. Quand ce Miniftre eut 
achevé de parler : J'accepte , 
iui dit Carnuante, fans le re- 
mettre à un autre jour pour 
îui donner fà réponfe , ce que 
me propofe le Roi votre M^- 
tre , & pour lui marquer que 
fbn alliance m'eft agréable, 
je Vais lui envoyer par un Ex- 
près le Conièntenfient qu'il dé- 
iire. Don Afvàre , trouvant ee 

Dd 



Couronnement dS^^ '^'■ 
*^/'»MnteM^^''*''"idï 

de deux AmL " • ^ "^é 

Sentiment. VEy2^ ^^ '^ ' 

«<" de Caftffle fe"g>«?' 
""="9" 'iJ den,a4,>7'^«''^ 



«adroi 



is* de Clarmonde, 3 1 C 
à Se ville pour l'abfoudre , lui 
diibit-il en badinant dans fà 
Dépêche , des mauvais mq- 
-mensqu il lui avoit fait paflèr. 
Il retint quelques jours à fà 
Cour Don Alvare & fès Col- 
lègues , où il les régala Splen- 
didement , après quoi il les 
renvoya chargez de préfens , 
dont la richellè marquoit le 
cas qu'il faifbit de l'alliance 
d'un Prince tel que le Roi de 
CaûiUe. 

A uffi-tôt que Clamadès eqt 
reçivrExprès de Carnuante., 
il dépêcha aux Rois Mélican- 
dre ôc Bardicante , auxquels 
deux de fès Sœurs étoient pro- 
mifès , & au Roi Méniade , à 
qui il déftinoit la troiliéme, 
des.Couriers pour les inviter 

Ddij 



3 1 5 Avamiires de Clamades 
aufîî à venir à (a Cour dans 
le tems que de voit y arriver 
le Duc de Tofcane. Ces trois 
Princes s'y rendirent en A- 
lîians emprefïèz , avec cette 
différencie cependant que les 
deux Rois Affricains étoient 
affurez d epoufer les Prîncefles 
qu ils aimoient, & que le Roi 
de Salerne étoit perfuadé qu'il 
n'auroit pas le même avantar 
ge. Néanmoins il avoit gagné 
l'ur lui de faire le voyage de 
' Caftille • pour joiiir du trifte 
*plaifir de voir encore une fois 
rObjet qui f avoit fi fort char- 
mé. Où m*entraîne mon foi- 
ble cœur, diioit- il quelque- 
fois en foi-mêmè en failant fa 
route ? Ai- je oublié laiiiper- 
cherie de Clamadès ? Ai - je 



^ de Clarmonde. 317 
oublié l'invitation outrageante 
qu'il me fît à la tace de mon Ar-* 
lîiée en enlevant fa proie dans 
les Airs ? Vais -je me donner 
en {peélacle à fes Courtifàns ? 
Vais-je me fendre la fable des 
Rois qui ie trouveront à fà 
Couri* Après diverfes réfle- 
xions , toutes oppofées les 
unes aux autres , tantôt il re- 
toùrnoit (ùr fes pas^tantôt il re- 
prenoît fpn premier chemin. 
N'importe , difoit-il encore * 
alors , je ne fçaurois payer trop 
chèrement la fàtisfadlion de 
revoir la Cruelle. Le barbare 
Clamadès veut que j'orne fbn 
triomphe 5 preflbns-nqus d en 
rehaufler la gloire par notre 
confufîon-De femblaoles réfle- 
xions ramenèrent infenfible-- 

Ddiij 



318^ Avantures de Clam a de s 
ment à Se ville, où le Roi de 
Caftille le reçut avec de gran- 
des marques de diftindlion. 
Vous avez llijet de vous plain- 
dre de moi ^Seigneur , lui dit- 
il y quand il fut f eul avec lui 
dans l'Appartement qu il lui 
avoit deltiné , & je regarde- 
rois moi-même vos plaintes 
comme légitimes , fi je vous 
avois ravi un Bien qui ne 
m'^ût pas appartenu. J*ai vou- 
lu quelquefois vous en excu- 
fèr , Seigneur , lui répondit 
;Méniade 5 je me fiiis fbuvent 
rappelle votre attachement 
pour l'a Brincefle avant quelle 
arrivât' à Salerne 5 je me fuis 
même repréfenté vos foins 
pour rejoindre fbn Ravilïèur , 
& malgré ces dilpolîtions à 



' ir âè Clarmondè. 3 1 ^ 
erbuver votre procédé fupor-^ 
table, mon^aaiour, fourd aux 
Gonfeili de ma raiibn , n a pu 
eonfentir à- le juftifier. Le 
Tems> plus- piuiTant que TA:^ 
mouT , lui répartit Clamadès , 
vous- fera penfer favorable- 
ment (ur ma coaduite, & alors. 
Seigneur y jugeant fans préoc- 
cupation de la violence de ma 
paflîon par l'excès (Je la vôtre , 
vous ne me condarîinerez pas 
d'avoir employé l'artifice pour 
pafler d'un état déplorable à 
une fituation plus heureulë* • 
Mais, Seigneur, continua-til', 
je n'enufe point «1 -Rival ja- 
loux > jô'ne vous ai point déro- 
be ma Glavmonde pour vous 
priver de la revoir 5 je vous 
conduirai chez elle quand 

Ddiiij 



31.0 Ar)anturesJe Oamades 
vous vous ferez remis de la 
fatigue de votre voyage , & 
vous la trouverez , coinme je 
vous, le promis chez vous , 
aufli laine d'efprit qu'elle Té- 
toit avant que Cropardo la 
tranlportât à votre Cour. J'en 
fuis perfuadé , Seigneur , lui 
répliqua Méniade > mais m'a- 
yant furprisunefois, je ne dois 
point m'en rapporter à vous, 
Se j'en jugerai; préfentement 
par moi-même , fi vous voulez 
bien me le perméttrje. Clama- 
dès le conduifit à l'Apparte- 
ment de Clarmonde. Cette 
Princeflè , qui s'entretenoit 
alors avec la Princeflè Maxi- 
me , la plus jeune ^ la plus 
belle des Sœurs du Roi de 
Caftille /lui iit^un accueil di- 



^ de Chrmondt. 3 il 
gne 4'un Monarque auffi ma-* 
gnaûime & aufïî généreux que 
Ixii. D auffi loin qu il apperçut 
Clarmonde ^ il fentit dans fbn 
cœur la même émotion qu il 
avait fentie lorfqu'il lavoîc 
vue pour la première fois* 
Madame, lui dit- il après l'a- 
voir faluée , votre Médecin 
m aflure qu il vous à rétablie 
de votre démence > la préfé- 
rence que vous lui ayez don- 
née fur moi m'en avoit afîuré 
par avance , & 1 amour pror- 
pre ne m'aveugle point afîezs 
pour que je n enviiage pas vo- 
tre choix comme un effet qui 
a f>our caule le mouvement 
d'un efprit bien réglé. Il ne 
fklloit pas m'oins que fon fça- 
voir y Seigneur ^ lui répondit 



522 Aifantures.^Ctamadh 
Çlarmionde, poiour me remettre 
du.defordre où m^avoit jettée 
potre fëparation» Ce n'cft pas , 
eontinua-t'ellô ,; qu-au milieu 
jiu trouble dDnt..?étx>is agitée 
dans votre Palaiis, je ne cônfer^ 
vafle aflez de jugement pour 
donner à. ma Jfecopnoiifknce 
une étendue proportionnée 
aux grâces que vous me prépa- 
riez 5 mais , ne pouvant aller 

- au-delà de cette reconnoiJlàn- 
ce > je me contentôis de lou- 
haiter que vous fuffiez plus 
heureux à lavcnir dans le 
choix du Sujet que vous hon^ 
noieriez dé votre atïeélion- Si 
j 'avois pénétré 'd ahs> le fond de 

. votre aifié , Madame , lui ré- 
partit Méniade i;au lieu de 
iaiffer-mQa.aaiaur s'accroître 



t!r de Clarmônie. 313 
par l'eipérance , j*aurois faic 
revenir de la Grèce celui qui 
pouvoir vous rendre le repos 
dont vous m'avez privé par 
votre filence. On pourra vous- 
k; rendre ce repos, Seigneur, 
lui répliqua Clamiondei l'A- 
mour mécontent ne fe pique 
pas de confiance > un Objet , 
plus aimable que le premier, 
le tire bientôt de {à mauvaiiè 
humeur. Hé ! où le trouver cet 
. Objet plus aimable. Madame,' 
lui demanda Méniade ? Dans 
cette Cour, lui répopdit Clar- 
monde , & pour pw que vous 
daigniez en faire l'ornemenc 
pendant quelques jours , votre 
premier fbupîr nous apportera 
bientôt la Nouvelle delà ju£- 
teflfe de ma CQojeflure. Péiitr 



324 Avant fires Je Clamaies 
çtre, dit Clamadès^que j aurois 
moins de peine alors à me 
réconcilier avec le Roi de Sa- 

« 

krne > cette compenfàtion lui 
pteroit tout fujet de plamte ' 
contre moi. EUe.eJft difficile 
à faire , Seigneur , lui répondit 
Méniade , Se la plus parfaite 
Beauté de votre Cour ne s of- 
fenierâ point quand je ne Ïq(- 
timerai pas un Dédommage- 
ment équivalent de .ce que 
vous m'avez enlevé. En par- 
lant de la forte , ce Prince jet- 
toit par hazard les yeux /îir la 
Princefle Maxime , qu'il ne 
çonnoilîbit pas encore pour la 
Sœur du Roi . de Caftille > 
mais il étoit trop plein de fa 
paffion pour s'appercevoir 
qu elle n étoit pas moins belle 



ist de Clarmonde. 3 2 y 
que la Princeflè de Tofcane. 
Le Roi Clamadès avoic eu 
ùs rai&ns pour ne pas.apr 
prendre au Kx>i Méniade que 
la Princeflè Maxime lui appar- 
tenoic j il vôuloit.voir., li dans 
le' reproché que ce Monarque 
lui ' feroit d'une, pareille à^^ 
niulation , il n entreroit; point 
quelque chofe qui découvrir 
roit en ion cœur une diipoft- 
tion à le laifler touçljer pa,r leç 
charmes de cette Princeflè. Jl 
avoic deflèin de la lui donner 
en mariage pour le coQlbIjei: 
de la perte de Glty:nionde,ék 
cétoic dans cette vue qu'illV 
voit invité à fe rendre à là 
Cour. En iè promenant lelen^ 
demain avec lui dans ion Parc; 
Seigneur , lui dit-il pour l'er^ 



328 A'Vantures de Clamadh 
que je penfè au fujet de la Prin- 
céireMaxime,ajoûta-tU,jevous 
avouerai franchement qu'après 
la Princeflè Clarmonde, je n'ai 
rien vu de plus beau ni de plus 
touchant , & fi vous me parlez 
ici plus fincéreinenc que vous 
nie faifiesià Saleme, je conviea< 
drai qu en m'accordant cette 
princeflè , je m'accoutumerai 
à écarter ces idées > toujours re- 
naiflàntes , qui m'empêchent 
d'oublier mon prénciier amour. 
Je vous l'accorde. Seigneur, 
iui répartit Clamadès, & c ell 
pour vous donner cette ^e^éce 
de Dédommagement >qùe je 
vous ai invité au Couronne- 
ment de la Princeflè deTof- 
carie. Pendant que le Koi Me- 
niade le remercioit de . là gé- 

nérofité , 



Cr de Clarmoncle. 3 29 
lîérofité , Pichonet , qui venoit ' 
d'arriver à Séville , entra dans 
le Parc pour rendre compte 
au Roi Clamadès de la Corn- 
miffion dont il Tavoit chargé 
à Salerne 5 mais appercevant le 
Roi Méniade avec lui , il fît 
quelques pas en arriére 5 & fè 
figurant que ce Prince étoin 
venu en Çaflille demander 
raifbn de renléyement de Clar^ 
monde, y ayant part lui-même, 
il fe rétif oit à bas bruit , lorf^ 
que Clamadès , obfervant fbn 
embarras ,.lui- fît figne de ne 
rien appréhender, de de venir 
cmbrafîer les genoux d'un Roi ^ 
qui ne .lui vouloit point de 
mal. Voilà donc le T'Lmoin 
de vjDS merveilles opérées dans 
l'Arabie , dit Méniade à Cla- 

Ee 



,33^ Avantures de Clamaâh 
madès en empêchant Picho- 
net de fe profterner à fes 
pieds ? Sans fès confeils, 
Seigneur , lui répondit Cla- 
madès , je fèrois encore errant 
dans le Monde 5 ma Clarmon- 
de feroit encore dans l'acca- 
blement , & la Princefîè Ma- 
xime ne fèroit pas fur le point 
de devenir Reine de Salerne. 
C'eft aufli par cette confidéra* 
tion , répartit Méniade , que je 
n'ai' point de rancune contre 
lui , & que je lui pardonne fon 
menfonge. Ma conduite étoit 
innocente , Seigneur , lui dit 
Pichonet,qui conçut bien qu'il 
n'y avoit point dé reflèntiment 
à craindre , & je croyois vous 
rendre fervice en aidant mon 
Maître à vous débarraflèr d'une 



isr Je Clafinôndey 3 3 T 
PrinGefle> qui leroit demeurée 
toute fe^ vio infenlée / s'il ne 
Tavoit ramenée en Caftille re- 
trouver Telprit qu elle y avoit 
' perdu. Seigneur , continua- 1' il> 
ien adreflant ià parole an Roi 
dlamadès , Diirbans^ aufîî fiir- 
pris que charmé de ce que je 
lui ai appris, vient vous mar- 
quer fa joie (ur votre avéne<- 
ment à la Couronne, & vous 
amène , comme vous Tayez 
louhaité , Floréte , Gayéte & 
Liad'3S>quiont'pâru très-joyeu- 
(es en apprenant' que ce fut 
vous qui lés délivrâtes avec. 
lui du fupplice que Carnu- 
an te avoit ordonné pour les 
punir d'une fautecqu'elles n'ont 
commife , nous ont -elles 
dit, que par condécendance^ 

Ee \\ 



3 3 2 Avanturei de Clamadh 
pour fà fille & pour vous. Con« 
tcnt de cette Nouvelle , le^oi 
de Caftille amufà durant le 
refte de la promenade le Roi 
de Salerne du récit de TAvan- 
ture qui lui étoit arrivée dans 
le Château de Burbans , & lui 
raconta comment il s'étoit aP 

■ ■ 

fccié avec ce Cavalier pour 
fbutenir Tinnocence d&s trois 
Filles , qu il lui avoit deman- 
dées, pour ne pas laifler (ans 
recompenfe le fervice qu elles 
lui àvoient rendu en le favo- 

. rifant dans rerilévement de la 

. Princeflè de Tofcane, 

Pendant que Clamadèss^oc- 
cupoit à procurer du plaifir à 
fes nouveaux Hôtes ^ DcxSlive 
prenoit le Cen à ordonner les 

' préparatifs de foa mariage > 



<r àe ClarmonJe. 335 
dont elle vouloir que la pom- 
pe répondît à fa Dignité , êc 
les Princeflès , (es Sœurs , va- 
rioient chaque jour les Diver- 
tiflèmens de la Princelle de 
Tofcane. On n'a voit point en-f 
core vu la Cour de Séville fi 
enjouée ni fi brillante- Le Duc 
Carnuante en rehaufla la (plen. 
dcur par la magnificence aVec 
laquelle il y parut. En le rece- 
vant à quelques lieues de la 
Ville , Clamadès , après les 
premiers Complimens , vou- 
lant le prier de lui pardonner 
ce que fbn amour pour la Prin- 
cefle (a fille lui avoit fait en- 
treprendre : Je ne viens point 
en Caftille, lui dit Carnuante, 
pour me (buvenir de ce qui 
s eft pafiTé en Tofcane > f en 



334 A'oanturts de Clamants 
perdis la mémoire le jour mê- 
meque jereçus Vos Ambaflfa- 
deurs,& je n'apporte ici que de 
la gayeté: pour vous marquer 
combien jemé trouiçe honno^ 
ré de l'alliance que je. vais faire 
avec vous. Les Grands du 
Royaume environnoient ces 
deux Princes y toutes la .NiD^ 
bluffe à Cheval l!àccompa- 
gnbit ' dans le chemin ^ qui é- 
toit bordé: de Ghaifs? remplis 
éQs Beautés lèspluj piquantes 
de la Gour, iSslaBôurgeoilie 
fous les anneS'le: reçut à là 

le con- 
du Pa- 
lais, où la ileine l'attendoit 
avec la bdlerClarmonde , les 
Prince/les feis£lles> & les Rois 
^ui dévoient en devenir les 




O* de Oarmonde. 33^^ 
Epoux. On n'avoit point en- 
core vu de réception plus ma- 
jeftueufe ni plus auguHeiFa^ 
légreiîe brilloit dans tous les 
yeux 5 les cœurs fe fentoient 
foulagez de* peines d'une lon- 
gue attente 3 jufqu au'Duc Car- 
nuante , qui , en confidérant la 
fraîcheur Se l'embonpoint dé 
la Reine , Vavila d'être fâché 
de n'avoir pas fait une autre 
diligence pour joiiir plutôt du 
plaifir de la voir. Clatttttdès 
s'apperçut de ce mouvenient 
intérieur* Quand il fè trouva 
feul avec lui : Vous me par- 
liez tantôt avec diffimulatioo. 
Seigneur , lui dit-il 5 vdus rïie 
difiez que vous ne veniez point 
en Caftille pour vous louve- 
nir de ce qui s'étoit pafli 



338 Avantures de ClamaJtts 
rÀmour. Cette promeiTe du 
Roi de Caftille fit reprendre 
au Duc de Tofcane cette fé- 
rénité que le nouveau trou-. 
ble de (on ame avoit comme 
enveloppée dans un nuage , 
& il parut le refte de la fôirée 
audi gai que les autres Frin- 
:ces du Cercle qui avoient por- 
té la Couronne trente années 
moins que lui. 

Pour fèryir le Duc de To(- 
cane {ans in^rrompre \çs pré- 
paratifs de ion mariage avec 
Ciarmoiide, don; la célébra- 
tion étoit indiqi^é^ à. quelques 
jours de-là ) ^S^\ dp Ç^Wp 
remit au lendanain>4e cette 
Cérémonie à «njtretenû JP^c- 

tive des;{èn4(ij)^s d«>,ÇacpU' 
aoté. Ce; fetir ^-..(l^^^t^'t 



4 



H 



iT de Clartnonde. 339 
arrivé, Clamadès épouià Clar- 
monde , & ils furent couron- 
nez l'un & lautre dans le mê- 
me tems. Je ne ferai point la 
defcription de cette Cérémo- 
nie 5 je me contenterai de dire 
que la Reine n avoit rien épar- 
gné pour la rendre fuperbe > 
qu'il ièmbloit qu elle avoit 
' rafîemblé toutes les Pierreries 
de rOrient pour en parer la 
nouvelle Epoufe & les Prin- 
celles fes filles , & que toute 
la Cour s'étoit furpaflee ea 
magnificence pour célébrer 
rheureux inftant qui terminoit 
les courfes & les travaux d'un 
Roi, dont Tablènce leur avoit 
coûté tant de (bucis & tant 
d'inquiétude. Les Fêtes les 
plus galantes & les mieux ima< 

Ffij 



3 04 -^ vantures dt Ciamadh 
ginées (uivirent le Couronne- 
ment des nouveaux Epoux, 
& Clamadès prit le tems que 
Do(5live étoit le plus en joie 
pour sacquiter de ce qu'il 
avoit promis à Carnuante. h 
vous remettant le Sceptre, 
mon Fils,lui dit Doélive aprèj 
l'avoir entendu , je me fuis ren- 
due votre première Sujette} 
quelque diftance qu'il y ait 
d'une Reine de CaftiUe à un 
Duc de Tolcane, s'il faut un 
peu décendre , je réglerai ma 
volonté fur la vôtre , & je fera 
toujours contente de mon fort, 
puil'que je vous I^iflèrai dans 
le Trône où vos périls m'a- 
yoient fait défèfperer de vous 
voir aflls. Impatient d'infor- 
mef Carnuante de l'IiQureulè 






-c. €T (te Clarmonde. 341 

-r:; dîfpofîtionoùfetrouvoitDoc- 

zz tive, Clamàdès fut le vifiter 

^j; pour Fen inftruire 3 les conven- 

^5 tions fe réglèrent , le mariage 

,r fut conclut, & en un même 

- jour le Duc de Tofcane épou- 

V la la Reine Douairière de Ca{^ 

tille , le Roi de Barbarie la 

PrincefTe Hélior,le Roi d'A- 

morafte la Princefîe Soliadife, 

& le Roi de Salerne la Prin- 

celle Maxime. 

Durbans , qui avoit faic 
prendre les devants à Picho- 
net pour annoncer au Roi Cla- 
màdès qu'il lui amenoit les 
trois Perîbnnes qu il avoit de- 
mandées , arriva à Séville dans 
le tems qu on recommençoit 
àcs RéjoiiiflTances au fujet de 
ces quatre mariages. Charmé 

Ff iij 



34^ Avantures de Clamad)s 
de revoir un (î brave Cheva- 
lier , Clamadès le reçut avec 
de grandes marques d eftime, 
& comme il avoit entretenu 
la jeune Reine de fes grandes 
allions , il le conduilît à fon 
Apppartement , & en le lui 
prélèntanç : Madame , lui dit- 
il, voilà le .Libérateur de nos 
bonnes Amies > elles périf- 
foient (ans (on fecours , aucun 
Chevalier dans la Tofcane ne 
voulant dçffendre . leur inno- 
cence. La jeune Reine fît à 
Durbans une réception favo- 
rable : Je ne puis vous expri- 
mer. Seigneur , lui dit -elle, 
combien je (îiis reconnoifïànte 
de vos bons offices envers des 
Filles que j ainie , ôc je ne îçau- 

rois allez loiier. la générofîté 



Cr ck Clarmonde. 343 
avec laquelle vous avez eritte-* 
pris pour elles un Combat, 
que le Duc, mon père , regar^ 
doit lui-même comme inégal. 
Je ne devois pas prendre gar-* 
de à Tinégalité du nombre > 
Madame , lui répondit Dur-* 
bans 3 je venois de prendre le-^ 
çon d un Maître , dit-il en re- 
gardant Clamadès , qui m'a- 
voit enfeigné à nen pas faire 
beaucoup de cas- Auffi, Ma- 
dame 5 ajouta-t'il , depuis mort 
inftruélion , f ai conçu pour ce 
Maître une vénéfttion fi pro-* 
fonde , & je prèns un intérêt 
fi fincére à ce qui le touche , 
que je ne puis me fçavoir trop 
de gré de lui avoir prêté pout 
Conduéleur , en f brtant dé 

notre Combat contre les Toi^ 

Ffiiij 



3 2^4 Avantures de Clamades 
cans , un Homme ajfîez bien in- 
fpir é pour le conduire àSalerne 
plutôt que dans une autreVille 
où* il nauroit point entendu 
parler de vous. La Reine Clar- 
monde n entendit qu'une par- 
tie de ce que lui racontoit Diir- 
bans , parce que le Roi Cla^ 
madès , en lui parlant de ce 
Cavalier , né lui avoit point 
dit qu il lavoit vaincu, avec 
Serrans en combattant contre 
eux deux enfemble devant le 
Château de Mont-étroit ,. & 
n attachant Sk réflexion que 
fur le prêt de ConduSieur qu il 
avoit fait : Je conçois main- 
tenant , lui dit-elle , que vous 
êtes mon Libérateur comme 
celui de mes trois Femmes y car 
quoique vous ne (ongeaffiez 



(T dt Oarmondei 34^. 
pas à moi au moment que 
vous donnâtes un Guide à 
mon cher Ciamadès , je ne 
laifîe pas de penfèr que le Ciel. 
s'eft fervi de vous pour mè 
retirer des mains de Méniade, 
& me rendre la liberté ^ que 
ce Prince ne m'auroit point 
rendue , fi une Puilîance ïupé- 
rieure à la fienne n'eut daigné 
me (ecourir. Je Tai quelque- 
fois penlé comme vous, Ma- 
dame , dit Ciamadès à CTar- 
monde , parce qu en arrivant 
au château de Mont -étroit, , 
& m'amulànt à en cbnfidérer 
la beauté , je me mis dans Telr 
prit que la fin de mes peines 
y prendroit fon commence- 
ment , & ce qui m eft arrivé 
depuis p tant en Toicane qu'à 



3 4^ Avantùres de Clamades 
Saleme , a jiiftifie ce preflèn- 
timent. Convenez-donc avec 
moi , lui répondit Cfarmonde, 
que fi ce généreux Chevalier 
nous a rendus libres Tun & 
Tautre, vous, des chagrins que 
vous caufoit la perfidie de 
Cropardo', moi, de la con-» 
trainte où me tenbit la pal-» 
fion de Méniade , il doit 
laifier à notre reconnoiflance 
la liberté d'agir comme il lui 
plaira avant qu il sen retour- 
ne en Italie. N agit-elle pas 
dès à préfent, cette reconnoit 
iànce , Madame , lui répondit 
-Durbans , & ne s'étend t-elle 
pas au de-là de ce que f au- 
rois ofé Tefpérer en m'appre- 
nant que ce que f ai fait vous 
cft agréable. Nous examine- 



i!t de Clar monde. 3 47 
rons cela , lui répartit Clar- 
monde , après que vous aurez 
pris part aux plailîrs quifuc- 
cédent à nos peines. 

' Ces Réjoiiiflances durèrent 
long-tems j chaque jour four- 
niffoit Toccafiori d'en prolon- 
ger le cours. Elles ne finirent 
que parce que les Princes, 
pour qui la Cour de SéviUe 
fembloit vouloir les perpé- 
tuer y jugeant que leur préfen- 
ce dei^enoit néceflaire dans 
leurs Etats , prièrent le Roi 
de Caftille de trouver bon 
qu'ils sy en retournaflent. Cla- 
madès , qui fçavoit combien 
il importe à un Souverain dV 
voir Tœil fiir la conduite des 

* ê 

Miniftres auTquels il eft £bu- 
venc obligé de confier une 



34^ Avantures Je Clama Jès 
partie du Gouvernement donc 
Dieu le charge lui-même , fe 
rendit à leurs prières , & les 
laifla partir avec leurs Epou- 
fès, que Glarmonde combla 
de prélens, ainfi que Durbans, 
qui demanda la permifîîon 
d'accompagner le Duc Carnu- 
ante jufqu en Toicane* Cette 
généreuie :Reine maria enfuite 
avantageufement Florét-e , Ga- 
yéte & Liades , & le Roi Cla- 
madès anoblit & enrichit Pi- 
chonet^qui tint toujours auprès 
de ce Monarque reconnnoit 
fant une place entre fes Favoris 
les plus dfccréditez. 

FIN. 



J'AI lu par ordre de Monfeigneur 
le Garde des Sceaux , les Avantiires . 
de Clamadis & dt CUrmonde.A Paris 
ce 1 z Juin 1733. ' ' 

L AS ERRE. 



PRIVILEGE DU RÔT. 

louis par la grace de 
Dieu, Roi de Frasceet 
DE Navarre; A nos amez & 
féaux ConfeJilers les Gens tènans nos 
Cours de Parlement > Maîtres des Re- 
. quêtes ordinaires de notre Hôtel , 
Grand - Confeil , Prévôt ■ de Paris , 
Baillifs , Sénéchaux , leurs Lieutenant 
Civils , & autres nos Jyfticîers qu'il ap- 
partiendra ; Salut. Notre bien amé > 
Jean-Andrb' Mor^n, Libraire 
à Paris ;>Joùs ayant fait Tupplierd): lui 
accorder nos Lettres de permiffion , 
pour l'impreflion d'un Manufcrit qui s 
pour titre , Avanttires Jf Clamàdès & fie 
CUrmonde tirées de VEffagnol , offrant 
pour cet effet <je le faire inif rimer en